Mémoires de Mr. D Artagnan, Capitaine Lieutenant de la première Compagnie des Mousquetaires du Roi. Contenant quantité de choses particulières et secrètes qui se sont passées sous le règne de Louis Le Grand.

Mémoires de M

Gatien de Courtilz de Sandras, (ou de Courtie), de Courtilz, sieur de Sandras (1644, Montargis – 8 mai 1712, Paris). Engagé dans la compagnie des Mousquetaires, il quitte l'armée au bout de 18 ans pour devenir polygraphe et vivre de sa plume. Auteur fécond et imprudent, il est emprisonné à la Bastille du 23 avril 1693 au 2 mars 1699

 

De la vie de d'Artagnan qu’il a pu connaître assez bien, car il fut enfermé à la Bastille alors que Besmaux, ex-compagnon de d’Artagnan, en était Gouverneur, Courtilz a tiré un récit où le vrai se mêle au faux : il s'agit des Mémoires de M. d'Artagnan, publiées en 1700

(soit 27 ans après la mort du héros gascon), dont s'est à son tour inspiré Alexandre Dumas pour Les Trois Mousquetaires et pour Vingt Ans après.

Écrivain à succès, Gatien de Courtilz sieur de Sandras  vécut une existence assez tumultueuse en raison de ses écrits polémistes.

Attaquant la politique française, « La hardiesse de sa plume lui valut douze années de Bastille. » (Quérard), il livre dans ses écrits un tableau coloré de la fin du grand siècle, riche en anecdotes, scandales et détails croustillants.

L’auteur écrira l’ouvrage à la Bastille où il aurait rencontré D’Artagnan et où les livres censurés, saisis, étaient déposés dans son "enfer", qui deviendrait "la plus belle bibliothèque, soigneusement inventoriée, des ouvrages interdits du royaume" p. 201 (Portier des Chartreux, les Provinciales de Pascal).

Mémoires de M. d'Artagnan, Cologne, P. Marteau, 1700

François de Montlezun, seigneur de Besmaux près d’Auch et futur gouverneur de la Bastille.

Mémoires de M

Les mémoires du Comte de Rochefort, ou les mémoires de D'Artagnan constituent les actes de naissance du roman historique, ou comment mêler adroitement fiction et faits historiques, ce que fera plus tard Alexandre Dumas, en s'inspirant lui-même des romans de Sandras pour composer Les trois mousquetaires.

Les mémoires du Comte de Rochefort ou les mémoires de D'Artagnan sont donc une oeuvre littéraire basé sur un cadre et des faits historiques.

Ce type d'oeuvre poursuit la vague inaugurée par les courts romans de Madame de Lafayette et dont le XVIIe siècle fut si friand.

La différence, c'est que l'histoire invoquée dans ce roman est quasi contemporaine de ses lecteurs, brouillant ainsi la frontière entre l'histoire et la fiction.

 

Il importe de bien distinguer roman historique et histoire romancée.

L’histoire romancée prétend raconter sous une forme plaisante les événements historiques et la vie de personnages authentiques.

Elle offre un récit agréable, vivant, qui semble s’inspirer de l’Histoire narration ou de l’Histoire résurrection à la Michelet. Cette filiation doit cependant être fortement relativisée, sinon contestée.

A côté du projet michelétien (dégager par le récit la marche de l’Histoire), l’Histoire romancée fait pâle figure, mais elle séduit un public désireux à la fois de se dépayser et de se plonger dans une autre époque. Cependant, cette séduction a un coût : elle adapte les personnages, les mentalités pour les rendre plus proches, elle déforme les faits, tantôt par simplification, tantôt par dramatisation, tantôt par volonté de les rendre plus pittoresques.

Les propos, pour plausibles qu’ils soient, n’en sont pas moins imaginaires ou supposés. La dose de romanesque y est assez – trop ? – importante. D’ailleurs, on trouve souvent des descriptifs d’ouvrages où l’appellation « histoire romancée » semble se confondre avec celle de « roman historique », alors qu’il faudrait conserver la distinction.

 

Le roman historique : mensonge historique ou vérité romanesque ? par Gérard Gengembre (Professeur émérite de littérature française à l’université de Caen) https://www.cairn.info/revue-etudes-2010-10-page-367.htm