Saint Martin de Ligugé (1)

La commune de Ligugé, qui est sise à dix kilomètres au sud de Poitiers et qui étend, sur la rive droite du Clain, une superficie de 2,336 hectares, doit un double renom à son histoire et aux beautés pittoresques des vallons qui serpentent entre les deux plateaux dont est formé son territoire.

Ces deux vallées sont celle de Ligugé, que baigne le Clain, et celle de Mezeaux, infiniment plus étroite, où dominent les productions forestières.

Les cavernes ouvertes, par l'action séculaire des eaux, dans ces durs rochers, ont été sans doute habitées par l'homme préhistorique. Cette conjecture, qui vient naturellement à l'esprit de l'archéologue, semble confirmée par la découverte d'armes en silex et de grossières poteries, faite dans la caverne de Saint-Jean, dite la Grotte aux loups.

A l’époque Gallo-Romaine, le seigneur Hilarius, Issu d'un père païen, païen lui-même et n'ayant reçu le baptême qu'étant déjà marié et père d'une fille, ce seigneur était appelé à devenir le plus grand homme, le plus grand évêque et le plus grand saint de son siècle.

Éloquent et intrépide champion du christianisme, vainqueur de l'arianisme dont Constance avait fait la religion officielle de l'empire, persécuté, exilé, rentré triomphant, saint Hilaire avait acquis le plus haut renom de courage, d'éloquence et de sainteté auquel aucun évêque des Gaules ait jamais pu prétendre.

Ce renom avait attiré, à Poitiers, de nombreux prosélytes, au premier rang desquels se trouvait un jeune et brillant officier, originaire de la Pannonie, fervent chrétien avant même d'avoir reçu le baptême, et qui, contrarié par un père païen dans sa vocation religieuse, avait enfin obtenu la liberté de quitter le Vexillum pour la croix.

Il se nommait Martin, et il avait préludé à la sainteté, dont il devint un parfait modèle, par une admirable charité, laquelle, ainsi que son manteau, est devenue légendaire.

On s'accorde à croire que son arrivée à Poitiers eut lieu en mars 354.

Saint Hilaire l'accueillit à bras ouverts. Mais à peine Martin eût-il reçu du grand évêque un des grades inférieurs l'attachant définitivement à l'église, qu'enflammé d'un zèle à l'ardeur duquel l'amour filial ajoutait encore, il partit pour la Pannonie, en vue d'évangiliser son pays et d'y tenter la conversion de son père et de sa mère, encore retenus dans les liens du paganisme.

Après bien des traverses et après de cruelles épreuves subies durant la tourmente arienne, Martin s'apprêtait à retourner près d'Hilaire, lorsqu'il apprit les graves événements de l'année 365. Saint Hilaire était en exil en Phrygie.

Martin lui-même, persécuté comme son maître, continua, au milieu de tous les périls, son périlleux apostolat qui n'eut son terme qu'au bout de six années.

Ce ne fut, en effet, qu'en mars 360 qu'il fut enfin permis à saint Hilaire de rentrer à Poitiers.

Le maître et le disciple eurent alors le bonheur de se retrouver ensemble.

Saint Hilaire rapportait de son long séjour en Orient une vive impression de la vie cénobitique qui lui avait offert tant de sujets d'édification. Il lui en était resté des souvenirs qu'il aimait à répandre dans d'éloquents entretiens avec son disciple.

Saint Martin s'enthousiasma de ces récits, et obéissant à une vocation qui fut irrésistible autant qu'elle devait être féconde, il s'ouvrit à son maître du désir de fonder dans le voisinage de Poitiers un établissement monastique sur le modèle de ceux dont il parlait si bien.

Martin s’installe à Ligugé et y fonde le premier monastère de l’Occident.

Saint Martin de Ligugé (2)

Le travail imposé par la règle aux solitaires de Ligugé était de copier des livres, et le grand docteur, jaloux de pratiquer avec ses enfants toute la règle qu’il leur avait donnée, ne dédaignait pas de partager avec eux ce modeste et utile travail. Il est certain, en effet, que Saint Hilaire, lui aussi, s’est occupé à copier des livres : cette main vénérable qui avait écrit de si beaux commentaires et de si savants traités pour expliquer et défendre la doctrine des Evangiles, a voulu copier le texte même de ces saints livres. (Saint Martin Par Maxime de Montrond)

A la fin du IVème siècle, une basilique puis un martyrium sont édifiés. La transformation de ce dernier en  église à trois nefs au VI éme siècle (agrandie au VIIème), témoigne de l’importance de l’abbaye (vestiges dans la crypte et devant l’église actuelle).

Devenu prieuré de l’abbaye bénédictine de Mailles au XIème, endommagé au XIV éme siècles, il est reconstruit aux XVème et XVIème siècles. Une nouvelle église gothique, est élevée sur l’ancien chœur.

 

 

Que devint Ligugé après le départ de saint Martin? Quel fut le chef qui lui succéda dans le gouvernement de la communauté? Ici, nous constatons, dans l'histoire de Ligugé, une lacune de vingt-six années!

Ce fut, en effet, après vingt-six ans d'épiscopat que saint Martin mourut et que la possession d-e son corps fut l'objet d'une ardente lutte où reparaissent les moines de Ligugé pour être vaincus par la ruse des gens de Touraine.

Le saint était mort au village de Candes, où son zèle apostolique l'avait entraîné et où ses forces épuisées avaient trahi son courage.

Ce village se trouvait sur les confins des diocèses de Tours, de Poitiers et d'Angers.

A la nouvelle de cette m'ort, les moines de Ligugé, accompagnés d'un certain nombre de Poitevins, accoururent, revendiquant, comme leur étant propres, les reliques du fondateur de leur monastère.

Les Tourangeaux résistèrent.

Dom Chamard, dans sa Vie de saint Martin, rapporte, d'après Grégoire de Tours, la discussion qui s'éleva entre les deux partis, et les arguments émis par chacun d'eux à l'appui de sa revendication. Il nous raconte que, trop confiants en la victoire, les Poitevins s'étaient endormis sur le champ de bataille, et que, mieux avisés, les Tourangeaux, profitant de ce sommeil, s'étaient emparés furtivement du corps du saint, et, l'embarquant sur un esquif, l'avaient conduit dans les murs de Tours.

La légende de saint Martin, les faits miraculeux attestés par elle et le renom de Ligugé, cette école de sainteté où affluaient les disciples et d'où sortaient des apôtres, devaient en faire et en firent, en effet, un lieu de grande attraction pour la piété des fidèles. De toutes parts on y venait en pèlerinage, et les foules s'y portèrent à ce point, que l'église primitive, dont nous avons fait connaître la grossière et hâtive construction, devint insuffisante pour les contenir. Il fut donc nécessaire d'en bâtir une autre, de proportions beaucoup plus vastes

 

MOYEN AGE

On ignore quel fut le sort de Ligugé pendant les deux siècles qui suivirent, ou tout au moins on ne peut, à cet égard, que se livrer à des conjectures.

Ce monastère ne fait, en effet, sa réapparition dans l'histoire que vers le milieu du XIe siècle, sous le gouvernement de Guillaume V d'Aquitaine, qui dut son titre de grand à l'esprit de restauration dont l'a justement loué le monde chrétien.

A dire vrai, Ligugé n'obtint son retour à la vie qu'au prix d'une déchéance. Il perdit son autonomie pour entrer dans le domaine de l'abbaye de Maillezais, fondée et richement dotée, cinquante ans auparavant, par Emma comtesse de Blois et duchesse d’Aquitaine, mère de Guillaume.

Cette annexion eut lieu vers 1040. Ligugé cessa, dès lors, d'être une abbaye pour prendre le titre plus modeste de prévôté au temporel et de prieuré au spirituel.

La riche abbaye de Maillezais put alors relever les ruines de son prieuré de Ligugé et l'église fut restaurée dans des proportions qui équivalaient à une réédification. La mémoire de cette restauration et celle de Théodelin, abbé de Maillezais, qui en fut l'auteur, sont conservées par une charte que cite Dom Chamard, et qui date de 1088.

Ligué apparaît officiellement comme prieuré dépendant de l’abbaye de Maillezais dans une bulle de Célestin III (1191-1198), mais le rattachement à l’abbaye du Marais était fait depuis au moins un demi-siècle, ainsi que divers actes concernant Ligugé et impliquant des moines de Maillezais permettent de le déduire.

Déchu de sa splendeur, Ligugé ne le fut pas de sa popularité. Elle lui fut conservée par le pèlerinage de la saint Martin. Non seulement les pèlerins arrivaient quotidiennement apporter le tribut de leur vénération aux lieux illustrés par les actes du grand thaumaturge, mais encore il s'établit, à Ligugé, sous les auspices de Guillaume le Grand, un pèlerinage officiel qui s'accomplissait le 11 novembre de chaque année.

 Ce pèlerinage était conduit par le comte du Poitou, en vue de célébrer la fête de saint Martin. Il appert de divers titres que, à cette occasion, le comte recevait des moines de Ligugé, à titre de droit de procuration ou de gîte, les éléments d'un repas consistant en six pièces de viande, six pains et six pintes de vin.

Parmi les hôtes illustres qui visitèrent Ligugé durant les XIe et XIIe siècles, Dom Chamard croit pouvoir citer saint Fulbert, ami de Guillaume V, et le pape Urbain II, fondant cette assertion, ainsi qu'il le- reconnaît lui-même, sur des probabilités plus que sur des témoignages certains.

Au XVe siècle, bien que partiellement reconstruit et de nouveau occupé par des moines de Maillezais, le prieuré de Ligugé est en bien piètre état à la fin de la guerre de Cent Ans.

Le prieuré de Ligugé passe sous le régime de la commende. En 1504, celle-ci échoit à Geoffroy d’Estissac, ami des arts et des lettres, protecteur de François Rabelais.

Geoffroy d'Estissac devenu, le 22 mars 1518, évêque de Maillezais, fit sa résidence favorite. Dès qu’il pouvait s’esquiver, il fuyait les tristes marais de son siège épiscopal pour se rendre à son cher Ligugé, ou il se plaisait à réunir savante et joyeuse compagnie.

En ce temps-là, Poitiers comptait de nombreux lettrés tels que Jean Bouchet, Eimery, Florent Thibaud et Mellin de Saint-Gelais. C’étaient les familiers du prieuré de Ligugé, ou les attirait non seulement la courtoisie de l’aimable prélat, mais encore l’amitié de Rabelais, alors secrétaire de l’évêque. On y fêtait la cave et le verger du prieuré dont Jean Bouchet disait avec enthousiasme :

Ces bons fruits, ces bons vins

Que tant aimons, nous autres Poitevins.

Cet enthousiasme était naturellement partagé par Rabelais qui, en fait de péchés capitaux, ne s’en tenais pas, parait-il, aux plaisirs de la table.

Geoffroy d’Estissac fera effectuer d’importants travaux de réfection et de reconstruction à Ligugé, édifiant un logis et une église qui subsistent encore.

 

C’est à cette époque que Rabelais séjourne à Ligugé où il rédigera d’ailleurs sa première œuvre en français.

 

En 1606, converti en maison de campagne des Jésuites de Poitiers, le prieuré est vendu en 1793 comme bien national.

 

1950-1960

Des fouilles sont pratiquées sur le site de Ligugé et permettent de mettre à jour les couches archéologiques de notre très ancienne histoire, celle du premier établissement monastique fondé en Occident.

Seize siècles d’histoire ne signifient pas seize siècles de monachisme. Plusieurs fois, la vie monastique s’est interrompue à Ligugé, mais l’esprit de saint Martin a toujours soufflé sur ce lieu béni pour susciter de nouvelles restaurations. Pendant seize siècles, les moines de Ligugé ont fait preuve de persévérance, de modestie et de sérieux. Expulsés, dispersés, exilés, ils sont revenus avec fidélité au lieu même sanctifié par saint Martin. Le monastère de Ligugé n'a jamais eu le prestige et le rayonnement de Cluny, de Saint-Denis, de Cîteaux ou du Mont-Saint-Michel, mais les moines qui ont vécu ici ont prié et travaillé avec sérieux dans le silence, l'obéissance et l'humilité, "afin qu'en tout Dieu soit glorifié".

 

La salle du Clocher

Saint Martin de Ligugé (13)

Rehausser dans sa partie flamboyante au XIIe siècle par Geoffroy d’Estissac (Prieur du Monastère), le clocher repose sur le transept sud de l’église romane du XIe siècle (an 1000/1003). Les voutes témoignent de cette époque.

Les fresques sont datées entre le XIe et XIIe siècles (date proposée : 1075). Elles ont été découvertes lors de fouilles de 1953 sous une couche de chaux. Elles témoignent de la vie de Saint Jean Baptiste, notamment la grande fresque centrale intitulée «  le repas d’Hérode et la danse de Salomé ».

Sur le côté, au-dessus de la porte donnant accès au cloître de l’abbaye, il s’agit de Saint Martial fondateur de l’église de Limoges. Sur le contremur ouest, un chapiteau du IVe siècle, qui représente une gerbe de blé, a été réemployé.

La chapelle du catéchumène

La chapelle du catéchumène Saint Martin de Ligugé (3)

La scène du fronton de la chapelle représente une rencontre entre saint Hilaire de Poitiers et saint Martin, l'intérieur de la chapelle un vitrail contemporain de style moderne représentant la résurrection du catéchumène par le saint  Martin.

 

Paysages et monuments du Poitou par Jules Robuchon

http://www.abbaye-liguge.fr/historique

 

De virtutibus sancti Martini, Vie de Saint Martin de Tours <==.... ...==> Les chemins de Saint-Martin – Via Sancti Martini

Hilarius Pictaviensis (Saint Hilaire de Poitiers) évêque de Pictavium (Poitiers) <==

Légendes du Moyen-Age: Rabelais, Pantagruel et le Gargantua , Merlin, le roi Arthur, Morgane, Mélusine, Geoffroy-à-la-Grand-Dent <==

Le rayonnement Clunisien de l'abbaye de Maillezais sur la région au Moyen Âge !  <==