Saint Eutrope (ou saint Eutropius) - Sainte Estelle de Saintes - Mediolanum Santonum

Saint Eutrope (ou saint Eutropius) - Sainte Estelle de Saintes - Mediolanum Santonum

Le père de S. Eutrope fut roy de Perse et de Babylone.

De Xerxes et de Guina, sa légitime espouse, nasquit S. Eutrope, estant bien cultivé dans sa jeunesse par l'instruction des bons maistres que le roy son père luy donna, porta de bons et de beaux fruicts de vertu.

 

Il a été envoyé pour évangéliser la Gaule par Saint Clément au 1er siècle

Deux cultes alors se disputaient les Santons. Le druidisme n'avait point perdu route sa force par la défaire suprême de Vercingétorix ; et le paganisme victorieux était loin d'avoir conquis toutes les âmes. A la trinité olympienne et capitoline, Jupiter, Junon, Minerve, répondait la triade gauloise. L'Hercule ou le Mercure celtique n'avait pas moins d'adorateurs que l'Hermès des Hellènes ou l'Hercule des fils de Romulus. Des monuments nous prouvent que les deux religions eurent simultanément à Saintes leurs divinités et leurs autels. Une troisième devait avoir bien de la peine à faire des conquêtes.

Les exemplaires de la vie latine d'Eutrope étaient assez nombreux : le père Henschen en connaissait chez Nicolas de Beaufort, dans l'église de Saint-Nicaise de Reims, à Saint-Sauveur et Saint-Martin d'Utrecht; le texte d'ailleurs était conforme à celui du Speculum historiale de Vincent de Beauvais. Dom Jacques Doublet en signalait un à l'abbaye de Saint-Denis, d'où il extrayait un passage. Ils sont aussi fort anciens, puisque Hincmar, archevêque de Reims, mort l’an 888, en parle dans sa lettre à Charles le Chauve.

Quand Eutrope entra à Saintes, et qu'il vit cette fière cité ceinte partout de vieilles murailles, ornée de hautes tours, bâtie dans un site magnifique, dans un air pur et sain, vaste, riche, de routes parts entourée de prairies et de vignobles, avec de si belles rues et de larges places, il se prit à demander tristement ce qu'il ferait dans un pays qui avait toutes les commodités de la vie, toutes les aises de la richesse, tout l'orgueil de la prospérité, et comment il attirerait à l'humilité, à la pauvreté, à la souffrance, à l'ignominie et à la mort, ces habitants, « molles Santones », heureux dans une contrée fertile……

C'était un novateur, il devait être incompris; il annonçait la vérité, il devait être persécuté ; il priait et louait Dieu, il devait être expulsé, puis mis à mort.  On commença  par  l'assaillir de pierres, de le poursuivre avec des torches, et de le frapper de bâtons. La canaille ameutée le força de quitter la ville ; la cité inhospitalière lui élèvera plus tard un temple; et bientôt on implorera comme une faveur insigne quelques parcelles des reliques de ce va- nu-pieds, sobre, chaste et pieux, indigne alors de respirer près des temples de Jupiter époux modèle, et de la pudique Vénus. La ville le rejetait; il chercha les faubourgs. Le riches, les bourgeois, les commerçants le proscrivaient; il se réfugia chez les manœuvriers, les indigents, les gens de la plèbe.

 

Saintes aujourd’hui est en grande partie bâtie sur les flancs de trois légères collines, dont la Charente baigne les pieds, et séparées deux par une courte vallée, assez étroite, où se dresse l'amphithéâtre. La ville romaine, la ville gauloise, s'étendait sur le plateau, où la pioche à chaque coup la rencontre. C'est sur la colline la plus éloignée, la moins bien habitée, qu'il se retira. On n'y a guère trouvé que de sépultures, le vaste tombeau d'une riche femme romaine dont les objets de toilette sont au musée de Saint-Germain, des urnes funéraires en grand nombre, remplies d'ossements calcinés, et même en 1878, dans un champ, sur le penchant, des squelettes dont les jambes sont encore garnies de fers, de chaînes, d'anneaux rivés; l'un avait un carcan; esclaves, criminels ou chrétiens, gibier de potence ou victimes des jeux de l'arène.

Sur la colline opposée s'étagent les habitations Luxueuses, les demeures opulentes, les villas, dont on connait les fondations, dont on montre les mosaïques. Dans la vallée qui les sépare, est I’amphithéâtre, les jeux et les plaisirs. C'est en face du coteau mondain, bruyant, joyeux, au-dessus de ces gradins où s'asseyaient une foule avide de spectacles immondes et sanglants, c'est parmi la population pauvre et grossière du faubourg d'une grande ville, vivant près des cimetières écartés, que devait habiter le disciple de celui qui disait: « Malheur à vous qui êtes pleins et satisfaits; malheur  à vous qui riez, » ou bien encore : « Heureux les pauvres ! Heureux ceux qui souffrent persécution ! »

Mais Eutrope avait pour lui la vérité, force et lumière; d'ailleurs il ne s'épargnait guère. Le passionnaire nous le montre s'en allant dans les places et les rues, prêchant un Dieu crucifié.

Il passa là des années, la nuit retiré dans une cabane in tugurio, veillant, priant, pleurant ; le jour allant et venant dans la ville, actif, énergique, sans peur, se mêlant aux groupes, causant avec les ouvriers familièrement.

Il ne venait pas, comme saint Paul à Athènes, « avec cette locution rude, avec cette phrase qui sent l'étranger, en cette Grèce polie, la mère des philosophes, et des orateurs » ; au contraire, il venait avec une diction douce, harmonieuse, qui devait plaire à ces populations que la civilisation orientale n'avait pas encore pénétrées ; il parait de choses étranges dans un langage inusité, qui devait attirer ces Gaulois, avides de nouveautés, et que César nous montre s'attroupant pour écouter les voyageurs.

Début.... 1 .... Suite