La Collégiale Saint-Mexme Chinon

(La Collégiale Saint-Mexme Chinon. vue de l'ermitage de Jean le Reclus - Chapelle Sainte Radegonde)

Monastère fondé par saint Mexme (ou Mesme, ou Maxime), qui y fut enterré. Abbaye bénédictine attestée jusqu'en 943. Un chapitre de chanoines y fut fondé entre 980 et 1007 par Archambaud de Sully, archevêque de Tours.

 

C'est encore à Grégoire de Tours que l'on doit de connaître les traditions assez flottantes, relatives à la fondation du monastère de Chinon. Saint Maximus aurait été disciple de saint Martin (il serait donc mort dans la 1er moitié du V siècle).

Désireux de se cacher, il se serait fait moine à L'Ile Barbe près de Lyon, au titre de « peregrinus » (28).

Sa présence à Chinon et la fondation par lui d'un monastère en cette localité présentent plus de garanties.

Venance Fortunat dans sa Vie de saint Germain de Paris parle d'un miracle qui eut pour théâtre le monastère de Chinon. L'abbé était alors un certain Flamir qui correspondait avec Germain de Paris. Il reçut un jour une lettre de l'évêque et, la tenant encore à la main, s'en fut visiter l'un de ses moines qui était au lit depuis deux ans. Le moine s'enquit du parchemin ; l'abbé lui répondit que c'était une lettre de l'évêque Germain. Le moine demanda alors qu'on la lui prêtât, et, plein de foi, en lécha la signature ; l'encre fit grand effet et se révéla médication de qualité supérieure ; le malade guérit (29). Il y a une quasi -certitude que ce monastère de Chinon est celui fondé autrefois par Maximus.

 

Le récit de Fortunat présente un intérêt très particulier; grâce à lui, nous avons de sérieuses raisons de penser que Saint-Mexme de Chinon fut un monastère au sens strict, un véritable monastère de moines ; on retrouve le monastère, plus tard, après les invasions normandes (30) ; l'archevêque Théotolon tenta en 945 d'y introduire l'observance de la règle de saint Benoît ; sans grand succès. Plus avant dans le Xe siècle, vers la fin, les « monachi » de Saint-Mexme furent déclarés définitivement « canonici » (31).

Ermitages.

Il convient d'ajouter deux ermitages, décrits avec beaucoup de détails par Grégoire de Tours.

L'évêque consacre tout le livre XV de ses « Vitae Patrum » à un saint qu'il connut personnellement : saint Senoch (32). Ce theifale, originaire du pays de Tiffauges en Poitou, se convertit (se fit moine), reçut la cléricature (« clericus factus ») et bâtit pour lui-même un monastère (monasterium sibi instituit).

Il découvrit en effet sur le territoire du pagus tourangeau un village en ruines qu'il releva partiellement : au milieu des maisons effondrées, il y avait un oratoire où, selon la tradition, saint Martin avait prié. Nous ne nous attarderons pas sur les épisodes de, la vie de saint Senoch ; on sait qu'il fut fait diacre par l'évêque saint Euphrone, vers 570, à l'occasion de la consécration du nouvel autel que l'ermite Venait d'ériger dans l'oratoire reconstruit. Saint Grégoire indique que Senoch avait réuni trois moines pour en faire ses compagnons (33) et qu'il servait Dieu assidûment, mais que cet essai de vie semi-cénobitique n'eut pas de lendemain, puisque saint Senoch se sépara de ses frères pour vivre d'une manière plus solitaire encore (34) ; de fait, dans toute la suite des épisodes concernant le saint, il ne sera plus jamais fait mention de ses moines ; il ne semble donc pas que Senoch ait fondé un monastère permanent qui ait continué de vivre après sa mort.

Les légendes encore vivantes au début du siècle en Touraine, pour autant que l'on puisse invoquer leur témoignage, faisaient de saint Senoch un ermite, non point le père d'une communauté monastique (35).

L'oratoire et l'ermitage de saint Senoch se trouvent au canton de Ligueil, entre Ligueil et Loches, à 2 kilomètres au sud de Varennes, non loin des bords de l'Estrigueil ; après 1793 et la destruction de l'église paroissiale, le centre de la commune s'est déplacé pour se regrouper au sud-est de l'ancien bourg, autour des restes de l'ancien prieuré fontevriste de Barbeneuve et de son église (36).

Le deuxième ermite dont fait état l'œuvre de Grégoire de Tours, est le célèbre Jean de Chinon (mort vers 530-550) (37). C'était un breton, prêtre, qui vécut en reclus dans une grotte, à proximité du « castrum » de Chinon.

Jean ne forma point de disciple, du moins à en juger par le récit de Grégoire. La renommée du saint homme était telle que la reine sainte Radegonde jugea bon de le consulter avant de se retirer à Saix (38).

Selon la tradition locale, elle prit logis durant les trois jours de sa visite dans une grotte dont le bienheureux Jean, délaissant sa propre cellule, aurait, après son départ, fait sa demeure (39). Grégoire de Tours ni Baudonivie ne disent rien de tel ; l'unique grotte qui fut avant et après la visite de la reine la cellule de Jean de Chinon, devint le centre d'un pèlerinage qui unit en un même souvenir l'ermite et la reine (40).

Peut-être y a-t-il lieu d'ajouter à ces deux ermitages le lieu où vécurent les vierges Maure et Britte (Sainte-Maure de-Touraine, un chef-lieu de canton) (41) ; à lire la description du lieu où l'on découvrit leur tombeau, vers la fin de l'épiscopat de saint Euphrone (-f- 573), on pourrait croire que ces deux « virgnes sacratae » avaient vécu en recluses ou en ermites (42) ; mais il est également possible que leur tombeau ait été primitivement situé au coeur d'une localité que les guerres avaient fait disparaître ; le cas n'est pas unique au temps de Grégoire ; de la sorte, Maure et Britte ont peut-être vécu d'une existence fort commune, au sein de leurs propres familles, et non séparées totalement du monde.

Revue Mabillon : archives de la France monastique
Auteur :  Abbaye Saint-Martin de Ligugé. Auteur du texte
==> Gisant de saint Jean de Chinon dit Jean de Moûtier ou Jean le Reclus

 

(24) Charte de 1104 par Geoffroy Martel en faveur de l'abbaye de BeaulieuleR-Loches, dans .1- X. CARRÉ de BUSSEROLLE, Dictionnaire d'Indre-et-Loire, t. IV (MSAT. t. XXX, 1882), pp. 98-99 : « Terris videlicet, pratis et vineis, silvis. aquis, molendinis, servis et ancillis ; si vero monachi ejusdem loci aliquod de casamentis sancti Ursi quos in dominio non habeo, recuperare potuerint, sive per eleemosinam alicujus boni christiani, sive per emptionem, similiter ego concedo ».

(25) Cf. Gallia christiana, t. II, c. 146.

(26) Translatio sancti Genulfi in monasterio Stradense, c. 20, AASS. OSB., saec. IV-2, p. 231.

(27) Pour une étude archéologique, cf. de COUGNY, Saint-Mexme de Chinon, dans Bulletin monumental, t. XXXV, 1869, pp. 625-649 ; cf. A. LONGNON, op. cit., p. 266-267.

(28) In Gloria confessorum, c. 22, pp. 761-762 ; il n'y a pas grand -chose à retirer pour l'étude qui nous occupe, de la Vita et des Miracula écrits vers 1060 (Bibliotheca hagiographica latina, n" 5838-5840), A. SALMON, dans MSA7\, t. XIII, 1861, pp. 165-180; Officium proprinm de 1658, ib., p. 157-164.

(29) Venance Fortunat, Vita Germani Episcopi Parisiensis, c. 57, M. G. Ht Script, rer. merov., t. VII, p. 405.

(30) Cf. Charte de Louis d'Outremer, 11 février 945, dans P.LAUER, Recueil des Actes de Louis IV d'Outremer, Paris, 1914, n° 25, p. 65 ; l'archevêque Théotolon obtient du Roi le passage de Saint-Mexme « ad monasticum ordinem », c'est-àdire l'introduction des usages monastiques conformes à la Règle de saint Benoît, en opposition avec les vieilles règles gauloises et franques ; il n'y réussit pas malgré le jumelage avec l'abbaye de Saint-Julien de Tours, récemment relevée par Odon de Cluny ; cf. notre étude sur l'Archevêque Théotolon, restaurateur de Saint-Julien de Tours, dans Revue Mabîllon, t. LIV, 1964, p. 122.

(31) E. MABILLE, Catalogue analytique des chartes relatives à la Touraine conservées dans la collection de Dom Housseau, Tours, 1863 (MSAT., t. XIV), n" 247, p. 35. — B. N.. Collect. Maine-Anjou, vol. I, p. 286 (vers 990) : Archambault archevêque de Tours, supplie le roi Robert de confirmer « quasdam res quas canonicis (sancti Maximi) quod in ejusdem sancto monasterio constituerat suae auetoritatis testamentum, per nostrae auctoritatis praeceptum » Archambault aurait donc donné aux « canonici » de Saint-Mexme leur statut : « constituerat »...

(32) De sancto Senoch, M. G. H., Script, rer. merov., 1.1, pp. 721-723; A. LONGNON, op. cit., p. 291..

(33) « In hoc loco, collectis tribus monachis, Domino assidue serviebat », p. 721.

{34) « Dehinc, a fratrum contemplatione demotus, solitariae se reclusit in cellula » (p. 721),

(35) J. MAUCLÈRE, La Touraine, Paris, s. d pp. 80-83.

(36) R. RANJARD, La Touraide archéologique, Tours, 1949 (2» éd.), pp. 627-628.

(37) In Gloria Confessorum, c. 23, p. 762-763 ; puisque sainte Radegonde vint le voir avant de se retirer à Saix, il était encore en vie vers 530.

(38) Venantius Fortunatus (Bandonovie), De Vita sanctae Radegundis, lib. II, c. 4, dans M. G. H., Script, rer. merov,, t. II, p. 381.

(39) E. BRIAND, Sainte Radegonde, Poitiers-Paris, 1887, pp. 43-45.