•  Coup de Jarnac  Vivonne et Jarnac, le dernier duel judiciaire en France », Revue des Deux Mondes T. 5, 1854,

Coup de Jarnac Vivonne et Jarnac, le dernier duel judiciaire en France

François de VIVONNE  victime du fameux "Coup de Jarnac" écuyer seigneur d'ARDELAY, baron de La CHÂTAIGNERAIE (1536-1547)

•          Né en 1520

•          Décédé le 10 juillet 1547 (jeudi), à l’âge de 27 ans

 

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Duel historique qui s’est déroulé dans le parc du château de Saint-Germain-en-Laye le 10 juillet 1547. Il opposa François de Vivonne, seigneur de la Chataigneraie, à Guy Chabot de Saint Gelais, baron de Jarnac. Le  « coup de Jarnac » qui assura la victoire de celui qui frappa son adversaire par surprise au jarret, avec un poignard tenu dans sa main gauche.

Autrefois on connaissait deux sortes de duels, le duel simple et le duel à outrance, Le duel simple devait finir à la première blessure, ou quand l’un des champions était mis hors de combat, ou enfin quand les témoins déclaraient l’affaire terminée et l’honneur des parties satisfait.

Le combat à outrance ne se terminait que par la mort.

François Ier régnait ; il aimait la duchesse d’Etampes . Diane de Poitiers, depuis connue sous le nom de duchesse de Valentinois, avait captivé le cœur du dauphin. Rivales en beauté, en influence, ces deux femmes ambitieuses et jalouses se détestaient cordialement : Diane était toujours prête à protéger les adversaires de Mme d’Etampes ; celle-ci était non moins empressée à accueillir les ennemis de Diane. Il suffisait que la maîtresse du roi passât pour voir d’un bon œil l’amiral de Chastillon, depuis le célèbre Coligny, et les seigneurs appartenant au culte réformé, pour que la maîtresse du dauphin fut liée avec le comte d’Aumale , le connétable de Montmorency et le maréchal de Brissac, connus pour leur haine contre ceux de la religion.

La cour était partagée en deux camps par l’antagonisme de ces deux puissances ; il y avait assez d’attrait, il y avait assez d’intérêt à mériter les bonnes grâces de l’une ou de l’autre pour comprendre comment la jeune noblesse devait épouser chaudement leurs opinions et leurs querelles. Néanmoins les charmes et la séduction de Diane, qui régnaient sans partage sur le cœur de Henri malgré la beauté et l’esprit de la dauphine Catherine de Médicis, et qui gardèrent leur empire jusqu’à la mort de ce prince, devaient souvent l’emporter sur la femme qu’aimait François Ier, fort inconstant de sa nature et peu fidèle à sa maîtresse.

Parmi les favoris du roi et les familiers du dauphin, on remarquait à la cour deux jeunes seigneurs connus l’un et l’autre par leur bonne mine, leur bravoure à la guerre et leur amitié : c’étaient les sires de La Chasteigneraye et de Jarnac. Le premier, quoique fort aimé de François Ier, était particulièrement attaché au dauphin Henri et à la duchesse de Valentinois ; le second figurait surtout à la cour de la duchesse d’Etampes.

François I vivoit encore lorsqu'il s'éleva une querelle qui fit grand éclat entre François de Vivonne, seigneur de La Chataigneraie , et Guy de Chabot seigneur de Jarnac. Ils avoient été intimes. Jarnac n'étoit pas riche; et tenoit cependant un grand état à la cour. La Chataigneraie désira savoir d'où son ami tiroir l'opulence dont il faisoit parade.

 

Coup de Jarnac Vivonne et Jarnac, le dernier duel judiciaire en France (2)

 

Un jour, causant familièrement à Compiègne avec Vivonne, celui-ci lui dit devant le dauphin : » Je ne m’explique pas, Guichot, comment tu peux être aussi gorgias et glorieux avec les revenus que je te connais, car ils ne sont pas lourds. » Monlieu répondit que Mmedc Jarnac, sa belle-mère , avait beaucoup de bontés pour lui, et que, son père ne pouvant rien refuser à sa femme, il avait soin de bien faire sa cour à cette dernière, obtenant par ce moyen tout l’argent qu’il lui fallait. Il n’y avait rien que de fort innocent dans cette réponse ; mais le dauphin en glosa avec Diane, qui, y trouvant un moyen de médire du beau-frère de Mme d’Étampes, en parla en termes très outrageans pour Mme de Jarnac, femme fort respectable et respectée. Quelques méchans répétèrent perfidement la chose, qui ne tarda pas à se propager, et Jarnac ; apprit qu’on l’accusait de s’être vanté d’avoir les bonnes grâces de sa belle-mère. Il est plus facile d’imaginer que de décrire son désespoir. Furieux d’une aussi atroce accusation et ne sachant à qui s’en prendre, puisque le dauphin seul pouvait en être coupable, il déclara que quiconque avait tenu ce propos ou voudrait le soutenir « estoit meschant et en avoit vilainement menti ; » puis il se rendit précipitamment au château de son père, où, se jetant à ses pieds, il protesta de toutes les forces de son âme indignée contre la criminelle interprétation donnée à ses paroles. À la longue, à forge de supplier, de protester, le pauvre Jarnac parvint à le persuader de son innocence, et il retourna à Paris, où se trouvait la cour alors, pour y chercher vengeance en poursuivant la réparation de l’injure qui lui avait été faite.

l'interdiction du duel judiciaire dans le royaume remontait à une ordonnance de saint Louis de 1261.

L'affaire fut portée au conseil; et, comme on ne pouvoit produire aucune preuve, il y fut décidé qu'elle seroit vidée par un combat en champ clos; mais le roi, considérant cette querelle comme une étourderie de jeunesse, imposa silence aux deux parties.  

A la mort de François I (31 mars 1547), La Chataigneraie renouvela son accusation.  Jarnac y répondit, en demandant un duel judiciaire. Henri l'accorda, et voulut en être témoin avec une partie de la cour. Il inclinoit pour La Chataigneraie , son favori, qui étoit fort, robuste et qui passoit pour un des hommes les plus habiles en escrime: mais Jarnac fut plus adroit. Couvrant sa tête de son bouclier et se glissant sous le bras de son adversaire , il lui déchargea deux coups d'estramaçon sur le jarret gauche, qui étoit tendu et découvert pour la facilité des mouvements. La Chataigneraie tomba, au grand étonnement de tout le monde. La surprise fut telle que le souvenir de ce fait d’armes s’est conservé, et qu’on nomme encore coup de Jarnac toute attaque sourde et imprévue. Jarnac accorda la vie à son adversaire, et, se jetant à genoux au pied de l’échafaud ou étoit le roi : « Sire, lui dit-il, je suis assez vengé, si vous me croyez maintenant innocent.- Me le donnez-vous, lui dit le roi ? – oui, sire, répondit Jarnac, pourvu que vous me teniez homme bien. –Vous avez fait votre devoir, répondit le monarque, votre honneur vous est rendu » Mais le blessé, honteux de sa défaite et de ne devoir la vie qu’a la pitié de son ennemi, déchira les bandages qu’on avoit mis sur sa plaie, qui n’auroit pas été mortelle, et mourut de chagrin.