PHystorique- Les Portes du Temps

20 juin 2018

Jean Besly premier véritable historien du Poitou.

Jean Besly premier véritable historien du Poitou.

Jean Besly est né à Coulonges-les-Royaux (Coulonges-sur-l'Autize), près de Niort (Deux-Sèvres).

Issu d'une famille de marchands, il fait ses études à Poitiers, puis à Toulouse. Avocat à Fontenay-le-Comte, il acquiert rapidement une grande réputation qui lui permet un mariage fort avantageux avec Catherine Brisson, parente d'un autre jurisconsulte de renom, Barnabé Brisson (1559). Catherine décédée, il se remarie avec Claude Duboullay en 1610.

Devenu conseiller et avocat du roi, il est député de Fontenay-le-Comte aux États Généraux de 1614. Il s'y distingue par son opposition à la réception du concile de Trente en France.

Il est maire de Fontenay en 1620.

Mais la gloire de Besly est surtout posthume : elle lui vient de son "Histoire des Comtes de Poitou et Ducs de Guyenne", une somme d'érudition à laquelle il a consacré presque quarante années de sa vie, qui ne sera publié qu'en 1646, soit deux ans après sa mort.

Pionnière et monumentale, cette œuvre a fait de Besly le premier véritable historien du Poitou.

 

Oeuvre d'un moine de l'abbaye de Saint-Maixent.

Histoire du monde des origines à 1140, sans doute compilée vers 1126 et complétée vers 1141.

Recopie de nombreux textes antérieurs, originale dans la dernière partie concernant les événements poitevins des XIe et XIIe s. Ms : BN, Paris (Lat. 4892, XIIe s) ; Biblioteca apostolica vaticana (Reg. lat. 554, XVe, copie du précédent). Le ms conservé à la BN se trouvait au XVe s. dans la bibliothèque de l'abbaye de Maillezais, d'où le nom de "Chronicon Malleacense

 La chronique de Maillezais du MONASTERE DE ST-MAIXENT, EN POITOU. <==

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La chronique de Maillezais du MONASTERE DE ST-MAIXENT, EN POITOU.

Par De Armand-Désiré de La Fontenelle de Vaudoré,

Président de la Société des Antiquaires de l'Ouest, secrétaire perpétuel de la Société académique de Poitiers, membre des Sociétés des Antiquaires de France, de Normandie, de la Morinie, de Picardie, du Midi, de la Société de l'histoire de France, de l’institut historique; des Sociétés académiques d'Angers, Angoulême, Blois; Bourbon-Vendée, Caen (3 Soc. ), Cherbourg, Douai, Evreux (2 Soc.), Falaise, Metz, Nantes, Niort (2 Soc.), Orléans , Rochefort. Rouen, St-Quentin et Valence; correspondant du Ministère de l'Instruction publique pour l'histoire de France, de la Commission des Archives de la Grande-Bretagne, et de la. Commission royale d'histoire de Belgique; conservateur et inspecteur divisionnaire du Monuments historiques du Poitou et de l'Aquitaine du nord. etc.

 

PREMIÈRÈ PARTIE.

(1) : Aujourd'hui que l'on  s'occupe d'écrire l'histoire sur les  documents originaux, et que les travaux historiques faits sur des livres n'ont plus guère de valeur dans le monde savant, il est utile d'exhumer de la poussière des bibliothèques ou des dépôts d'archives les chroniques de chaque province, d'en examiner la Valeur et d'en rechercher les auteurs, s'ils sont demeurés inconnus; et c'est ce que je me propose de faire pour le Poitou, Je commencerai par des Recherches sur les chroniques du monastère de St-Maixent.

II. Dans ce travail, le document à examiner, qui se présente tout d'abord, est la chronique dite de Maillezais. Je viendrai ensuite à celle que les continuateurs de dom Bouquet appellent fragmentum chronicorum, etc., et donnent comme faite par un moine de St-Maixent, sur la série des comtes de Poitou.

Ensuite je dirai quelque chose sur trois chroniques ou histoires de I'abbaye de St-Maixent, rédigées dans des temps plus rapprochés de nous, par des religieux de ce monastère. On voit que cet établissement a été fertile en écrivains. Quatre d'entre eux ont, en effet, jeté du jour sur nos annales, tandis que le cinquième s'est plu à entasser des erreurs auxquelles se sont laissé prendre de bien doctes personnages. Mais je dois m'abstenir ici de pousser plus loin ces réflexions, et je vais suivre l'ordre des dates, pour classer les documents que je me propose de livrer à un examen critique.

III. En pareille matière, et  à peu près toujours, quand il s'agit de recherches historiques, il est bon d’aller du connu à l'inconnu.

Examinons tout d'abord, pour la chronique dite de Maillezais, de quoi elle se compose ; puis je ferai connaître où ce document  été trouvé, par qui il a été rencontré ; je parlerai de son importance, et je finirai par indiquer son auteur, demeuré inconnu aux savants qui l'ont publiée.

 

(1)    Ce travail a été lu, par morceaux détaché, aux séances de la Société académique de Poitiers, dans le courant de l'aimée 1837.

IV. La chronique dite de Maillezais, ainsi que la plupart des chroniques du moyen-âge, remonte jusqu'au commencement du monde, car les auteurs avaient alors la singulière prétention de ne vouloir rien laisser derrière eux, et elle finit vers le milieu du XIIe siècle.

Dans le Recueil des historiens de France, on dit tantôt que cette chronique finit e 1040, tantôt qu'elle se termine vers 1140. La première de ces indications est évidemment erronée.

Cette chronique commence par un prologue de J. Florus sur l'histoire. Puis ensuite vient l'histoire sainte et l'histoire profane, d'après Eusèb, Josèphe, Orose et autres auteurs. Arrivant à l'histoire de France, comme on la prenait anciennement, le chroniqueur copie Grégoire de Tours, Frédégaire, Aimoin et les autres écrivains, sur la première race. Quant à la race des maires du palais, l'auteur suit Eginhard et autres chroniqueurs, et, plus tard, il emprunte surtout Adhémar de Chabanais, dans la fin de son travail, pour ce qui ne lui est pas particulier.

V. Rien n'est omis dans cette chronique, pour ce qui concerne le monastère de St-Maixent , la succession des abbés, les découvertes et les translations des reliques des saints , les incendies , les ruines et les réédifications des églises et autres constructions. C'est de cette circonstance qu'il fallait induire que l'auteur de cette même chronique était un moine de St-Maixent.

Il y a plus, c'est que sur deux années, 1028 et 1126, le rédacteur de la chronique indique le monastère de St-Maixent comme celui dans lequel il a écrit. Aussi le père Labbe a-t-il, tout d'abord, reconnu que cette chronique était bien celle de cette abbaye, quoique Besly l'eût indiquée comme étant propre à Maillezais, parce qu'il l'avait trouvée dans cette localité.

 L'auteur, du reste, ne parle de ce dernier établissement ecclésiastique que d'une manière peu suivie, comme par occasion, ainsi qu'il le fait pour beaucoup d'autres monastères du Poitou et des provinces voisines.

VI. Comme je viens de le dire, la chronique dont je m'occupe en ce moment, fut découverte dans le monastère de Maillezais, alors à peu près abandonné par l'évêque de cette localité (1), qui s'établit d'abord à Fontenay-le-Comte où il fut même transféré, et qui se fixa plus tard à la Rochelle où le siégé épiscopal et auparavant abbatial de Maillezais fut définitivement placé par Louis X-III, après la reddition de ce Boulevard du protestantisme.  

(1)    Jacques Raoul de la Guibourgère, d'une maison qui possédait des terres en Poitou et en Bretagne.

 
Ce fut, ainsi que je l'ai pareillement exprimé, Jean Besly, né à Coulonges-les-Royaux (Coulonges-sur-l'Autize), et alors avocat du roi à Fontenay, qui trouva ce précieux morceau historique et le fit connaître, en y insérant des fragments dans son Histoire des comtes du Poitou, ouvrage communiqué par lui à bon nombre de savants, mais publié seulement après la mort de cet écrivain , par les soins de son fils.
Il l'indique sous le nom du lieu d'où il l'avait tiré. L'historien Duchesne, ami de Besly, qui lui avait fait lire cette chronique, l'appelle aussi Chronique de Maillezais, et c'est ce qui fait qu'elle est généralement connue sous ce titre.
Besly fut encore porté à adopter cette dénomination, parce que cette chronique contient des détails relatifs à Maillezais, notamment sur la fondation et la restauration de cette abbaye; mais cette partie semble être une addition à l'ouvrage principal.
 Il paraît que Besly père ne fit que copier ce document, écrit sur un parchemin, et qui était sans doute une copie faite avec soin de l'original, demeuré probablement à St-Maixent, où il se sera perdu. Mais comme Besly fils, à la mort de son père, voulut publier I'Histoire des comtes de Poitou (1), il prit à Maillezais le manuscrit dont il s'agit, et il en fit don à Jacques Dupuy (2), qui lui avait été d'un si grand secours pour la publication de l'ouvrage de son père, ainsi qu'il le mentionne, du reste, dans la dédicace qu'il en fit à ce savant. A la mort de celui-ci, le manuscrit de la chronique de St-Maixent passa dans la: bibliothèque du savant de Thou (3).
Ce fut à cet érudit que le père Labbe I ‘emprunta, pour la faire imprimer en partie, en 1657, dans le second volume de sa Bibliothèque (4) ; dom Martenne l'a ensuite insérée dans le IVe vol. de son recueil (5).
Du reste, et on l'a déjà dit, Labbe reconnut aisément que cette chronique était celle du monastère de St-Maixent, et qu'elle ne s'était trouvée que par accident dans l'abbaye de Maillezais.             
Le père Labbe n'a rien imprimé de la chronique de St-Maixent, pour ce qui précède l'histoire des rois francks. Il ne donne, relativement à ces mêmes rois, que ce qui a trait au Poitou et surtout au monastère de St-Maixent, comme les particularités de la vie de St Léger.
(1)    J'ai en ce moment entre les mains une collection de lettres autographes et curieuses de Besly père et fils, Il s'en trouve de relatives à l'Histoire des comtes de, Poitou et à la publication de cet ouvrage.
(2)     Jacques Dupuy, né à Agen, est mort à Paris le 17 novembre 1656. Garde de la bibliothèque du roi, il publia, avec son frère Pierre, plusieurs ouvrages, et seul il en fit paraître d'autres.
(3)    Jacques-auguste de Thou, né le 8 octobre 1553, et mort le 7 mai 1617.

(4) Nova Bibliotheca manuscriptorum , 2 vol. in-f.

(5) Veterum scriptorum et monumentorum historicorum amplisima collectio , 9 vol. in-f.

 

Sur la seconde race, il s’étend davantage , et enfin, en avançant., il copie toute la chronique, sauf ce qui se trouve dans Adhémar de Chabanais, La moisson, pour notre province , est alors fort abondante , et la série des abbés de St-Maixent , par exemple, est exactement suivie , dans les derniers temps , jusqu'à Pierre Raimond, ou de Raymond , qui fut élu, vers le milieu du XIIe siècle , pour remplacer l'abbé Geoffroi; qui venait de mourir.

L'auteur de la chronique de Saint-Maixent fut longtemps un anonyme pour le monde savant; aussi, dans le Recueil du historiens de France ( t.XI ), les savants bénédictins disent-ils que le nom de cet écrivain est inconnu. Mais  vers la fin du XVIIe siècle, un prieur érudit du monastère de St-Maixent, dont j'aurai occasion de parler plus tard avec détail, après avoir reconnu que la chronique dite de Maillezais avait été écrite à St-Maixent, rechercha qui pouvait en être l'auteur.

D'abord dom Liabœuf s'assura que cette chronique avait été écrite, ou au moins terminée, du temps que Pierre Raimond était abbé de St-Maixent, puisqu'elle finissait par annoncer qu'il avait été élu eu remplacement de l'abbé Geoffroi décédé.   

Il se demanda ensuite si un simple moine de Saint-Maixent avait écrit cette même chronique, et il se fit une réponse négative, parce que, dans ce cas, ce religieux aurait parlé du gouvernement de l'abbé Pierre Raimond, dit Platon; surnom qui dénote la sagesse et la pureté de sa doctrine.

IX. Que pouvait-on conclure de cela ? que Pierre Raimond est l'auteur de la chronique de St-Maixent. Il finit, en la signant pour ainsi dire, puisqu'il termine son curieux travail par des louanges pour son prédécesseur et la simple énonciation de son nom. (Anno Domini 1 144. 5 id. jan, id est die à ejusdem mensis obiit dominus Goffredus bonœ memoriœ abbas Sancti Maxentii. Hic in constructione cœnobii sui, et in augmentatione sui gregis curiosus ac devotus mansit , ut eventus in probat , et opera declarant, Hic monasterium quod ei domireus accomodaverat regendum post ultimum incendium quod evenit suo in tempore , foris ac semper construxit.; cui successit Petrus Raimondi , monachus de Clusâ.)

X. Oui, c'est bien Pierre Raimond, comme dom Liabœuf l'a reconnu, qui est L'auteur de notre première chronique nationale.

« La modestie de cet abbé, dit avec raison le savant prieur qui est venu après lui, ne lui aura pas permis de continuer, pour ce qui le concernait, et le se donner aucun éloge, comme il l'a fait à ses prédécesseurs.  

Ce qui prouve encore que Pierre Raimond est bien l'auteur que nous cherchons, c'est que la chronique de St-Maixent parle de faits relatifs à des monastères, qu'un autre que lui aurait bien difficilement connus, par exemple, des monastères de St-Michel de Cluse ou de l'Ecluse en Piémont, ou il avait été religieux; du monastère de Vézelay en Bourgogne, et de quelques autres qu'il avait sans doute visités; en se rendant d'Italie en Poitou.

XI. Dom Chazal, qui a écrit, dans le siècle dernier, sur l'histoire du monastère de St-Maixent, travail dont je parlerai plus tard, adopte entièrement le jugement porté par dom Liabœuf. Néanmoins; je dois le dire, dom Fonteneau, dans ses précieux manuscrits qui sont à la bibliothèque de la ville de Poitiers, semble hésiter sur la première charte, datée de 1134, où il est parlé de Pierre Raimond, sur le point historique dont il est ici question.

« Pierre surnommé Raimondi, dit-il; succéda à Geoffroy en 1134, selon la chronique de St-Maixent dont on le dit l’auteur. »

Dufour, mon savant collaborateur pour l'Histoire des comtes de Poitou, va plus loin encore, il s'exprime ainsi : " Dom Fonteneau dit que l'on croit cet abbé (Pierre Raimond) auteur de la chronique dite de Maillezais. Nous n'avons rien trouve, continue-t-il, qui poisse justifier cette opinion. »   

 Mais l'ouvrage de dom Liabœuf et celui de dom Chazal avaient sans doute échappé aux savantes investigations faites par Dufour, dans les manuscrits réunis par dom Fonteneau; et je ne puis hésiter à adopter l'opinion de ces deux bénédictins et notamment celle de dom Chazal, parce que les motifs sur lesquels ils s'appuient me paraissent à peu près sans réplique.

 Tenant ainsi pour vrai que Pierre Raimond est I'auteur de la chronique de Saint-Maixent, dite de Maillezais, il faut rechercher ce qu'il était, et les actes de son administration comme abbé de Saint-Maixent, car ce n'est que là où on peut trouver des traces de sa vie.

D'abord, on voit que cet abbé est appelé en latin Petrus Raimundi ou Raymundi, qu'on peut traduire en français par Pierre Raimond ou Pierre de Raimond, ou peut-être par Pierre fils de Raimond, car on sait qu'au moyen-âge un second nom au génitif était souvent l'indication du père de l'individu qu'on voulait désigner.

Ensuite, d'où venait Pierre Raimond ? Quelques-uns ont prétendu qu'il avait d'abord été moine de St-Michel-en-l'Herm, et Dufour semble être de cet avis; mais le nom distinctif du monastère in Eremo (1), ajouté au vocable du saint, n'a aucune analogie avec l'indication de Clusâ  qui se trouve dans la chronique de Maillezais. Il aurait été plus rationnel de supposer que Pierre Raimond avait été, avant d'être abbé de St-Maixent, moine de St-Michel-le-Clouq, près Fontenay-le-Comte (2)  où il existait alors un petit monastère ou prieuré dépendant de l'abbaye de Maillezais. Les deux noms latins au moins se rapprocheraient beaucoup.

 

(1) Tiré de sa position dans le marais méridional du bas Poitou.

(2) Prioratus S. Michaelis Clausi, d'après le Pouillé d'Alliot. Paris, 1626          

 

Mais il était de notoriété, dans le monastère de Saint-Maixent, constatée par les historiens qui ont écrit après les deux chroniques, que Pierre Raimond était venu du Piémont. « Petrus Raimundi , dit dom Chazal, monasticem professus fueral in cœnobio Sancti-Michaelis de Clusâ , in Pedemonubus , abbas Sancti-Maxentii eligitur anno 1144, post mortem Goffredi, ut refertur in chronico Sancti-Maxentii cujus autor fuit ipse Petrus Raymundi. »

Comment, du reste, s'il eût été Poitevin, ou qu'il n'eût jamais été en Italie, aurait-il parlé du monastère de Cluse ou de l'Ecluse en Piémont, d'assez peu d'importance? S'il s'en est occupé, c'est que, sans doute, il y avait été religieux ; de même qu'il a parlé de Vézelay et de quelques autres établissements ecclésiastiques qu'il aura visités en se rendant du Piémont en Poitou.

Il serait difficile, on le sent bien, de connaître les causes qui portèrent un religieux d'au-delà les Alpes à venir de si loin à Saint-Maixent. Mais l'on sait qu'alors de pieux cénobites trouvaient du charme à quitter leur pays, pour se fixer à de grandes distances; c'était, en agissant ainsi, en s'éloignant de ses parents et ses amis, délaisser d'autant plus le monde!

Une autre question serait à faire. On pourrait se demander quelle était la famille de l'abbé Pierre? Quel  était ce Raimond dont probablement il était fils? St on voulait écarter ces investigations, en disant qu'il est oiseux ou impossible de découvrir l'origine d'un obscur moine, même devenu abbé et écrivain, dans le XIIe siècle, ou répondra que Pierre Raimond était né dans une haute position de la société. En effet, si on tient pour vrai ce que dit dom d'Achery dans son Spicilegium (tom. II, pag. 432-453 ), dans une charte de 1146 , consentie par Louis VII dit le Jeune, et Aliénor d'Aquitaine, son épouse, au monastère de Saint-Maixent, pour la forêt de Saura, Pierre Raimond est qualifié de parent du monarque ou plutôt d'Aliénor.

Toujours est-il que cet abbé; dont la conduite fut telle qu'on lui donna pour surnom le nom d'un des sages de l'antiquité, vit se retirer près de lui, à l'abbaye de Saint-Maixent, où il demeura un an avant d'être sacré (1), Grimoard, abbé des Alleuds, frère de saint Géraud de Salles (2), qui, élu évêque de Poitiers après Pierre de Châtellerault, n'accepta que par contrainte; et en disant qu'il aurait mieux aime être lépreux qu'abbé, et qu'il aurait préféré souffrir le martyre qu’être évêque. Grimoard s'exprimait avec franchise, et au bout de quelques mois il mourut des suites de la contrainte morale à laquelle il avait été obligé de céder. La terre aura été légère à ce prélat si pénétré de l'humilité évangélique!

(1) Manuscrits de dom Fonteneau. Quand Je cite des chartes sans indiquer d'où elles viennent, il faut les tenir comme étant de sa collection.

(2) Géraud de Salles a fondé plusieurs monastères en Poitou, notamment les Châtelliers et l'Absie en Gâtine.

 

       

XIV. Les actes d'administration de Pierre Raimond, comme abbé de Saint-Maixent, sont assez nombreux, et il faut remarquer ici, et en commençant, que la chronique de St-Maixent et dom Chazal sont en opposition avec dom Fonteneau, pour l'époque où cet abbé entra en fonctions. Les premiers indiquent l'année 1144, et le dernier mentionne 1134, en donnant des chartes dans lesquelles Pierre Raimond serait mentionné comme abbé de Saint-Maixent, bien avant le temps où la première chronique de ce monastère, dite de Maillezais, indique son élection.

Alors il y aura eu erreur de copiste dans le manuscrit de cette chronique trouvé de Maillezais, et dans les travaux historiques qui en ont été la suite : on aura mis la lettre X en trop dans le millésime, et il faudra lire 1134 au lieu de 1144. Il doit en être ainsi sans aucun doute, si comme l'établit dom Fonteneau, l'hommage simple rendu par Hugues VII, seigneur de Lusignan, à Pierre Raimond , abbé de Saint-Maixent, est de l'année 1137, et si on doit dater de 1142 une autre charte relative à un repas pour trois personnes, que Jean Rogoz et sa mère avaient droit d'exiger du monastère de Saint-Maixent, à Romans , près Melle, le jour de la fête de Saint Symphorien, patron du prieuré. Cette redevance, d'une espèce assez commune alors, fut, du reste, supprimée par un acte de 1145. On a déjà vu que l'abbé Pierre Raimond obtint la forêt de Saura, que dom Fonteneau appelle la forêt de Sèvre, et que dom Chazal prétend être la forêt de l'Epaus, d'Aliénor d'Aquitaine, et il y a à ce sujet plusieurs chartes qui peuvent prêter à des observations.

En 1149, Sanson, qui avait molesté le monastère de Saint-Maixent et ses religieux, et usurpé de leurs biens, fit une éclatante satisfaction entre les mains de l'abbé Pierre (1).

En 1158, celui-ci reçut au nombre de ses moines le fils de Simon Esperun, du consentement de la mère et des frères de celui-ci, qui donnèrent, pour prix de son entrée en religion, une portion dans une prévôté et trois maisons à Saint-Maixent, dont une devait une livre de piment de rente, ce qui prouve l'usage qu'on faisait alors de cette épice en Poitou.

Cette famille se dévoua tout entière an monastère de Saint-Maixent; car, en 1153, Giraud Esperun fit don de sa personne de celle de son fils et de celle de sa fille, à l'abbé Pierre Raimond et à ses moines avec la moitié d'une ouche, et le bourg situé autour de la porte poitevine.

( 1) Manuscrit de dom Chazal,  qui est en ma possession.

 

Arsende, femme du donateur, ratifia cet acte, en se réservant seulement un usufruit sur le bourg. La même année, l'auteur de la chronique dite de Maillezais fit un acte favorable pour la localité, Il donna aux hospitaliers de Saint-Maixent un vaste jardin, à la charge de recevoir gratuitement, dans leur établissement, tous les habitants de la ville qui tomberaient malades.

 Les maîtres d'école qui voulaient professer dans la ville de Saint-Maixent, devaient prendre licence de l'abbé et de ses religieux, et non ailleurs. Or, il arriva qu'un instituteur, qui était muni d'une autorisation d'enseigner, donnée par le monastère de Saint-Liguaire-sur-Sèvre, relevant de celui de St-Maixent, se mit à exercer dans la ville groupée auprès de ce dernier établissement ecclésiastique. Jaloux du droit qu'avait son abbaye de diriger l'enseignement dans cette localité, l'abbé Pierre s'opposa à ce que maître Tipaud (Tipoudus) , c'était le nom de l'instituteur, continuât à donner des leçons , et il parvint à faire fermer cette école.

L'époque précise de la mort de Pierre Raimond est inconnue. Seulement, dans la continuation du cartulaire de St-Maixent, cartulaire dont je vais bientôt parler, on lit le passage suivant : « Quo anno Petrus Raimundi vivere desiit, ignoratur; certè vivebat adhuc dùm Willelmus papiensis cardinalis legatus apostolicus venit in istas regiones. Obiit vero Petrus ante dicessum prœdicti cardinalis et ante dominicam tertiam quadragesimœ quâ cantatur Oculi mei. »

Toujours est-il qu'en 1175, Pierre Raimond n'existait plus, car son successeur Pierre de la Tour (de Turre) occupait dejà, dans cette année, le siége abbatial de St-Maixent ( 1).

XVI. Pierre Raimond ne se borna pas à écrire la chronique de St-Maixent; il fit aussi un cartulaire complet de ce monastère, dans lequel il copia ou fit copier les privilèges accordés à cet établissement religieux par des papes et par des rois, les donations, acquisitions et autres actes importants.

Ce travail, précédé d'un prologue curieux, fut écrit sur du parchemin, format in-4°, en caractères de l'époque du XIIe siècle.

Pierre Raimond y fit entrer 89 chartes, à dater du règne de Ludwig Débonnaire, jusqu'en 1150, temps où il était encore abbé.

 Il dit qu'il a fait ce cartulaire afin de conserver les chartes, qui, séparées les unes des autres étaient exposées à se perdre et qu'il n'y a rien ajouté. Pour donner plus de poids à ses paroles, il affirme par serment  ses assertions, et offre même de les faire soutenir par le duel, ce qui prouve qu'alors l'épreuve par les armes était encore en usage, même pour les ecclésiastiques.

 

(1)    L'époque précise de l'élection de cet abbé est inconnue; c'est ce qui fait qu'on ignore quand mourut son prédécesseur.

Pour parachever le cartulaire formé par l'abbé Pierre 1er, car tel est son nombre dans la série des abbés de St-Maixent portant ce prénom, on ajouta au commencement du volume trois ou quatre cahiers concernant les hommages et les autres documents importants, depuis le temps de l'auteur jusqu'en 1250.

Ce manuscrit fut enlevé par les protestants, à une époque où ils s'emparèrent de St-Maixent. On le retrouva plus tard, mais pourri en partie ou rongé par les vers. Dom Liabœuf le fit copier, pour servir de preuve à ses Antiquités du monastère de St-Maixent.

Depuis, ce cartulaire, originale copie, a péri, ou du moins, s'il existe encore, il est perdu et on ne sait où le prendre; heureusement que les copies des principales chartes du trésor de St-Maixent, qui ont été prises par dom Fonteneau et existent dans sa collection, suppléent, en partie au moins, à la perte de ce précieux cartulaire.

XVII, Il faut ajouter, pour ce qui concerne Pierre Raimond, qu'il fut choisi par le roi Louis le Jeune , pour être juge du différend grave élevé entre le monastère de Maillezais et Sebran Chabot.

XVIII. Un vœu est émis par dom Liabœuf, c'est que la chronique de St-Maixent, dite de Maillezais, dont on n'a encore livré au public que des fragments, soit imprimée en son entier. Ce serait en effet une chose fout-à-fait désirable: et, pour mon compte, je me sentirais disposé à travailler à cette œuvre toute nationale pour un Poitevin (1); et pourtant d'autres travaux aussi importants, depuis longtemps entrepris et qui sont à terminer, absorbent presque tous mes moments disponibles (2) ! ,

Pour appuyer d'autant plus ce vœu, il s'agit de faire sentir l'importance de la chronique de St-Maixent. D'abord il y a un peu de confusion dans ce morceau historique, et si, comme le disent les bénédictins dans le Recueil des historiens de France, on trouve, par exemple  des faits passés en 860

(1) L'Institut (académie des inscriptions et belles-lettres), à qui J'adresserai ce Mémoire, prendrait sa part dans la mise à exécution de ce vœu, s'il Jugeait ce travail digne d'une distinction, lorsqu'il émettra un Jugement relativement aux recherches faites sur les antiquités nationales.

Je pourrais ensuite et sur une si notable recommandation, obtenir la remise momentanée, entre mes mains, du manuscrit de la chronique de St-Maixent, dite de Maillezais, qui est à la bibliothèque du roi, pour la copier, en faire une traduction , l’enrichir de notes , et la faire imprimer.               

(2)    Je termine des ouvrages nombreux sur l'histoire de mon pays qui sont commencés depuis longtemps.            

 

avant d'autres arrivés en 840; plus tard l'ordre est suivi avec soin, et la chronologie, disent de plus les savants éditeurs de ce Recueil, y est assez exacte (1). " C'est la chronique, continuent-ils encore, qu'on cite le plus souvent, surtout depuis le Xe jusqu'au milieu du XII siècle, et elle finit à ce temps ...

Elle est d'un grand secours pour l'histoire du Poitou, de l'Anjou et des provinces voisines ; on y trouve l'histoire de la première croisade, presque jour par jour, et Baronius s'est souvent servi de ce travail. .... On y fait la remarque que l'année de la reddition de Nicée aux croisés fut extrêmement, calamiteuse.

 Au mois d'octobre, une comète fut vue pendant sept nuits; dans ce mois il y eut un tremblement de terre;  le mois suivant, les insectes dévorèrent les semences confiées à la terre et les rivières débordèrent tellement qu'elles renversèrent beaucoup d'habitations et firent périr grand nombre d'hommes.

Chaque année de cette chronique fournit un enchaînement d'événements plus ou moins étendus et intéressants. Pour nous Poitevins, habitants de la terre sur laquelle j'ai pris naissance et sur laquelle j'écris, pour nous la chronique de St-Maixent a encore plus d'importance : elle indique surtout ce qui tient à cette province, et elle est la première histoire du Poitou, car on peut lui donner ce nom, qui ait traversé les siècles pour arriver jusqu'à nous (2). 

DEUXIÈME PARTIE.

XX. Je vais quitter le vrai pour entrer dans le faux, ou plutôt pour le combattre; ce début surprendra sans doute. On aura peine à croire que dom Bouquet et ses continuateurs, les savants et infatigables éditeurs du Recueil des historiens de France, aient tenu pour sérieux, et inséré dans leur recueil, d'ailleurs si estimable , si utile , un document qui ne contient , dans presque toutes ses parties, qu'un tissu de fables et d'erreurs. Encore si, en le publiant, les doctes bénédictins avaient noté les mensonges qui y fourmillent ou qui le composent presqu'en entier? Mais point du tout, ces écrivains donnent cette seconde chronique de St-Maixent comme un morceau historique et méritant toute confiance; ils le défendent même, dans une partie essentielle, en soutenant la véracité du faux testament de Guillaume X, le dernier des comtes de Poitou, duc d'Aquitaine et père de la reine Aliénor.

(1) Il s'est glissé pourtant quelques erreurs dans cette chronique, notamment en ce qui concerne l'âge et le gouvernement d'Odillon.

(2) Le père Phil. Labbe pense que cette chronique a été faite par plusieurs auteurs. Le précieux manuscrit de ce document existe à la bibliothèque du roi, n° 6892, fonds de Thou, et renferme une addition où on trouve le récit de la mort de Louis IX. Voir la Bibliothèque des croisades, t. 1 , p. 363.         

 

Etonné que de telles erreurs aient échappé à l'érudition personnifiée (1), moi, simple écrivain de la province, n'ayant d'autre mérite que celui d'avoir vieilli sur les chartes et sur les gros livres (2), j'entre en lice avec de véritables géants en savoir, et la lutte semblera d'abord bien inégale. Néanmoins l'espérance dirige ma plume, j'ai pour moi le bon droit et je parviendrai,  je n'en doute pas un instant, à vous faire partager ma conviction, parce qu'elle repose sur des preuves sans réplique, sur la vérité en un mot.

XXI. La seconde chronique que j'entreprends d'examiner à fond a été pour la première fois publiée par dom Martenne  dans sa Collectio amplissima ( t. v. col. 1147 et s. ) , sous le titre de Fragments des Chroniques des comtes de Poitiers, ducs d'Aquitaine. (Ex -Fragmentis Chronicorum comitum Pictaviœ , ducnm Aquitaniœ.) - Il y a joint un court fragment tiré d'une prétendue chronique de St-Michel-en-l'Herm, qui reproduit la mention d'un vicomte de Thouars qui n'a jamais existé et du nom de Trulle. Ensuite les bénédictins, continuateurs de dom Bouquet, ont inséré par lambeaux cette seconde chronique de St-Michel dans leur Recueil des historiens de  France (3), en considérant ce morceau historique comme un supplément de la chronique dite de Maillezais (4).    

XXII. Dom Martenne et les continuateurs de dom Bouquet s'accordent pour trouver l'auteur de cette chronique dans un moine anonyme du monastère de St-Maixent. Cette opinion est fondée, car elle résulte de quelques expressions de ce document. Quelques érudits ont pensé, d'un autre côté, que ce travail avait été fait par plusieurs rédacteurs, parce qu'il n'y a pas d'esprit de suite; mais, dans la réalité, tout peut bien être dû à la même plume. Au premier coup d'œil, on croirait qu'on a voulu faire une continuation de la première chronique de St-Maixent, dite de Maillezais.

L'ordre des temps est interverti, parfois, dans l'une comme dans l'autre.  

(1) Qu'il me soit permis d'emprunter ici les expressions de M. Champollion-Figeac , dans les Prolégomenes placés en tête de l'édition de l' Ystoire de li Normant, publiée, en 835, par la Société de l'histoire de France : « Mon médiocre savoir sera toujours sincèrement respectueux devant des noms et des ouvrages comme ceux des bénédictins , et la raison commande, lorsqu'on a le bonheur de relever quelques-unes de leurs fautes, un bien modeste orgueil. »

(2) Depuis trente ans je m'occupe de recherches historiques particulières sur le Poitou et l’Aquitaine du nord. J’ai lu et relu toutes les chartes de la collection de dom Fonteneau.                  

(3) T. x, p.285 ; t.XI, p.372 ; t. XIII, p.408 ; t. XVIII,p. 242.

(4) T.XII, Préface.

Le Fragmentum chronicorum comitum Pictaviae ne rapporte aucune date, seulement  il cite que tel fait est arrivé sous tel évêque de Poitiers ou pendant la domination de tel comte ; il s'étend depuis le commencement du Xe siècle jusque vers 1280.

Sa formule de citation de temps est en tête de ses divisions; par exemple, au commencement de la première continuation, ou seconde partie, allant de 1159 à 1198, on lit : Ex nostrâ chronicâ temporibus Laurentii ; Johannis et Willelmi pictavensium episcoporum. Et pour la seconde continuation, ou troisième partie, qui va de 1198 à 1224 environ, l'intitulé est: Ex chronicâ nostrâ temporum  Aimari , Willelmi IVY et Phitippi pictavensium episcaporum.

Il est à remarquer qu'on a oublié de citer l'évêque Maurice de Blaison, successeur Aimar du Peyrat (de Peirato). Maurice fut fait évêque de Poitiers de 1198 à 1217 environ.

XXIII. Il est à regretter que dom Martenae ait ainsi commencé à donner cours, dans le monde savant, à une réunion d'erreurs très-graves et excessivement nombreuses, comme je l'ai déjà dit et ainsi que je vais bientôt l'établir. On doit s'étonner aussi que sa saga cité ne lui ait pas fait apercevoir ce qu'était véritablement ce qu'il imprimait. Sans doute ce savant n'aura pas examiné assez les matériaux qu'il plaçait dans sa précieuse collection. Ensuite on peut se demander comment dom Martenne, qui connaissait si bien les différents genres d'écritures de chaque siècle, s'est laissé tromper sur la date des caractères d'un manuscrit et on aurait droit de s'en étonner. Mais on peut répondre ou que le savant religieux n'a vu ou cru voir qu'une copie de la chronique en question  ou que le faussaire avait à dessein parfaitement imite le caractère employé à une époque plus ancienne.

Je suis porté à adopter cette dernière conjecture, lorsque je vois, ainsi que j'en justifierai plus tard, que certaine copie de ce document, en la possession d'un seigneur intéressé à faire passer la chronique pour vraie, à la fin du XVIIe siècle, était donnée comme l'original en parchemin, du temps de Gauthier de Bruges. Or ce prélat occupa le siégé épiscopal de Poitiers de 1278 à 1306.

XXIV. Mais la science des bénédictins chargés de la publication du Recueil des historiens de France, a été doublement mise en défaut pour la seconde chronique de St-Maixent. En effet, d'abord ils l'ont publiée sans s'apercevoir de ses nombreux défauts, et ensuite, je l'ai dit déjà, ils l'ont défendue sur les doutes émis relativement à ce document, en ce qui concerne le prétendu testament de Guillaume X (1).

(1)    Recueil des hist. de France, t. XII. Préfac, p. XXXII-XXXVI.

XXV. De nombreux auteurs, entrainés par le suffrage le dom Martenne et des successeurs de dom Bouquet,  ont tenu pour vrai le Fragmentum chronicorum, et sont partis de son contenu pour ce qui concerne les vicomtes de Thouars et les familles seigneuriales du bas Poitou qu'on en fait descendre.

Je citerai d'abord Meschin (1), dont l'ouvrage paraît être, le premier imprimé de tous ceux qui ont parlé du faux Arnoul, premier vicomte de Thouars prétendu.

Je nommerai aussi le père Arcère, écrivain habituellement très-judicieux. Mais il jurait d'après la parole du maître, et, malgré toute sa science, le maitre s'était trompé.

Voici du reste ce que dit Arcère dans son Histoire de la Rochelle.

« Ces seigneurs (Savary et Guillaume de Mauléon), dit Arcère, Hist. de la Rochelle ( t. 1 , p. 203), la citant en marge ,  Chron. Pictav. veter, script. t. 5) descendaient d'Arnold, premier du nom, que son frère Eble, duc d'Aquitaine et comte de Poitou, fit vicomte de Thouars. Arnold II l'un de ses enfants, bâtit le château de Mauléon; et, dans la suite, le nom de ce château servit à désigner une branche de cette  grande maison. »         

Drouineau de Brie, qui a écrit vers 1735, et d'après l’invitation de M. Lenain, intendant du Poitou, des Mémoires sur Thouars, demeurés manuscrits, a aussi payé son tribut à l'erreur, en indiquant le faux Arnoul comme premier vicomte de Thouars, et en parlant de Trulle et des autres vicomtes de  la fabrique du moine anonyme de St-Maixent.

Sans doute il aura été entraîné dans cette mauvaise voie par la connaissance qu'il aura eue de ce document apocryphe.

Berthre de Boumiseaux, qui a publié dans ces derniers temps une Histoire de Thouars (2), a marché sur les errements de Drouineau de Brie, qu'il a suivi pas à pas dans une grande partie de son travail.

XXVI. Thibaudeau, à qui on doit un Abrégé de l'Hist. du Poitou (3), écrit beaucoup trop vite, et qui contient pourtant

(1). L'ouvrage de Meschin est intitulé: Histoire de Poitou, Saintonqe et Aunis. L'Art de vérifier les dates, l'Histoire de Languedoo par dom Vaissette, l'Histoire des Comtes de Poitou, par Besly, même les Annales d'Aquitaine, par Bouchet, ne mentionnent pas la fausse série des vicomtes de Thouars. Seulement la dernière édition de Bouchet a, à sa suite, l'Origine des Poitevins, attribué à la Baye , ouvrage fabuleux au dernier point.    

(2) Hist. de la ville de Thouars, Niort. Morisset, 1824. 1 vol. in-8.

 (3) A Poitiers quelques personnes prétendent que Thihaudeau , avocat très employé, avait composé son ouvrage presqu'en entier pendant les vacances d'une année : cela n'est pas probable, quoique le livre ait été fait, on le répète, avec précipitation.  

beaucoup de faits, a été, et c'est de la critique, jusqu'à révoquer en doute l'existence du faux Arnoul ou Arnould, prétendu frère d'Ebles-Manzer, comte de Poitou, et qu'on indique comme la tige des vicomtes de Thouars.

 Il est bon de rapporter ici le passage où cet écrivain, mieux avisé que ses contemporains ; paraît avoir aperçu la vérité.

La ville de Thouars, avec l'étendue de son ressort, fut donnée en apanage, suivant Méchin, par Ebles II, comte de Poitou, à son frère Arnoul, pour le tenir à titre de vicomté.

 Arnoul, premier Vicomte de Thouars, voulant aller de pair avec les comtes de Paris et d'Anjou, prédécesseurs de Hugues-Capet, prit les armes de France, et porta d'or semé de fleurs de lis d'azur, au canton de gueules. Ces armes ont toujours été retenues par les successeurs d' Arnoul, jusqu'à ce que cette seigneurie tombât dans la maison d' Amboise.

Cette prétendue donation du vicomté de Thouars, faite par Ebles II, comte de Poitou, à son frère Arnoul, n'est appuyée d'aucune preuve; plusieurs circonstances la détruisent. Le comte Ebles, dont l'auteur veut parler, est sans doute celui à qui Besly et Bouchet donnent la dénomination de second du nom, mort en 935, quoiqu'il n'y ait point eu deux comtes de Poitou du nom d'Ebles. Le comte n'avait point de frère ; il était fils unique et naturel de Ranulphe II, comte de Poitou; et dans le nombre des anciens seigneurs de Thouars, on n'en trouve aucun du nom d'Arnoul.

Les armoiries n'étaient point encore en usage du temps d'Ebles, comte de Poitou, au commencement du Xe siècle.

C'est Louis le Jeune, roi de France, qui a le premier pris les fleurs-de-lis pour armoiries, vers 1149, pendant les croisades. Le premier. vicomte de Thouars qui paraît avoir eu les armes de France d'or, semé de fleurs de lis, au quartier de gueules, est Aimery VII, vivant vers 1294. Tout ce que dit Méchin à ce sujet n'est donc ni vrai ni vraisemblable (1).

XX VII. Néanmoins, et on aurait peine à le croire, quand on connaît ses nombreux travaux sur l'histoire du Poitou, Dufour, dans son Ancien Poitou (2), a tenu pour vraie la seconde chronique de Saint-Maixent , et ce qu'elle contient; car d'abord il la cite (3) pour établir que Henri II et Aliénor étendirent l'enceinte de Poitiers, et ceignirent cette ville d'une muraille (4) , et pour attribuer la fondation de la collégiale de St-Nicolas de Poitiers à Agnès de Bourgogne, successivement comtesse de Poitou et comtesse d'Anjou;

(1)Thihaudeau, Abrégé de l'Hist. du Poitou, t. 111, p. 190 et 191

(2) De l'Ancien Poitou et de sa capitale.

(3) Pag. 252.

(4) Pag. 374.

 

ensuite, d'après cette chronique (1), il fait fonder une chapelle dans I' église de St- Paul de Poitiers, par Alix, femme d'Eudes, vicomte de Poitiers, fils de Gui (2). Enfin Dufour rapporte (3) que Hugues du Puy du Fou, qu'il dit parent des anciens comtes de Poitou ; ducs d'Aquitaine, toujours en suivant la chronique apocryphe, fit augmenter les bâtiments des Dominicains de Poitiers, à cause de l'attachement que Hugues son père, et Valence de Lusignan sa mère, inhumés dans l'église de ces religieux, portaient à leur établissement. Seulement cet auteur, en se reportant à Hugues qu'il dit avoir été marié, par la reine Aliénor, avec sa parente Valence de Lusignan, même avant qu'il fût pourvu de l'office de sénéchal de Poitou, qu'on lui fait occuper, d'après l'anonyme de St-Maixent, paraît douter un peu de l'existence de cette Valence.  « Aucune généalogie de la maison de Lusignan, dit-il, ne parle de cette Valence, femme de Hugues.

Cependant son existence ne peut être révoquée en doute, puis qu'elle est attestée par un auteur en quelque sorte contemporain.  On le voit, Dufour croyait à la véracité du Fragmentum chronicorum. Seulement il ajoute : « Besly fait mention d'une Valence, fille unique de Geoffroy de Lusignan, frère de Hugues V, comte de la Marche, laquelle épousa Hugues l'Archevêque, seigneur de Parthenay. ( Comt. de Poit., pag. 57.)

Ce ne peut être la même personne qui fut mariée à Hugues du Puy du Fou. Je soupçonne que cette dernière pourrait bien avoir été fille de Jeanne de Montcheusy, comtesse de Pembrocke , et de Guillaume de Lusignan, quatrième fils de Hugues X, tige de la maison de Pembrocke, qui prit le nom de Valence , soit qu'il naquit en ce lieu, soit parce qu'il lui fut donné en partage avec plusieurs autres terres.

 Ce n'est, au surplus, qu'une conjecture.  Je pourrais dire que cette conjecture n'est pas fondée, mais ce n'est pas ici le lieu de s'en occuper.

XXVIII. J'ai prétendu que la seconde chronique de Saint-Maixent ou le Fragmentum chronicorum , etc. , est un tissu de faussetés. Je suis arrivé au moment d'expliquer plus amplement mon allégation, et peu après j'en ferai la preuve. Je dirai donc que la série des évêques de Poitiers, sauf l'omission de Maurice de Blaison parmi les évêques, et celle des ducs d'Aquitaine, comtes de Poitou, sont vraies, mais que la série des vicomtes de Thouars est de pure invention. Il en est de même pour l'origine qu'on vent donner à certaines familles seigneuriales du bas Poitou, en les faisant descendre de la maison de Thouars. De plus, le testament du duc Guillaume X est une pièce fausse.

 

(1) Pag. 271.

(2) Pour l'Histoire des Comtes du Poitou, entreprise par Dufour et par l'auteur de ce mémoire,  ce qui concerne les vicomtes de Thouars est rentré dans la partie du travail affecté à ce dernier.

(3) Pag. 397.

XXIX. A présent, il me reste à prouver ce que j'ai avancé.

C'est d'abord de la fausse origine des vicomtes de Thouars, dont on fait descendre la maison des comtes de Poitou, et de la série de ces grands feudataires que je dois m'occuper. Ma preuve faite, pour cette première partie, et elle influera grandement sur ce qui concerne la suivante, je passerai aux maisons seigneuriales prétendues être des branches de la maison vicomtale de Thouars.

Enfin je viendrai à démontrer la supposition du prétendu testament du père de la reine Aliénor, successivement femme de notre roi Louis le Jeune et de Henri II, roi d'Angleterre.

XXX. Avant d'entrer en matière, je dois rappeler qu'il existe une très-grande difficulté pour établir la série véritable des vicomtes de Thouars, par le motif que l'ordre de succession n'était pas le même que dans les autres seigneuries, Comme ailleurs , le fils aîné ne succédait pas à son père, mais les frères se succédaient les uns aux autres en commençant par les ainés, et 'quand le dernier frère était décédé, le fils de l'aîné devenait vicomte titulaire, ses frères venaient après lui, et ainsi de suite.

Il sera curieux de rechercher d' où provenait cet usage singulier, qui avait l'avantage de ne laisser presque jamais le pays sous la domination d'un mineur, et par suite sous le gouvernement d'un tuteur. De plus, tous les enfants d'un vicomte, aptes à posséder la vicomté à leur tour, prenaient le titre de vicomte, ce qui rend très-difficile de dire si à une époque donnée tel était vicomte régnant, ou s'il ne l'était que d'une manière honorifique.

Le mode de succéder à la vicomté de Thouars se rattachait, du reste, au droit général de succession usité entre les nobles, dans ce même pays, et indiqué par l'ancienne coutume de Poitou (1) ; il est aussi indiqué par Duchesne (2), qui tenait ces détails de Besly, d'après une lettre que lui adressa ce savant, le 23 mai 1620, lettre publiée par le père Anselme (3). « Tout ce qui étoit , dit Duchesne, entre les rivières de la Sèvre nantaise et de la Dive qui passe à Moncontour, avoit cette coutume que le fils aîné, s'il n'y a voit que des enfants mâles, prenoir tous les biens immeubles , et s'il y a voit des filles, une ou plusieurs, il en prenoit seulement les trois quarts avec le principal château pu tel autre qu'il lui plaisoit choisir , avec ses clôtures ; l'autre quart restoit aux filles.

(1) Cette coutume a été abolie par les trois états du Poitou, en 1514, et elle l'a été comme le dit Besly, à cause de sa rigueur et par les troubles et procès qu'elle engendrait.

(2) Hist, de la maison de Chataigner, t. 1 , p. 8 et 9.

(3) Hist: chron, et généal. de la maison de France.

 

S'il y avoit des frères puînés, tant que l'ainé vivoit, ils ne prenoient rien, sauf la provision de neuf parties les deux, le tout de l'hérédité partagée en neuf, à sous-diviser entre les puînés ; et quand l'ainé décédoit, ses enfants ne lui succédoient point d'abord, mais seulement en meubles, et la terre qu'il avoit tenue passait au premier frère puîné et de frère à frère, tant qu'il y en avait, lesquels entroient successivement en foi et hommage de la même terre : par la mort du dernier de ses frères, elle retournoit de plein droit aux enfants de l'ainé.

Entre la Sèvre Nantaise et la mer; le fils aîné prenoit les deux tiers seulement, l'autre tiers se sous-divisoit entre les enfants des frères puinés. Ce mode de succéder s'appeloit retour ou viage. »

XXXI, .Je ne parlerai point de l'institution des vicomtes en général, parce que ce sera le sujet d'un travail que je publierai plus tard ; je veux parler de mes Recherches sur la mine d’argent, les monnaies, et les vicomtes de Melle et ce sujet y sera ébauché. Je me contenterai de dire à présent que vers 900, et au milieu des viguiers dont l'origine remonte à celle du comte de la province, et qui se perpétuèrent encore longtemps, malgré cette nouvelle création, quatre vicomtes apparaissent en Poitou, savoir : les vicomtes de Thouars, de Châtellerault, d'Aulnay et de Melle.

Quant au vicomte de Thouars, ses possessions territoriales étaient plus considérables que celles des autres Vicomtes réunies; plus tard, il devint tout-à-fait souverain, fit la paix et la guerre tantôt avec la couronne de France et tantôt avec la couronne d'Angleterre.

Mais je ne veux pas anticiper sur le grand ouvrage auquel je travaille depuis plusieurs années, je veux parler de l' Histoire des Vicomtes de Thouars.

XXXII. Seulement il est bon de remarquer ici que l’origine du premier comte de Poitou, d' Abbon, revêtu de cette dignité par Karlemagne, en 778 , à la création du royaume d'Aquitaine, est inconnue, et si rien ne prouve que cet officier fut parent du monarque, de même on n'a aucune donnée sur l'origine personnelle des quatre vicomtes établis de Poitou , vers l'an 900.

Aucun document ne les rattache, ni les autres, à la maison des comtes de Poitou, et ce ne fut point notamment un frère d'Ebles-Manzer, ni même quelqu'un connu pour être son parent, ni enfin quelqu'un du nom d'Arnoul ou d'Arnould, qui fut le premier vicomte de Thouars.

Le premier vicomte véritable de cette localité que l'on trouve portait le nom de Savary; mais quelle était sa famille? On l’ignore entièrement. Du reste je noterai que d'abord dans les chartes des vicomtes ne joignirent pas à leur titre l'indication du lieu de leur résidence.

==> Jean Besly premier véritable historien du Poitou.

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19 juin 2018

Eglise Foussais-Payré, Arcature Sud : Le repas chez Simon

Eglise Foussais-Payré, Arcature Sud Le repas chez Simon (1)

L'autre bas-relief, logé dans l'arcade de droite qui répond au côté de l'Épître, représente le Souper chez Simon et le Noli me tangere. Autour de cette jolie composition, le sculpteur s'est plu à prodiguer toute la fécondité de son ciseau. Il l'a richement encadrée dans un cercle de feuillage que supportent les troncs de deux palmiers et les fûts tordus en spirales de deux colonnes torses, reposant elles-mêmes sur d'élégants rinceaux, comme l'école romane les savait fouiller dans la pierre. Cette intéressante décoration végétale se retrouve dans la façade de Fontaines, et tout nous porte à croire que l'ornementation de cette église aussi bien que celle de l'église de la Caillère sont l'œuvre du même artiste de Saint-Jean-d'Angely qui a signé le portail de Foussay.

Eglise Foussais-Payré, Arcature Sud Le repas chez Simon (6)

Il convient, du reste, d'ajouter que toute la partie décorative de ce portail n'est pas son fait. Au-dessus des trois arcades règne une longue corniche, qui repose sur une série de modillons qui offrent les types habituels des Vertus et des Vices adoptés par les imagiers de l'école romane. Ces modillons, de même que les métopes, les archivoltes et les chapiteaux, dénotent le faire naïf et simple, presque maladroit, des sculpteurs encore inexpérimentés du XIe siècle

Le repas chez Simon ; Le Christ est assis entre deux hommes. D’une main, il montre le ciel, de l’autre, il désigne Marie Madeleine qui, de ses cheveux, lui essuie les pieds

 

Joseph d'Arimathie scène de la Passion la Descente de la croix Foussais-Payré <==

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L’apparition de la Sainte Vierge à Maurille, Charlemagne et le saint Graal - Sanctuaire Notre Dame de Marillais

L’apparition de la Sainte Vierge à Maurille, Charlemagne et le saint Graal Sanctuaire Notre Dame de Marillais - Mauge sur Loire

Au 5ème siècle, saint Florent et saint Maurille, disciples de saint Martin, descendent la Loire pour évangéliser la région, le premier à St-Florent-le-Vieil, le deuxième à Chalonnes. Les Angevins viennent demander à saint Maurille d’être leur Evêque.

Selon une ancienne tradition orale, Maurille venu rendre visite à son ami et aux moines du Mont-Glonne, que la Vierge Marie, tenant l'Enfant Jésus dans les bras, lui apparaît au confluent de l’Evre et de la Loire au lieu-dit La Croix du Pichon, pour lui demander de célébrer sa nativité.  Cet évènement eut lieu en l’an 430 : un an avant que les Pères du concile à Ephèse reconnaissent Marie de Nazareth  comme Mère de Dieu.

Un modeste oratoire est alors construit, sur ce qui deviendra la commune du Marillais.

 

L’apparition de la Sainte Vierge à Maurille, Charlemagne et le saint Graal Sanctuaire Notre Dame de Marillais - Mauge sur Loire (1)

 

À 40 km plus à l’est, saint Maurille établit aussi un lieu de dévotion mariale sur une île de la Loire, Notre-Dame de Béhuard. Beaucoup plus au sud, la tradition rapporte une apparition similaire au Puy-en-Velay (Haute-Loire).

Le 8 septembre la fête de la nativité de la Vierge, connue, en Anjou et provinces limitrophes, sous le nom de Notre-Dame de l’Angevine.

Voici comment les chroniques rapportent ce fait : « Maurille, évêque d'Angers, était en ce lieu, quand il se vit tout à coup environné d'une lumière céleste. C'était la Très Sainte Vierge, tenant en ses bras son divin Enfant, qui daignait lui apparaître, dans un peuplier. Elle dit à son dévot serviteur que la volonté de Dieu et le bon plaisir de son divin Fils étaient qu’il établît en son diocèse une fête solennelle du jour de sa sainte naissance, le 8 de septembre appelée « la fête angevine » ou « l’Angevine », C'est en Anjou que cette fête a commencé à être célébrée... »

 

L’apparition de la Sainte Vierge à Maurille, Charlemagne et le saint Graal Sanctuaire Notre Dame de Marillais - Mauge sur Loire (6)

 

Le 23 avril 786, Audulf dignitaire de la cour de Charlemagne, fut chargé de soumettre les machtiern Bretons ne voulant plus payer la redevance imposée.

La chapelle était déjà l’objet d’un pèlerinage fameux. Charlemagne en remerciement de sa victoire sur les Bretons d’Armorique la fit démolir et lui substitua une des vingt-quatre églises qu’il fit construire avec l’intention de les faire correspondre en nombre avec les vingt-quatre lettres de l’alphabet.

Il déposa le vase dit du Saint Graal sur le tombeau de Saint Florent, au Mont Glonne sous les voûtes de l’abbaye et fit don d'une cloche d'or à l'église du Marillais.

Cette précieuse cloche fut jetée dans la rivière d’Evre, qui passe au Marillais, pendant les guerres et les dévastations de Nominoé, et devint la matière d’un procès entre Budic, comte de Bretagne, et les moines de Saint-Florent du Mont-Glonne, propriétaires de l’église.

Le pèlerinage du Marillais devint bientôt un des plus accrédités du monde chrétien ; l’affluence des étrangers était si considérable, dans le moyen âge, à la fête de l’Angevine, que cent bœufs ne suffisaient pas pour les nourrir, et leur dévotion était si fervente que le produit des évangiles se montait à plus de cinq cent écus. (Grandet, histoire ecclés. D’Anjou)

 

L’apparition de la Sainte Vierge à Maurille, Charlemagne et le saint Graal Sanctuaire Notre Dame de Marillais - Mauge sur Loire (5)

 

On voit, par cet extrait de notre histoire ecclésiastique, que le culte de Notre-Dame était établi au Marillais avant le quatrième siècle, c’est-à-dire, avant Saint Maurille.

On pourrait donc, avec quelque vraisemblance, conjecturer que ces femmes, ces filles, espèce de religieuses, dont parle Grandet, étaient dans l’origine des druidesse chargées d’entretenir le feu sacré. On sait qu’elles se divisaient en trois classes ; celles de la première conservaient toujours leur virginité ; celles de la seconde, quoique mariées, restaient toujours dans le temple qu’elles desservaient, et n’en sortaient qu’une fois chaque année pour aller voir leurs maris ; enfin celles de la troisième ne se séparaient point de leurs familles, elles élevaient leurs enfants et se livraient aux travaux convenables à leur condition et à leur sexe. On croyait que les druidesses étaient sorcières ; on venait de très-loin pour les consulter : Grégroire de Tours en parle sous le nom de Pythies ; les Capitulaires de Charlemagne, de 798, leur donnent le nom de Striae, et supposent qu’elles mangeaient des hommes. Le temple du Marillais était donc desservi, au moins, par deux classes de druidesses ; mais quelle était la divinité qu’on y adorait ? 

==> Vitrail à la gloire de Charlemagne de l’abbatiale Saint Florent du Mont-Glonne (SAINT-FLORENT-LE-VIEIL, MAUGES-SUR-LOIRE)

Terris satis fecundis

Auxit honorem largius

Proebuit hunc vasculul

Cene dei mmagnificum

Per hol fugatur sepius

Infirmitas languentibus

Et sanitas fidelibus

Prestatur ex hoc protinus

Ce qui signifie que Charlemagne honora largement en lui offrant des terres ainsi que le merveilleux petit vase de la Divine Cène.

Le Graal est un objet mythique de la légende arthurienne, objet de la quête des chevaliers de la table ronde.

Certains écrivains, comme Robert de Boron au début du XIIIe siècle, ont pensé que le Graal pouvait être la coupe, appelée « calice » et qui a recueilli le sang du Christ au cours de la Cène.

Utilisée par Jésus-Christ et ses douze disciples lors de son dernier repas, il prendra le nom de Saint Calice ou de Saint Graal.

 

L’apparition de la Sainte Vierge à Maurille, Charlemagne et le saint Graal Sanctuaire Notre Dame de Marillais - Mauge sur Loire (2)

 

Saint Florent de Glonne prêtre, patron de Saumur et de Roye ; 22 septembre, IVe  siècle.

 On lui attribue parfois la mort d'un dragon qu'il aurait précipité dans la Loire.

Mais les Bas-Bretons veulent que l'honneur de cette délivrance des Angevins appartienne à saint Mein abbé de Gaël, qui vécut plus d'un siècle après saint Florent (Saint Méen, en latin Mevennus né vers 540 dans le pays de Galles et qui participa à l'évangélisation de la Bretagne)

 

Ce prodige, dérobé ainsi par les Bretons au saint de d’Anjou, ne viendrait-il pas de ce que le corps de saint Mein avait été porté à Saint-Florent pendant que les Normands ravageaient les côtes ?==> Les tribulations de Saint Florent du Mont-Glonne (fuyant l'invasion des Normands vers le Berry)

et ces reliques ne revinrent de là en Bretagne que sur la fin du XIe siècle.

 

 Peut-être ce détournement n'a-t-il pour source qu'une peinture où le monastère d'Anjou était désigné par saint Florent avec son monstre. Les Bretons auront pris le tout comme histoire des triomphes de leur saint.

 

L’apparition de la Sainte Vierge à Maurille, Charlemagne et le saint Graal Sanctuaire Notre Dame de Marillais - Mauge sur Loire (4)

 

Bienvenue en Brocéliande, Terre d’Histoire et Légendes. <==.... ....==>

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15 juin 2018

Le viaduc de Mélusine de Lusignan

Le viaduc de Mélusine de Lusignan

Entre le Futuroscope et le Marais Poitevin, Lusignan est célèbre par la légende de la Fée Mélusine qui éleva en une nuit château et remparts (rasés au XVIIe par le Duc de Montpensier) Patrie des Seigneurs de Lusignan, rois de Chypre, de Jérusalem et d’Arménie

La Sculpture de Mélusine sur le viaduc du XIXème siècle de la de la ligne Poitiers  - La Rochelle. Elle est l’oeuvre de Jean Baptiste Baujault
la société du chemin de fer d'Orléans, maitre d'ouvrage a confié sa réalisation à la Société Escarraguel frères, sise à Bordeaux. Construit en moins de trois ans, il a été livré à l’exploitation le 7 juillet 1856. M. Morandière, architecte des Ponts et chaussées assura la surveillance des travaux de Grégoire Escarraguel.
Il mesure 433 m de long pour 32,50 m de hauteur. Composé de 22 arches, sa portée principale est de 15 m. Il franchit la Vonne.

le viaduc de mélusine de lusignan

 

MELUSINE ET LUSIGNAN

Le nom même de Mélusine est indissociable de celui de Lusignan mais l'histoire de la fée et de son séjour parmi les mortels, son mariage avec Raimondin et le dénouement de cette union, relèvent du folklore universel.......

 

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14 juin 2018

Les filles des forges de Paimpont (Forêt de Brocéliande) Chants et histoire

Les filles des forges de Paimpont (Forêt de Brocéliande Tri Yann histoire) (2)

La première version fut recueillie en mars 1872 au village du Cannée sur la commune de Paimpont par Adolphe Orain, l’un des plus grands folkloristes de Bretagne. Un sabotier de Paimpont lui en proposa une deuxième version vers 1884.

Une troisième version proposée par le groupe Tri Yann au début des années 1970, et deviendra en 1976 le titre même de leur première compilation.

Les filles des forges de Paimpont (Forêt de Brocéliande)

Ronde Recueillie de la bouche d’un vieux Forgeron de la Forêt de Paimpont

Ce sont les filles des forges (bis)

Des forges de Paimpont,

Falaridon, falaridaine,

Des forges de Paimpont,

 Falaridain’, falaridon.

Qui furent à confesse (bis)

Au curé de beignon,

Falaridon, falaridaine,

Au curé de Beignon,

Falaridain’, falaridon.

En entrant dans l’église (bis)

Ont demandé pardon,

Falaridon, falaridaine,

Ont demandé pardon,

Falaridain’, falaridon.

-          Qu’avez-vous fait, les filles (bis)

Pour demander pardon ?

Falaridon, falaridaine,

Pour demander pardon,

Falaridain’, falaridon.

 

-          J’avons couru les danses (bis)

En habits de garçons,

Falaridon, falaridaine,

En habits de garçons,

Falaridain’, falaridon.

 

-          Vous aviez des culottes (bis)

Dessous vos blancs jupons,

Falaridon, falaridaine,

Dessous vos blancs jupons,

Falaridain’, falaridon

 

-          J’avions ben des culottes (bis)

Mais point de cotillons,

Falaridon, falaridaine,

Mais point de cotillons,

Falaridain’ falaridon.

 

-          Allez-vous-en, les filles (bis)

Pour vous point de pardon,

Falalridon, falalridaine,

Pour vous point de pardon,

Falaridain’, falaridon.

 

-          Il faut aller à Rome (bis)

Chercher l’absolution,

Falaridon, falaridaine,

Chercher l’absolution,

Falaridain’, falaridon.

 

-          Si je l’avons à Rome (bis)

J’laurons ben à Beignon,

Falaridon, falaridaine,

J’laurons ben à Beignon,

Falaridain’, falaridon

H. Boucly

Les filles des forges de Paimpont (Forêt de Brocéliande Tri Yann histoire) (1)

Les forges établis à Paimpont sont assez considérables ; elles comprennent une grande et petite forges, un fonderie, un martinet et un haut fourneau ; on y travaille le minerai exploité dans les environs. Le fer qu’on en tire est doux, ductile et très-estimé ; les mines contiennent du fer argileux à la surface du sol, et qui s’exploite à ciel ouvert ; le fer qu’on y fabrique est employé en grande partie pour la marine.

Les forges consomment les 10 000 cordes (30 000 stères) de bois que produisent les 8000 hectares de forêt, occupant vers 1815 une main-d’œuvre de 487 personnes, dont 250 ouvriers de le forêt et 25 «  voituriers » conduisant 250 à 300 chevaux.

Les anciennes forges de Paimpont dont l’origine remontait à 1633, étaient situées à l’extrémité  Est de la forêt du même nom, au bord des étangs de Comper. Elles représentaient bien dans la première moitié du XIX siècle, le type des anciennes forges utilisant la force hydraulique et marchant encore au bois.

Elles ne périrent pas faute de combustible, car la forêt de Paimpont, un des plus grandes de Bretagne, était inépuisable, mais bien comme tant d’autres de l’Armorique, par suite de progrès rapides de la sidérurgie moderne dus aux découvertes de Bessemer, de Martin et de Thomas. Ces découvertes donnèrent le coup de grâce à la sidérurgie armoricaine en permettant le traitement à bon marché des minerais de fer phosphoreux.

Dès 1819, les Forges de Paimpont adoptèrent les laminoirs à tôles, qui venaient de faire leur apparition. Elles passaient en 1853 pour être les forges armoricaines les plus en harmonie avec les progrès de la science, faisant encore à cette époque avec Rugles, en Normandie, figure d’un centre de production.

Elles comportaient deux hauts fourneaux, alimentés au bois, cinq feux d’affinerie, deux chaufferies et un martinet à essieux. Une puissance soufflante desservait tous ses ateliers qui comptaient six fours à réchauffer, un double train de laminoirs et un train de fer à guides. Enfin il y existait encore des fours à puddler, un squezzer et un train dégrossisseur.

Les fers de Paimpont avaient une très ancienne réputation et passaient pour être d’aussi bonne qualité que ceux de Suède.

Le 3 novembre 1841 la société des forges de Paimpont était dissoute. Le site fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 24 juillet 2001.

La sidérurgie armoricaine / par Léon Puzenat

 

Les Forges de Paimpont - Patrimoine de Brocéliande, Bretagne, Bretagne

Visite, événementiel : le site historique des Forges de Paimpont vous accueillent au coeur de la forêt de Brocéliande.

http://forgesdepaimpont.fr

 


Le puddlage est un ancien procédé d'affinage de la fonte consistant à la décarburer dans un four à l'aide de scories oxydantes pour obtenir du fer puddlé à partir de fonte.

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Bienvenue en Brocéliande, Terre d’Histoire et Légendes (Saint-Méen - Arthur)

Bienvenue en Brocéliande Terre d Histoire et de Légendes

Un jour, il serait plus exact de dire une nuit, le beau soleil de l'été dernier commençait à darder ses rayons dès quatre heures du matin, dans la chambre que j'occupais au château de Montreuil-sur-le-Loir. Je ne pouvais décemment, à pareille heure, descendre dans le parc, respirer la fraîcheur du matin, au risque de réveiller mes hôtes. Bien que le père La Fontaine ait dit un jour :

Que faire en un gîte… A moins que l'on ne songe ?. …

Bienvenue en Brocéliante Terre d Histoire et de Légendes (30)

(Dans les profondeurs du sol, les dragons des royaumes referment leurs ailes. Un futur roi découvre son destin, un enchanteur sans âge lui dévoile ses secrets. Au creux des eaux frémit la fée qui veille sur l’épée. L’aventure peut commencer….. Centre de l’Imaginaire Arthurien)

Je ne me mis pas à songer, mais à lire un ouvrage, dont l'extérieur coquet et plutôt riche, le texte artistement imprimé, facile à lire, avait attiré mes regards. Ma curiosité fut encore bien plus piquée, quand j'eus aperçu le nom de l'auteur.

L'ouvrage est intitulé : Paimpont.  L'auteur : le Marquis Xavier de Bellevue.

Voulez-vous me permettre de vous présenter l'un et l'autre.

Le Marquis Xavier de Bellevue n'est pas pour nous tout à fait un inconnu. Il fut, il y a quelque 40 ans, Saumurien.

Ecuyer impeccable et travailleur acharné, il sortit sous-lieutenant dans un très bon rang. Puis lieutenant et capitaine, les plus belles espérances s'ouvraient devant lui, quand un malheureux accident de cheval l'obligea à briser sa carrière.

Mais il avait une autre corde à son arc. Littérateur distingué, fin et délicat poète, il se lança dans les lettres et écrivit plus de vingt ouvrages en prose et souvent en vers, sur la Bretagne surtout, car Xavier de Bellevue est breton, et à ce titre, adore sa Bretagne.

Bienvenue en Brocéliante Terre d Histoire et de Légendes (28)

Qui pourrait l'en blâmer  « Paimpont, dit le Marquis de Bellevue, est une immense forêt, qui, durant de longs siècles, couvrit la majeure partie de la péninsule armoricaine ; sous les ombrages de ses chênes ou dans les landes de ses clairières, les personnages légendaires ou historiques, les fantômes peuplent toujours ces vastes solitudes. »

Si l'on consulte la table de cet ouvrage pour en connaître le plan et le suivre avec intérêt, on trouve traité, dans l'introduction : Les Druides et les Romans des Chevaliers de la Table Ronde. Suivent cinq chapitres : La Forêt druidique — La Forêt enchantée — La Forêt chrétienne — La Forêt féodale — La Forêt historique.

Dans ces cinq chapitres, on revoit « passer dans ces » sentiers et dans ces vallées, au son de la harpe et des cors, » les chevaliers intrépides et les belles amoureuses, les enchanteurs et les fées, les Druides et les Ermites, les Bardes et les Preux.

Bienvenue en Brocéliante Terre d Histoire et de Légendes (24)

 

Célèbre autrefois, sous le nom de Brocéliande, la forêt  de Paimpont avait près de trente lieues de long sur quinze de large. Tout le vaste territoire qu'elle renfermait fut  appelé Poutrecoët, « Pays-sous-Bois », nom qui, par contraction est devenu Porhoët.

Bienvenue en Brocéliante Terre d Histoire et de Légendes (11)

Séjour primitif des Druides et des fées, c'était la Forêt druidique; théâtre des aventures et des joutes épiques des Chevaliers de la Table Ronde, ce fut la Forêt enchantée ;  évangélisée par les Ermites et habitée par les princes Bretons, elle devint la Forêt chrétienne ; envahie par les Saxons et les Normands, et possédée depuis par les Seigneurs de Gaël et de Montfort, elle vit passer sous ses futaies séculaires les Duguesclin, les Richemont, les Clisson, les Beaumanoir, les Royaux et les Ligueurs, les Chouans et les Bleus ; ce fut la Forêt historique.

 Aujourd'hui, c'est toujours la Forêt poétique et mystérieuse où

l'on voit planer dans les nuages 

De héros les blanches images,

Où le brouillard peint sur l'azur

Tantôt Merlin, tantôt Arthur.

Forêt d'enchantement ; source pure et féconde,

Où se sont abreuvés tous les bardes du monde

Là, Merlin près d'Arthur dort son profond sommeil

En attendant le jour du triomphant réveil ;

Là, de gaze vêtue et de muguets coiffée,

S'asseoit au bord des eaux Viviane la fée.

Domaine des géants, des héros fabuleux,

Des druides au front couronné de verveines,

Des saints vainqueurs des sens et des voluptés vaines,

Des moines et des rois, des bardes et des preux.

 Là, près de « Barenton », la fameuse fontaine,

Le. «  Champ clos des Tournois » et le « Jardin d'amour »,

 Là « le Val-périlleux » et le « Val-sans-retour »

Dont Morgane la fée était la souveraine.

Là, sur la harpe d'or, le prophète Merlin

Annonça des Bretons l'immortelle épopée ;

Là succomba l'Anglais, sous la vaillante épée

Du Connétable Duguesclin….. »

Bienvenue en Brocéliante Terre d Histoire et de Légendes (33)

C'est dans la Forêt Chrétienne que je trouvai décrits la légende de Saint-Méen et le Prieuré de Saint-Méen-sur-Loire, situé entre le Cellier et Oudon, au diocèse de Nantes.

Connaissant parfaitement ce pays de Oudon, qu'on dirait assis sur les coteaux qui bordent la Loire « comme un bijou dans un écrin de montagnes », ma curiosité fut piquée au vif, et la pensée me vint de vous communiquer cette légende.

Mais avant de parler du Prieuré, il ne sera pas sans intérêt de faire connaissance, en quelques lignes, avec Saint-Méen, parfaitement ignoré dans notre calendrier angevin.

En effet, Saint-Méen est un saint Breton. Voici ce qu'en disent les Bollandistes : (Vie des Saints, tome VI, page 367).

« Méen ou Méenne naquit dans la Grande-Bretagne, l'an 540; ses parents, aussi pieux que nobles, l'élevèrent chrétiennement.

Parvenu à l'âge de l'adolescence, il quitta tout, et s'en alla auprès de son oncle, Saint-Samson, évêque d'York, sous la discipline de qui il fit de grands progrès dans la vertu. Saint-Samson ayant été forcé de quitter l'Angleterre, envahie par les Saxons, se retira à Dol, dans la petite Bretagne, où il fut aussitôt choisi pour évêque. Méen ne se sépara pas de son oncle et de son évêque, et il l'aida de tout son pouvoir à porter le fardeau de l'épiscopat.

Il se lia d'une étroite amitié avec Caduon, comte de Gaël, qui lui avait offert l'hospitalité comme il voyageait. Ce comte fonda, dans le voisinage, un monastère qui devint, sous la conduite de Méen, une pépinière de Saints.

 

 

Ce fut lui qui initia à la vie religieuse le prince Judicaël, roi de Domnonée, qui fut mis au rang des Saints. Il prédit à Haïlon, frère du roi Hoël, qu'il mourrait dans trois jours, en punition de ses crimes ; et en effet, trois jours après, il l'assistait à son lit de mort, pour l'exhorter à la pénitence. Il fonda un second monastère près d'Angers, qu'il peupla de ses disciples et qu'il allait souvent visiter pour y entretenir la ferveur.

Il mourut à Gaël, vers l'an 617. Ce lieu a depuis pris le nom de Saint-Méen, à cause des miracles qui s'y sont opérés par l'intercession du Saint. »

Le pélerinage à son tombeau est encore aujourd'hui fort célèbre.

Voici, d'après le R.P.Albert le Grand, quelle fut l'origine du Prieuré de St-Méen, du Cellier, dit aussi St-Méen-sur-Loire.

« Toutes les vies de Saint-Méen racontent que ce bienheureux, ayant solidement établi son monastère de Saint-Jean de Gaël, désira, avant de mourir, visiter le tombeau des Apôtres. Il quitta donc la Bretagne, vers l'an 616, et prit la route de Rome, en traversant l'Anjou, multipliant les prédications et les miracles.

En la ville d'Angers, une bonne dame, meuë du récit qu'elle avait ouy faire de sa sainteté, le vint trouver et le supplia de la vouloir délivrer des dommages qu'elle recevait d'un horrible dragon, lequel avait sa retraite en un petit bocage situé au plus beau et fertile endroit de ses terres et dont personne n'osait approcher. Cette dame était fort vertueuse et le saint lui promit tout contentement.

Ce serpent avait sa caverne en un détroit, sur la rive de la rivière de Loyre. Saint-Méen s'y fit mener ; mais ses guides et le peuple qui le suivaient étant arrivés à vue du lieu, le lui montrèrent de loin, n'osant approcher.

Le saint abbé fléchit les genoux en terre et fit sa prière. Puis, il alla droit à la caverne du dragon et lui commanda de sortir, ce qu'il fit incontinent, étincelant des yeux, froissant la terre de ses écailles et faisant un sifflement horrible. Saint-Méen s'approcha de lui, lui noua son étole au cou et le mena ainsi, comme une bête domestique, jusque sur le bord de la Loyre, où il lui commanda, de la part de Dieu, de se précipiter ; ce qu'il fit devant tout le peuple.

 Cela fait, Saint-Méen revint à Angers, où toute la ville lui alla au-devant et le reçut en triomphe.

La bonne dame, en reconnaissance de ce bienfait, et pour perpétuer la mémoire de ce miracle, lui donna cette terre qu'il avait purgée de ce dragon, où il bâtit un prieuré dépendant de son abbaye de Gaël et où il mit de ses religieux.

Il se disposa ensuite à poursuivre son chemin vers Rome, mais Dieu lui ayant révélé qu'il voulait le rappeler à Lui, pour le récompenser de ses travaux, il céda aux instances de ses Frères qui lui conseillaient de retourner à Gaël, et il revint à son abbaye, où il mourut le 21 juin 617.

Bienvenue en Brocéliante Terre d Histoire et de Légendes (12)

Ruiné par les invasions normandes du IXe siècle, obligent les moines de Gaël à quitter leur monastère.

Ils emportent avec eux, les reliques de leurs saints et les manuscrits de leur scriptorium.

Le Chronicon Britannicum rapporte qu’en 919, les reliques de saint Méen et de saint Judicaël prennent des chemins divergents.

Celles de saint Méen sont transportées à l’abbaye de Saint-Florent (Maine-et-Loire), tandis que celles de saint Judicaël sont emmenées à l’abbaye d’Ension à Saint-Jouin-de-Marnes (Deux-Sèvres). ==> Les tribulations de Saint Florent du Mont-Glonne (fuyant l'invasion des Normands vers le Berry)

DCCCCXIX. Normanni omnem minorem Britanniam vastaverunt, cunctis occisis vel ejectis Britonibus. Tunc asportata funt corpora SS. Mevenni & Judichaëli, S. Mevennus apud S. Florentium, & Judichaëlus apud S. Jovinum in pago Pictavensi.MORICE, Dom Hyacinthe (1742) op. cit., col. 4

En 919, le corps de Judicaël fut transporté avec celui de saint Mandé dans l’abbaye d’Ension, pour le soustraire aux profanations des hommes du Nord. Une partie fut gardée à Thouars, dans l’église Saint-Martin.

Vers 991, le corps de Saint judicaël était encore à Thouars en Poitou ; il en fut alors enlevé et transporté à Saint Florent de Saumur d’où Guillaume, abbé de ce monastère, et en même temps évêque de Dol, le fit revenir en Bretagne, ainsi que les reliques de Saint Méen.

Elles furent reçues à Dinan avec une joie indicible,  et plus tard transférées à l’abbaye de Gaël.

Les ossements du Saint roi furent mis dans un sépulcre qui existait encore en 1640. C’était « un tombeau élevé en pierre et soutenu de deux piliers, placé au bas de l’église, du côté de l’Evangile, un peu au-dessus de la porte qui donne entrée dans les cloitres.

Monseigneur de Harlay le fit ouvrir à cette époque et y trouva un coffre renfermant de nombreux ossements. Elles furent déposées, ainsi que celles de Saint Méen, dans de riches châsses d’argent.

Bien longtemps avant la date précitée, le chef de saint Judicaël et celui de saint Méen avaient été inclus dans des bustes d’argent, un bras de chacun d’eux dans des bras également d’argent ; le buste représentant saint Judicaël était orné de pierres précieuses.

La révolution a fait disparaitre les reliquaires et les reliques ; du corps du Saint roi il ne reste plus à Gaël que la partie inférieure du fémur

(l’abbé Tresvaux et l’abbé Guillotin de Corson)

La vie des Saints en Bretagne Armorique

M. H. Vatar veut bien nous donner communication d’une lettre nous faisant savoir que les précieux restes de saint Judicaël n’ont pas aussi complétement disparu que nous l’avions soupçonné.

De l’église de l’ancienne abbaye de Paimpont, fondée par le saint roi, possède encore un reliquaire d’argent

« ayant la forme d’une main avec l’avant- bras, tenant un livre à fermoir dont les ciselures sont dorées. Sur les côtés on voit gravé l’écusson de Bretagne avec la devise A MA VIE,  UTINAM et un M gothique dessiné au milieu des rinceaux qui ornent le revêtement du bras.

La tradition en fait un don de la duchesse Marguerite de Bretagne épouse de François II (1457). L’or et les pierreries qui ornaient le reliquaire ont été enlevés à l’époque de la Révolution, mais la relique insigne a été conservée, et l’authentique revisé le 12 juillet 1811. Ces intéressants détails, consignés au Livre de Paroisse de Paimpont, ont été communiqués à M. Vatar par M. l’abbé Joseph Théaudin, recteur de Paimpont, le 15 février 1901.

 

 

Société des lettres, sciences et arts du Saumurois

         La Vie des Saints de Bretagne-Armorique, par Albert-le-Grand, I, 249,

 

Les vies des saints de la Bretagne Armorique : ensemble un ample catalogue chronologique et historique des evesques

 

 

Joseph d'Arimathie scène de la Passion la Descente de la croix Foussais-Payré <==.... ....==> L’apparition de la Sainte Vierge à Maurille, Charlemagne et le saint Graal - Sanctuaire Notre Dame de Marillais

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12 juin 2018

Les arbres de la liberté de la Révolution de 1789

Les arbres de la liberté de la Révolution de 1789 (4)

Foussais-Payré  L'arbre de la liberte


C'est le symbole de la victoire de la Révolution sur l'Ancien Régime. Les premiers arbres de la liberté sont plantés dès 1790.

Un décret de la Convention du 22 janvier 1794 (3 pluviôse an II) en ordonna même la plantation dans toutes les communes. L'arbre était alors orné de rubans, cocardes tricolores, parfois coiffé d'un bonnet phrygien, au cours d'une fête patriotique qui s’achevait par des danses et un banquet.

Les arbres de la liberté de la Révolution de 1789 (5)


 Ce symbole était si fort que presque tous ces arbres furent abattus par les contre-révolutionnaires.  À Payré sur Vendée, c'est un platane (5,50 m de circonférence), déjà étêté en 1973.

Les arbres de la liberté de la Révolution de 1789 (1)

Loi du 24 nivôse an VI (13 janvier 1798)

Le Conseil des Cinq-cents, considérant que le respect des signes de la liberté est lié au respect de la liberté même,

Qu'il est de l'honneur du patriotisme français de réparer avec éclat les outrages commis par la malveillance envers les objets de la vénération publique, et que le retour prochain d'une époque mémorable peut contribuer utilement à fixer le caractère d'une solennité dont on doit attendre les effets les plus salutaires,

Déclare qu'il y a urgence. Le Conseil, après avoir déclaré l'urgence, prend la résolution suivante :

ARTICLE PREMIER :

Tous les arbres de la liberté qui ont été abattus, ou qui ont péri naturellement, seront remplacés, s'ils ne l'ont déjà été aux frais des communes.

ARTICLE 2 :

La plantation des arbres de remplacement se fera le 2 pluviôse prochain (21 janvier, vieux style), dans les communes où la présente loi serait promulguée, et le décadi suivant dans les autres.

ARTICLE 3 :

A l’avenir, toute commune dans l'arrondissement de laquelle un arbre de liberté aura été abattu, ou aura péri naturellement, sera tenue de le remplacer dans la décade, sauf à renouveler cette plantation, s'il y a lieu, par un arbre vivace, dans saison convenable, aux termes de la loi du 3 pluviôse an 2.

ARTICLE 4 :

Tout individu qui sera convaincu, d'avoir mutilé, abattu, ou tenté d'abattre ou de mutiler un arbre de la liberté, sera puni de quatre années de détention.

Guillotinés et fusillés pour avoir abattu un arbre de la liberté !

Guillotinés et fusillés pour avoir abattu un arbre de la liberté !

Pierre Brossat est condamné à mort par le tribunal révolutionnaire. Son crime est d’avoir jeté bas un arbre de la liberté le 7 décembre 1793 à Bitche.

Joseph d'Arimathie scène de la Passion la Descente de la croix Foussais-Payré

Joseph d'Arimathie scène de la Passion la Descente de la croix Foussais-Payré (5)

Joseph d’Arimathie, gentilhomme chevalier de la cour d’Hérode, achète chez Simon le Lépreux le hanap de la Cène, et deux jours plus tard, après avoir descendu de la croix le corps du Sauveur, il y recueille pieusement le sang de ses divines plaies. Les princes des prêtres, irrités de la conduite de Joseph, le font jeter dans un cachot. « ainsi demoura Joseph en prison, tant que chascun cuidoyt que il fust mort. »

Joseph d'Arimathie scène de la Passion la Descente de la croix Foussais-Payré (1)

La figure de Joseph d'Arimathie est introduite dans le cycle arthurien par Robert de Boron dans son roman en vers Estoire dou Graal ou Joseph d’Arimathie, écrit entre 1190 et 1199, conservé dans un seul manuscrit.

 D'après la légende forgée par Robert de Boron qui s'appuie sur les apocryphes, c'est chez Simon, le frère de Jésus que se tient le dernier repas du Christ. Joseph conserve le vase de la Cène, dans lequel il recueille un peu du sang de Jésus, avant de le déposer dans son sépulcre. Jeté en prison par les autorités juives, privé de nourriture, il doit la vie à la seule contemplation du Graal.

 Après douze ans d'emprisonnement, l'empereur Vespasien le fait libérer. Joseph, muni de la Sainte Lance et du Saint-Graal, quitte alors la Palestine et se rend « en Bretagne », c'est-à-dire le sud de la Grande-Bretagne actuelle, à Glastonbury selon certains textes.

Joseph d'Arimathie scène de la Passion la Descente de la croix Foussais-Payré (2)

Joseph d'Arimathie et son fils Galaad Ier se retrouvent dans la liste des bons chevaliers du cycle arthurien. Des interpolations à la fin du XIIIe siècle aux manuscrits De Antiquitate Glastoniensis Ecclesiae du moine Guillaume de Malmesbury font de Joseph d'Arimathie le saint évangélisateur de la Grande-Bretagne où il serait mort selon le récit légendaire des Triades galloises le 27 juillet 82

Capture

(cliquez sur le lien ci-dessus)

La légende anglaise prétend qu'à Glastonbury il enfonça en terre son bâton qui devint un arbre (épine) donnant vers Noël des fleurs rouges et blanches. Une légende comme celle-ci apparue à la cour des miracles de la fée Mélusine en décembre 1715 ou alors, le père de Monfort était missionnaire à Vouvant.

Joseph d'Arimathie scène de la Passion la Descente de la croix Foussais-Payré (3)

Des nombreux édifices dont les architectures de l’époque romane ont doté le Bas-poitou, l’église de Saint Hilaire de Foussais- Payré,  est sans contredit l’un de ceux qui méritent le plus de fixer l’attention de l’archéologie.

C’est sous l’impulsion de Gaubert, abbé de Bourgueil en Touraine, et architecte de renom qu’un édifice roman est construit au XIe.

La façade de l’église date du XIIe siècle pour la partie basse, elle sera détruite, au XIIIe siècle, vers 1225, par les troupes de Geoffroy II de Lusignan dit Geoffroy la Grand Dent, seigneur de Vouvant et Mervent.

L'arcade latérale gauche abrite une scène de la Passion : la Descente de la croix. Le Chris tient encore par la main gauche à l’instrument de son supplice; le bras droit pend décloué. Marie reçoit le corps de son fils, porté par Joseph d’Arimathie et Nicodème.

Joseph d'Arimathie scène de la Passion la Descente de la croix Foussais-Payré (4)

Le quatrième personnage, nimbé, est l’apôtre Jean. Surmontant la croix, des anges voilent le soleil et la lune, en signe de deuil. C’est la double image du soleil et de la lune, que le moyen âge fait assister l’un et l’autre au supplice de l’Homme-Dieu.

la scène est signée : giraudus audebertus dsco : iohe angeriaco : me fecit  (Giraud Audebert de Saint Jean d’Angély m’a fait)

Jean de Berry comte de Poitou, mécène de l’art au Moyen Age <==.... ....==> Eglise Foussais-Payré, Arcature Sud : Le repas chez Simon

==> Bienvenue en Brocéliande, Terre d’Histoire et Légendes.

Jean de Berry comte de Poitou, mécène de l’art au Moyen Age

jean

Fils de Jean II, il est né à Vincennes le 30 novembre 1340 et est décédé à Paris le 15 juin 1416. Il reçoit de son père le duché de Berry et d’Auvergne en 1360.

Neuf ans plus tard, son frère Charles V lui octroie le comté de Poitou, à charge pour lui de le reprendre aux Anglais.

Cette difficile reconquête se fait grâce au connétable Du Guesclin, en 1372.

Les années suivantes, Jean de Berry s’attache à développer les arts dans ses différentes demeures. Il sera un mécène fastueux et un protecteur des artistes durant la fin du XIVème siècle.

Ainsi, il commanda un livre d'heures aux trois frères Paul, Jean et Herman de Limbourg. Ces Très riches Heures du duc de Berry ne furent terminées que bien après sa mort par l'atelier des enlumineurs.

Les grandes heures de Jean de Berry

Elles constituent un chef-d'oeuvre artistique du Moyen Âge finissant avec leurs miniatures illustrant notamment les douze mois de l'année. Elles sont aujourd'hui conservées au musée Condé, dans le magnifique château de Chantilly, au nord de Paris.

Régent pendant les périodes de maladie de son neveu, Charles VI, on le soupçonne de détournements de fonds pour ses projets artistiques. Ainsi, il se fit construire plusieurs palais : à Mehun-sur-Yèvre, à Bourges, ainsi qu'un château au bord de l'eau à Poitiers (où il fit de plus réaménager le donjon comtal en tour de résidence).

Sur le modèle de la Sainte-Chapelle de Paris, il fit édifier la Sainte-Chapelle de Bourges pour bien montrer sa filiation avec le roi Saint-Louis.

La miniature ci-contre, extraite des Très Riches Heures (le mois de janvier), montre le duc de Berry en houppelande bleue et toque de fourrure recevant les voeux de ses amis au cours d'un fastueux banquet.

 

D’après le poète allemand de Percival, le Graal est un diamant tombé de la couronne de Satan, dans sa lutte contre Saint Michel, et que les anges ont gardé au ciel Celui qui alla consoler le sauveur au jardin des Oliviers en fit une coupe ou il donna à boire au Christ et ou Joseph d’Arimathie recueillit plus tard le sang de l’homme-Dieu (voir l’ouvrage de M de la Villemarqué, les romans de la Table ronde ==> Théodore Hersart, vicomte de La Villemarqué

 

L'apparition du Graal aux chevaliers de la Table Ronde - Lancelot du Lac <==.... ....==> Joseph d'Arimathie scène de la Passion la Descente de la croix Foussais-Payré

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