Bienvenue en Brocéliande Terre d Histoire et de Légendes

Un jour, il serait plus exact de dire une nuit, le beau soleil de l'été dernier commençait à darder ses rayons dès quatre heures du matin, dans la chambre que j'occupais au château de Montreuil-sur-le-Loir. Je ne pouvais décemment, à pareille heure, descendre dans le parc, respirer la fraîcheur du matin, au risque de réveiller mes hôtes. Bien que le père La Fontaine ait dit un jour :

Que faire en un gîte… A moins que l'on ne songe ?. …

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(Dans les profondeurs du sol, les dragons des royaumes referment leurs ailes. Un futur roi découvre son destin, un enchanteur sans âge lui dévoile ses secrets. Au creux des eaux frémit la fée qui veille sur l’épée. L’aventure peut commencer….. Centre de l’Imaginaire Arthurien)

Je ne me mis pas à songer, mais à lire un ouvrage, dont l'extérieur coquet et plutôt riche, le texte artistement imprimé, facile à lire, avait attiré mes regards. Ma curiosité fut encore bien plus piquée, quand j'eus aperçu le nom de l'auteur.

L'ouvrage est intitulé : Paimpont.  L'auteur : le Marquis Xavier de Bellevue.

Voulez-vous me permettre de vous présenter l'un et l'autre.

Le Marquis Xavier de Bellevue n'est pas pour nous tout à fait un inconnu. Il fut, il y a quelque 40 ans, Saumurien.

Ecuyer impeccable et travailleur acharné, il sortit sous-lieutenant dans un très bon rang. Puis lieutenant et capitaine, les plus belles espérances s'ouvraient devant lui, quand un malheureux accident de cheval l'obligea à briser sa carrière.

Mais il avait une autre corde à son arc. Littérateur distingué, fin et délicat poète, il se lança dans les lettres et écrivit plus de vingt ouvrages en prose et souvent en vers, sur la Bretagne surtout, car Xavier de Bellevue est breton, et à ce titre, adore sa Bretagne.

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Qui pourrait l'en blâmer  « Paimpont, dit le Marquis de Bellevue, est une immense forêt, qui, durant de longs siècles, couvrit la majeure partie de la péninsule armoricaine ; sous les ombrages de ses chênes ou dans les landes de ses clairières, les personnages légendaires ou historiques, les fantômes peuplent toujours ces vastes solitudes. »

Si l'on consulte la table de cet ouvrage pour en connaître le plan et le suivre avec intérêt, on trouve traité, dans l'introduction : Les Druides et les Romans des Chevaliers de la Table Ronde. Suivent cinq chapitres : La Forêt druidique — La Forêt enchantée — La Forêt chrétienne — La Forêt féodale — La Forêt historique.

Dans ces cinq chapitres, on revoit « passer dans ces » sentiers et dans ces vallées, au son de la harpe et des cors, » les chevaliers intrépides et les belles amoureuses, les enchanteurs et les fées, les Druides et les Ermites, les Bardes et les Preux.

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Célèbre autrefois, sous le nom de Brocéliande, la forêt  de Paimpont avait près de trente lieues de long sur quinze de large. Tout le vaste territoire qu'elle renfermait fut  appelé Poutrecoët, « Pays-sous-Bois », nom qui, par contraction est devenu Porhoët.

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Séjour primitif des Druides et des fées, c'était la Forêt druidique; théâtre des aventures et des joutes épiques des Chevaliers de la Table Ronde, ce fut la Forêt enchantée ;  évangélisée par les Ermites et habitée par les princes Bretons, elle devint la Forêt chrétienne ; envahie par les Saxons et les Normands, et possédée depuis par les Seigneurs de Gaël et de Montfort, elle vit passer sous ses futaies séculaires les Duguesclin, les Richemont, les Clisson, les Beaumanoir, les Royaux et les Ligueurs, les Chouans et les Bleus ; ce fut la Forêt historique.

 Aujourd'hui, c'est toujours la Forêt poétique et mystérieuse où

l'on voit planer dans les nuages 

De héros les blanches images,

Où le brouillard peint sur l'azur

Tantôt Merlin, tantôt Arthur.

Forêt d'enchantement ; source pure et féconde,

Où se sont abreuvés tous les bardes du monde

Là, Merlin près d'Arthur dort son profond sommeil

En attendant le jour du triomphant réveil ;

Là, de gaze vêtue et de muguets coiffée,

S'asseoit au bord des eaux Viviane la fée.

Domaine des géants, des héros fabuleux,

Des druides au front couronné de verveines,

Des saints vainqueurs des sens et des voluptés vaines,

Des moines et des rois, des bardes et des preux.

 Là, près de « Barenton », la fameuse fontaine,

Le. «  Champ clos des Tournois » et le « Jardin d'amour »,

 Là « le Val-périlleux » et le « Val-sans-retour »

Dont Morgane la fée était la souveraine.

Là, sur la harpe d'or, le prophète Merlin

Annonça des Bretons l'immortelle épopée ;

Là succomba l'Anglais, sous la vaillante épée

Du Connétable Duguesclin….. »

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C'est dans la Forêt Chrétienne que je trouvai décrits la légende de Saint-Méen et le Prieuré de Saint-Méen-sur-Loire, situé entre le Cellier et Oudon, au diocèse de Nantes.

Connaissant parfaitement ce pays de Oudon, qu'on dirait assis sur les coteaux qui bordent la Loire « comme un bijou dans un écrin de montagnes », ma curiosité fut piquée au vif, et la pensée me vint de vous communiquer cette légende.

Mais avant de parler du Prieuré, il ne sera pas sans intérêt de faire connaissance, en quelques lignes, avec Saint-Méen, parfaitement ignoré dans notre calendrier angevin.

En effet, Saint-Méen est un saint Breton. Voici ce qu'en disent les Bollandistes : (Vie des Saints, tome VI, page 367).

« Méen ou Méenne naquit dans la Grande-Bretagne, l'an 540; ses parents, aussi pieux que nobles, l'élevèrent chrétiennement.

Parvenu à l'âge de l'adolescence, il quitta tout, et s'en alla auprès de son oncle, Saint-Samson, évêque d'York, sous la discipline de qui il fit de grands progrès dans la vertu. Saint-Samson ayant été forcé de quitter l'Angleterre, envahie par les Saxons, se retira à Dol, dans la petite Bretagne, où il fut aussitôt choisi pour évêque. Méen ne se sépara pas de son oncle et de son évêque, et il l'aida de tout son pouvoir à porter le fardeau de l'épiscopat.

Il se lia d'une étroite amitié avec Caduon, comte de Gaël, qui lui avait offert l'hospitalité comme il voyageait. Ce comte fonda, dans le voisinage, un monastère qui devint, sous la conduite de Méen, une pépinière de Saints.

 

 

Ce fut lui qui initia à la vie religieuse le prince Judicaël, roi de Domnonée, qui fut mis au rang des Saints. Il prédit à Haïlon, frère du roi Hoël, qu'il mourrait dans trois jours, en punition de ses crimes ; et en effet, trois jours après, il l'assistait à son lit de mort, pour l'exhorter à la pénitence. Il fonda un second monastère près d'Angers, qu'il peupla de ses disciples et qu'il allait souvent visiter pour y entretenir la ferveur.

Il mourut à Gaël, vers l'an 617. Ce lieu a depuis pris le nom de Saint-Méen, à cause des miracles qui s'y sont opérés par l'intercession du Saint. »

Le pélerinage à son tombeau est encore aujourd'hui fort célèbre.

Voici, d'après le R.P.Albert le Grand, quelle fut l'origine du Prieuré de St-Méen, du Cellier, dit aussi St-Méen-sur-Loire.

« Toutes les vies de Saint-Méen racontent que ce bienheureux, ayant solidement établi son monastère de Saint-Jean de Gaël, désira, avant de mourir, visiter le tombeau des Apôtres. Il quitta donc la Bretagne, vers l'an 616, et prit la route de Rome, en traversant l'Anjou, multipliant les prédications et les miracles.

En la ville d'Angers, une bonne dame, meuë du récit qu'elle avait ouy faire de sa sainteté, le vint trouver et le supplia de la vouloir délivrer des dommages qu'elle recevait d'un horrible dragon, lequel avait sa retraite en un petit bocage situé au plus beau et fertile endroit de ses terres et dont personne n'osait approcher. Cette dame était fort vertueuse et le saint lui promit tout contentement.

Ce serpent avait sa caverne en un détroit, sur la rive de la rivière de Loyre. Saint-Méen s'y fit mener ; mais ses guides et le peuple qui le suivaient étant arrivés à vue du lieu, le lui montrèrent de loin, n'osant approcher.

Le saint abbé fléchit les genoux en terre et fit sa prière. Puis, il alla droit à la caverne du dragon et lui commanda de sortir, ce qu'il fit incontinent, étincelant des yeux, froissant la terre de ses écailles et faisant un sifflement horrible. Saint-Méen s'approcha de lui, lui noua son étole au cou et le mena ainsi, comme une bête domestique, jusque sur le bord de la Loyre, où il lui commanda, de la part de Dieu, de se précipiter ; ce qu'il fit devant tout le peuple.

 Cela fait, Saint-Méen revint à Angers, où toute la ville lui alla au-devant et le reçut en triomphe.

La bonne dame, en reconnaissance de ce bienfait, et pour perpétuer la mémoire de ce miracle, lui donna cette terre qu'il avait purgée de ce dragon, où il bâtit un prieuré dépendant de son abbaye de Gaël et où il mit de ses religieux.

Il se disposa ensuite à poursuivre son chemin vers Rome, mais Dieu lui ayant révélé qu'il voulait le rappeler à Lui, pour le récompenser de ses travaux, il céda aux instances de ses Frères qui lui conseillaient de retourner à Gaël, et il revint à son abbaye, où il mourut le 21 juin 617.

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Ruiné par les invasions normandes du IXe siècle, obligent les moines de Gaël à quitter leur monastère.

Ils emportent avec eux, les reliques de leurs saints et les manuscrits de leur scriptorium.

Le Chronicon Britannicum rapporte qu’en 919, les reliques de saint Méen et de saint Judicaël prennent des chemins divergents.

Celles de saint Méen sont transportées à l’abbaye de Saint-Florent (Maine-et-Loire), tandis que celles de saint Judicaël sont emmenées à l’abbaye d’Ension à Saint-Jouin-de-Marnes (Deux-Sèvres). ==> Les tribulations de Saint Florent du Mont-Glonne (fuyant l'invasion des Normands vers le Berry)

DCCCCXIX. Normanni omnem minorem Britanniam vastaverunt, cunctis occisis vel ejectis Britonibus. Tunc asportata funt corpora SS. Mevenni & Judichaëli, S. Mevennus apud S. Florentium, & Judichaëlus apud S. Jovinum in pago Pictavensi.MORICE, Dom Hyacinthe (1742) op. cit., col. 4

En 919, le corps de Judicaël fut transporté avec celui de saint Mandé dans l’abbaye d’Ension, pour le soustraire aux profanations des hommes du Nord. Une partie fut gardée à Thouars, dans l’église Saint-Martin.

Vers 991, le corps de Saint judicaël était encore à Thouars en Poitou ; il en fut alors enlevé et transporté à Saint Florent de Saumur d’où Guillaume, abbé de ce monastère, et en même temps évêque de Dol, le fit revenir en Bretagne, ainsi que les reliques de Saint Méen.

Elles furent reçues à Dinan avec une joie indicible,  et plus tard transférées à l’abbaye de Gaël.

Les ossements du Saint roi furent mis dans un sépulcre qui existait encore en 1640. C’était « un tombeau élevé en pierre et soutenu de deux piliers, placé au bas de l’église, du côté de l’Evangile, un peu au-dessus de la porte qui donne entrée dans les cloitres.

Monseigneur de Harlay le fit ouvrir à cette époque et y trouva un coffre renfermant de nombreux ossements. Elles furent déposées, ainsi que celles de Saint Méen, dans de riches châsses d’argent.

Bien longtemps avant la date précitée, le chef de saint Judicaël et celui de saint Méen avaient été inclus dans des bustes d’argent, un bras de chacun d’eux dans des bras également d’argent ; le buste représentant saint Judicaël était orné de pierres précieuses.

La révolution a fait disparaitre les reliquaires et les reliques ; du corps du Saint roi il ne reste plus à Gaël que la partie inférieure du fémur

(l’abbé Tresvaux et l’abbé Guillotin de Corson)

La vie des Saints en Bretagne Armorique

M. H. Vatar veut bien nous donner communication d’une lettre nous faisant savoir que les précieux restes de saint Judicaël n’ont pas aussi complétement disparu que nous l’avions soupçonné.

De l’église de l’ancienne abbaye de Paimpont, fondée par le saint roi, possède encore un reliquaire d’argent

« ayant la forme d’une main avec l’avant- bras, tenant un livre à fermoir dont les ciselures sont dorées. Sur les côtés on voit gravé l’écusson de Bretagne avec la devise A MA VIE,  UTINAM et un M gothique dessiné au milieu des rinceaux qui ornent le revêtement du bras.

La tradition en fait un don de la duchesse Marguerite de Bretagne épouse de François II (1457). L’or et les pierreries qui ornaient le reliquaire ont été enlevés à l’époque de la Révolution, mais la relique insigne a été conservée, et l’authentique revisé le 12 juillet 1811. Ces intéressants détails, consignés au Livre de Paroisse de Paimpont, ont été communiqués à M. Vatar par M. l’abbé Joseph Théaudin, recteur de Paimpont, le 15 février 1901.

 

 

Société des lettres, sciences et arts du Saumurois

         La Vie des Saints de Bretagne-Armorique, par Albert-le-Grand, I, 249,

 

Les vies des saints de la Bretagne Armorique : ensemble un ample catalogue chronologique et historique des evesques

 

 

Joseph d'Arimathie scène de la Passion la Descente de la croix Foussais-Payré <==.... ....==> L’apparition de la Sainte Vierge à Maurille, Charlemagne et le saint Graal - Sanctuaire Notre Dame de Marillais