MAUZEACUM , siège du château de Guillaume le Bâtard, protégé par la Bretagne, avec des fossés et des pont-levis

Mauzé-sur-le-Mignon est une commune du centre-ouest de la France située dans le département des Deux-Sèvres. Entre marécages et forêts, sur un des chemins qui mènent du Poitou à l'Océan, MAUZEACUM ou MAUZIACUM forme la plus usitée qui signifie "placé au milieu des eaux ", a toujours été un point de passage important.


Le nom évidemment gallo-romain prouverait selon L. FAYE (Histoire de Mauzé-sur-Le-Mignon) qu'il est antérieur au VIème siècle mais ce lieu n'eut d'importance qu'à partir du moment où un château y fut bâti, c'est à dire vers le XIème siècle.

Un premier château-fort existait dès le XIe siècle. Il appartenait à un comte du Poitou, duc d'Aquitaine. Mauzé fut donné comme fief à un chevalier du nom de Guillaume Bâtard.

MAUZEACUM , siège du château de Guillaume le Bâtard, protégé par la Bretagne, avec des fossés et des pont-levis (3)


En 1035, Guillaume le Bâtard, premier seigneur connu des archives locales, défend le château de Mauzé, assiégé par Othon, frère de l'un des féodaux qui se disputent la Saintonge. Othon mort, son vainqueur reçoit en récompense le péage de Mauzé. Guillaume le Bâtard fondera la famille de Mauzé, dont les descendants seront également seigneurs de Marans.

Guillaume Bâtard, premier seigneur de Mauzé, était, suivant l'opinion la plus vraisemblable, un fils naturel de Guillaume le Grand, et le frère par conséquent du duc Eudes. ==> Ducs d' Aquitaine et Comtes de Poitou et plus

Dans la partie est de l'Aunis, Mauzé partagea longtemps avec Surgères l'honneur d'être la principale porte de cette province. Aujourd'hui, au sud-ouest des Deux-Sèvres, sur la route de Paris à Rochefort et à La Rochelle, c'est la dernière commune du département, confinant à la Charente-Inférieure.

MAUZEACUM , siège du château de Guillaume le Bâtard, protégé par la Bretagne, avec des fossés et des pont-levis (4)

Cette petite ville, chef-lieu d'un riche canton, appuyée d'un côté sur une agréable vallée que le Mignon arrose, ayant de l'autre les marais de Chaban et de la Grève, fait face à la forêt de Benon.

Par son site, Mauzé primitivement bâti en amphithéâtre, semblait défier ces amas d'eau considérables qui firent donner leur nom à Marans et à Maillezais. A une époque reculée sans doute, mais incontestable, où la mer occupait ces bassins immenses que nous appelons le Marais, l'Océan respecta Mauzé.

Ses flots vinrent mourir au pied de ce coteau qui commence à Port-Jouet, et la ville naissante, qui s'élevait hardiment lorsque tout autour d'elle était submergé, fut appelée Mosès, Moyse, c'est-à-dire sauvée des eaux.

Mosé est l'orthographe primitive de son nom. Chez certains auteurs et dans quelques actes on trouve écrit Mosay. Quant au latin Mauseacum, il pourrait bien, sans grande torture, se décomposer en Moses aquarum; c'était la terre ferme, le lieu privilégié, dans le pays des eaux.

MAUZEACUM , siège du château de Guillaume le Bâtard, protégé par la Bretagne, avec des fossés et des pont-levis (2)

Mauzé serait une de ces localités de date récente, qui doivent à leur position, à l'industrie de leurs habitants, toute leur importance, que je ne ferais point difficulté de l'établir. Pour ceux cependant qui reconnaissent un certain mérite dans les hommes et dans les choses, à constater une antique origine, il faut dire que Mauzé peut se glorifier d'une fondation des plus reculée.

Un historien de la Rochelle, l'oratorien Arcère, dit en parlant de la première magistrature de cette dernière ville : « qu'elle parut si brillante, que plusieurs grands  personnages voulurent en être revêtus, tels furent « les Mauléon et les anciens seigneurs de Mauzé dont la noblesse se perdait dans l'obscurité des temps. »

Toutefois, la domination romaine n'ayant point laissé de traces dans cette partie de l'Aunis, il serait difficile de croire qu'elle fut habitée avant les premières années de notre monarchie. Ce ne fut sans doute que vers le commencement du sixième siècle, époque de la célèbre bataille de Vonglé ou Voulon, près Poitiers.

la cour d’Othon ou d’Eudes château de Mauzé sur le Mignon (2)

Clovis vainqueur d'Alaric avait chassé les Visigoths des deux Aquitaines; ses soldats avaient pris leurs quartiers à Bordeaux et à Saintes. Les Francs étaient maîtres de l'Aunis. Ils durent en occuper quelques points remarquables. Et comme en ces temps d'invasions et de conquêtes, le premier édifice en signe de possession, était un camp fortifié, un lieu fort, castrum, d'où lui vint ensuite le nom de castel ; c'est dès lors probablement que furent jetés les premiers fondements du château de Mauzé.

Un chef militaire n'eût point de peine à comprendre l'importance de cette position stratégique, passage obligé de la ville des Pictons aux bords de l'Océan.

Sur le coteau il édifia quelques redoutes ; puis, dans une île formée par les eaux du Mignon, dont un bras est appelé la Bretagne, sur un tertre élevé, il ficha en terre le bois d'une lance, autour il décrivit un carré long flanqué de quatre forts ou tourelles ; et il s'éleva d'abord, avec un peu de symétrie, et sans trop d'art, un édifice en bois où la lumière ne pénétrait que par d'étroites et rares ouvertures.

Quelques siècles après, cette espèce de blockhaus fut remplacé par un monument aux épaisses murailles, bâti sur un plan identique, et dans les mêmes proportions. Ainsi, baigné par le Mignon sur une de ses faces, ayant un vaste champ- clos protégé par la Bretagne, avec des fossés et des ponts-levis sur les deux autres points, le château de Mauzé dût être fort, à une époque où l'usage du canon n'était pas connu. Ses maîtres furent respectés, redoutés peut-être.

MAUZEACUM , siège du château de Guillaume le Bâtard, protégé par la Bretagne, avec des fossés et des pont-levis (1)

Autour de ce donjon féodal, les meilleures terres furent bientôt cultivées ; quelques portions de marais furent desséchées; c'était déjà beaucoup plus qu'une station militaire.

Le nom de ces premiers seigneurs, comtes ou barons, qui commandèrent le château de Mauzé, n'est pas venu jusqu'à nous. Pour en découvrir quelque trace, il faudrait se reporter au temps de Pépin, fils de Louis-le-Débonnaire, et roi d'Aquitaine, qui faisait sa résidence à Engérie sur la Boutonne (1). Le roi d'Aquitaine se fit des vassaux et constitua des fiefs.

Mauzé pouvait flatter l'amour-propre de quelque soldat favorisé dans la guerre. Or, Pépin fut reconnu roi d'Aquitaine a la diète d'Aix-la-Chapelle, en 817 ; c'est donc du commencement du neuvième siècle que date l'occupation régulière et permanente de la place de Mauzé qui, ayant appartenu aux rois d'Aquitaine, passa à ses ducs, pour venir ensuite à un bâtard des comtes de Poitou.

Dom Etiennot, cité par Arcère, dit, en parlant d'un Guillaume de Mauzé : « Bastard, maison autrefois  considérable en Poitou, venue d'un bastard du duc de Guienne, qui posséda longtemps le château de  Mauzé, dont ils prirent le nom. »

Vers la fin de la seconde race, suivant l'observation du président Hénault, « les ducs ou gouverneurs des provinces, profitant de l'affaiblissement de l'autorité royale, rendirent héréditaires dans leur maison des titres que jusque-là ils n'avaient possédé qu'à vie. Ayant usurpé également les terres et la justice, ils s'érigèrent eux- mêmes en seigneurs propriétaires des lieux dont ils n'étaient que les magistrats, soit militaires, soit civils, soit tous les deux ensemble.

la cour d’Othon ou d’Eudes château de Mauzé sur le Mignon (1)

 Les ducs et les comtes donnèrent à leurs officiers, pour eux et leurs descendants, les biens royaux qui se trouvèrent dans leurs provinces ; ils permirent à ces officiers d'en faire part à leurs soldats ; ce fut l'origine des arrière-fiefs (1).

(1) Pax Pepinius tum morabatur in territorio Alniense, super fluvium Vuttonae , in palatio qui vocatur Engerianus, inter medios fines Pictavorum ac Xantonicae.

(De revelalionce capitis B. Joannis. Incerto auctore.)

Avant Guillaume Ier, comte de Poitou, qui vit inaugurer la seconde race, deux autres ducs d'Aquitaine avaient porté le nom de Guillaume. Le bâtard gratifié de la terre de Mauzé ne peut donc avoir existé que vers la fin du onzième siècle, ou au commencement du douzième.

Le château de Mauzé faisait partie de la succession de Guillaume III, cinquième duc d'Aquitaine, et de droit il appartenait à Guillaume IV, dit le Gros. Mais sa belle-mère, Agnès de Bourgogne, s'étant remariée à Geoffroy-Martel, fils de Foulques-Nerra, comte d'Anjou, Guillaume IV se vit bientôt disputer une partie de ses domaines, et Agnès dut à ses intrigues de voir son beau-fils en guerre avec son époux. Les deux princes en vinrent aux mains sous les murs de l'abbaye de Saint-Jouin-de-Marnes.

Guillaume est battu et fait prisonnier par le comte d'Anjou Geoffroi Martel (fils de Foulques Nerra) le 20 septembre 1033 près de Saint-Jouin-de-Marnes. Il n'est libéré contre rançon que trois ans plus tard. Il repart immédiatement en guerre en 1036, mais est battu à nouveau, et doit céder l’île d’Oléron et mourut peu de temps après.

Othon, ou Eudes de Gascogne, frère de Guillaume, réclama son héritage ; mais Agnès et Geoffroy-Martel, enhardis par un premier triomphe, refusèrent de s'en dessaisir et n'oublièrent rien pour gagner à leur injuste cause la plus grande partie des seigneurs et barons. Le gouverneur de Mauzé se rangea dans le parti d'Agnès.

Depuis un an à peine, Eudes avait remplacé en Gascogne ses oncles Bernard et Sanchion, et Agnès s’était leurrée de l’espoir que le jeune prince serait retenu au sud de la Garonne par nécessité de consolider sa récente domination. Sans se laisser déconcerter néanmoins, la comtesse d’Anjou, peu inquiète du vœu des aquitains fit un nouvel appel aux infidèles seigneurs qui l’avaient si bien servie dans le précédent combat.

Guillaume le Bâtard, premier seigneur du château de Mauzé (1)

Obligé de conquérir par la force des armes une propriété légitime, Othon était venu en Poitou avec une armée peu imposante sans doute.

Si de fortune la nécessité pressoit de prendre les armes et faire la guerre, le comte étoit obligé d’aller à cet autel faire sa dévotion et ses prières, et recevoir de la main de l’archevesque, l’estendart ou bannière de guerre, comme les rois de France dès ce temps prenoient l’auriflame de dessus l’autel de sainct Denis par les mains de l’abbé du lieu. Les seigneurs pour lesquels n’y avoit d’institution particulière, selon l’occurrence et la nécessité, se retiroient  aux églises plus proches, et , empruntoient la bannière processionnale  pour s’en servir en guerre, comme on peut voir en l’exemple qui suit. Thibaut III, comte de Champagne et de Tours, et Estienne comte de Blois son frère, enfants d’Eudes II, s’estant rebellez contre Henri I, roy de France furent, si outrectuidez de l’oser attendre en bataille, ou il eut beaucoup de sang respandu des deux costez. Le roy, en haine de leur félonie, suscita Geofroy Martel comte d’Anjou, second mary de nostre duchesse Agnès, afin de leur faire la guerre, et pour obliger, lui donna la ville de Tours et comté de Touraine que Thibaut possédoit. Martel tint le siège plus d’un an devant Tours. Thibaut et son frère faisant courir le bruit de le vouloir aller combattre, et faire lever le camp, combien qu’en effect leur intention n’estoit sinon de rafraischir la ville de vivres et de gens, s’approchèrent avec leur armée.

Il assiégea d'abord le château de Germond, en Gâtine, défendu par Guillaume l'Archevêque, seigneur de Parthenay, en vain, Eudes dut renoncer à s’emparer des fortes murailles élevées par les soins de Guillaume de Parthenay de concert avec Geoffroy Martel.

Tous ses efforts se tournèrent alors contre Guillaume Bâtard, seigneur de Mauzé ; de là, Othon se rabattit sur Mauzé qu'il investit de ses troupes. Mais ses armes ne furent pas plus heureuses ; le siège de Mauzé fut long, et Othon y perdit la vie misérablement à l’attaque de cette place, frappé d’un coup mortel, laissant aux deux fils de son implacable ennemie une succession digne d’un roi.

A la mort d'Eudes d'Aquitaine Comte de Guyenne et de Poitou, Duc de Gascogne, Guillaume VII Aigret, son frère, devient  Comte de Poitiers, sous le nom de Guillaume V,  Duc d'Aquitaine sous le nom de Guillaume VII Aigret Comte de Poitiers et Duc d'Aquitaine -  Guillaume VIII d'Aquitaine Comte de Gascogne

Pendant les premières années de son règne, Guillaume VII Aigret est secondé par sa mère Agnès de Bourgogne qui, avec Geoffroy II Martel, son mari Comte d'Anjou, dominent le Poitou.

Le 10 mars 1039, la cour du château fut longtemps appelée la cour d’Othon ou d’Eudes, car ces deux noms sont identiques, en souvenir de la mort du duc « Actum apud Mausiacum, in curia Othonis, sub umbracul » (Besly, Preuves, p. 472)

Guillaume le Bâtard, premier seigneur du château de Mauzé (2)

Un des enfans d'Agnès, frère consanguin d'Othon, devint duc d'Aquitaine et conséquemment seigneur de Mauzé, qui passa de même à ses successeurs. Guillaume VII, neuvième duc d'Aquitaine, prince distingué dans les armes, les sciences et la poésie, mais de mœurs dissolues, le même qui fut enterré dans l'église de Montierneuf de Poitiers, se plaisait au château de Mauzé.

En 1086, il y séjourna avec Mahault ou Mathilde , son épouse ; il faisait alors ses préparatifs de départ pour la croisade. Besly (3), énumérant avec complaisance les bonnes œuvres que Mahaut prodiguait à l'effet d'attirer les bénédictions du ciel sur son mari, en cite particulièrement une qu'elle suggéra à Guillaume, et qu'il raconte ainsi dans son naïf langage : « Avant aller, estant en son chasteau de Mauzé, donna une femme nommée Sénégonde au monastère de  Saint-Jean, pour servir à leurs maitairies à jamais, et  tous ses enfans aussi, par la manière qu'elle estoit  tenue de servir, ce qu'il fit pour l'amour de Thomas,  son chambellan, qui s'estoit rendu religieux, le quel  il baisa en signe de son ancienne amitié. »

 (1) La position de Germond, en Gâtine, n'a point été déterminée. La Chronique de Maillezais dit que le fort de Germond ne fut élevé qu'en 1093.

Thibaudeau, de son côté, prétend que Eudes de Gascogne fut puissamment secouru par le sire de Parthenay, qui lui donna tous ses vassaux de la Gâtine. (Tom. I, pag. 224.)

Mais Besly est positif : « Pour lui résister, dit-il, Guillaume , sire  de Parthenay , avait mis toute la Gâtine en armes, assisté de la  faveur de ses gens, et l'Angevin avait construit un fort chasteau  à Germond ; le duc Eudes l'assiégea sans effect.

De là, il tourna  teste à Mauzé avec son armée, pour essayer de s'en rendre maistre et chastier les rebelles du lieu. »

(BESLY, pag. HO. — Niort 1840.)

(2) An CÈRE J tom. I, pag. 175.

(3) Page 179.

 

==> Les premiers Seigneurs de Mauzé sur le Mignon, descendants des Ducs d'Aquitaine ?

==> Gisants des ducs d’Aquitaine inhumés à l’abbaye de Maillezais, Guillaume VI – Eudes - Guillaume le Grand