PHystorique- Les Portes du Temps

16 février 2019

FORTIFICATION ANCIENNES ENCEINTES DE LA VILLE DE NIORT

VISITE VIRTUELLE ETUDE ANCIENNES ENCEINTES PLANTAGENET DU DONJON DE NIORT

La ville de Niort était autrefois circonscrite par une enceinte qu'on appelait remparts ou murs de ville. Il s'y trouvait plusieurs portes et des ouvrages de fortification.

Ces remparts commençaient à la porte de Saint-Gelais et s'étendaient depuis le quartier de cavalerie jusqu'à la rivière où se trouvait une poterne ; ils suivaient le quai de la Regratterie, le quai de la Grenouille et le quai de la Préfecture (autrefois de Pelet); à l'extrémité du quai de la Préfecture se trouvait la célèbre tour de l'Espingole, au bas de la rue qui porte son nom ; ils se prolongeaient dans la direction de cette rue et de celle de la Motte-du-Pin jusqu'à la porte de Saint-Jean, à l'embouchure de la rue de ce nom ; de là ils se continuaient dans la direction de la rue du Trianon, jusqu'à la porte Mellaise; puis ils longeaient la rue des Piques, l'avenue actuelle de la Brèche, la rue des Douves et se retournaient, au haut de cette rue, pour arriver au point de départ; c'est-à-dire à la porte de Saint-Gelais.

NIORT AU MOYEN AGE maquette Musée du Donjon

 

En dehors de cette enceinte, tous les agrandissements de la ville avaient pris le nom de Faubourgs : il y avait les faubourgs Saint-Jean, Saint-Gelais et du Port. Aujourd'hui ces dénominations n'existent plus officiellement.

fortification du donjon de Niort musée du donjon

 

(Etude Anciennes enceintes Plantagenet du Donjon de Niort Visite Virtuelle)

DÉLIMITATION DES DEUX CANTONS.

La ligne de démarcation des deux cantons, dans la ville est une ligne passant au milieu des voies publiques ci-après indiquées.

La route de Fontenay, route Impériale N° 148 de Limoges à Nantes, qui emprunte la rue du Port, l'ancien ' pont, le quai de la Grenouille, la rue Brisson, la place de la Mairie, la rue des Halles et celle du Minage; là cette ligne se poursuit en traversant la place de la Brèche jusqu'à la hauteur de la route impériale N° 11 de Paris à Rochefort ; puis elle se retourne à angle droit vers cette dernière route qu'elle suit, au milieu , jusqu'à la limite de la commune.

Dès lors, toute la partie du territoire communal à gaucke de ladite ligne, en venant de Fontenay est de la Justice de Paix du premier canton, et l'autre partie à droite appartient à la Justice de Paix du deuxième canton.

 

DÉLIMITATION DES PAROISSES.

La commune de Niort est divisée en 4 paroisses qui sont :

Notre-Dame, Saint-André, Saint-Hilaire et Saint-Étienne du Port.

NOTRE-DAME.

Le périmètre de cette paroisse est déterminé comme il suit :

Rive gauche du bras principal de la Sèvre ; le côté droit, en partant du pont, des rues du Pont, de la ClochePerce, du Soleil, du Faisan, de Saint-François et des Cordeliers; le côté droit de la place du Temple, en sortant de la rue des Cordeliers ; le côté droit de la rue Dupin et le côté gauche à partir de l'établissement des Dames du Sacré-Cœur, qui est attribué à Notre-Dame, par distraction spéciale du périmètre de Saint-Hilaire ; le côté droit de la rue des Trois-Coigneaux, venant de la rue des Piques, jusqu'à la rue Limousine en se dirigeant vprs le chemin de Cervolet; puis et enfin la limite de la commune de Niort avec celles de Saint-Florent et de Saint-Liguaire jusqu'au canal navigable de la Sèvre.

Observation faite que toute la partie du territoire communal comprise entre le chemin de Cervelet et celui de Goise appartient au spirituel de Saint-Florent.

SAINT-ANDRÉ.

Les limites de cette paroisse sont :

La rive gauche du bras principal de la Sevré ; le côté gauche, en partant du pont, des rues du Pont, de la Cloche-Perce, du Soleil, du Faisan, de Saint-François ; le côté gauche de la rue du Rempart en partant de la rue du Minage jusqu'à l'escalier qui descend à la place de la Brèche; une ligne coupant la place Saint-Antoine jusqu'à la rue de la Boule-d'Or ; à partir de là, le côté gauche de la rue de la Boule-d'Or jusqu'à la rue de Tartifume ; le côté gauche de cette rue jusqu'à l'avenue de Paris dans laquelle elle débouche ; de ce point, le côté gauche de l'avenue de Paris, en montant, jusqu'à la hauteur du passage de Bellune longeant latéralement la propriété Proust ; au débouché de ce passage dans le chemin de Bellune, le côté gauche dudit chemin jusqu'à celui de Souché ; le côté gauche du chemin de Souché jusqu'à la limite de la commune ; puis, enfin, pour le surplus, au nord, les limites de la commune de Niort avec celle de Sainte-Pezenne et de Souché.

SAINT-HILAIRE.

Cette paroisse a pour limites : le côté opposé à celui de toutes les rues indiquées comme formant le périmètre des paroisses de Notre-Dame et de Saint-André et les conlmunes de Saint-Florent, Souché et Saint-Maurice-de-Mairé.

SAINT-ETIENNE-DU-PORT.

Cette paroisse s'étend sur tout le territoire de la com• mune compris entre le bras principal de la Sèvre et les limites de la commune de Niort avec celles des communes de Saint-Liguaire et de Sainte-Pezenne.

 

 

Aliénor d’Aquitaine la concession des priviléges de franche-commune <==.... ....==>

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15 février 2019

PLAN DU DONJON DU VIEUX CHATEAU DE TIFFAUGES

PLAN DU DONJON CHATEAU DE TIFFAUGES

Devant nous, se dresse le vieux donjon.

- 1 La tour Carrée; 2 Le Vestibule; 3 La Galerie; 4 La Petite Charte; 5 La Grande Cour; 6 La chambre du Seigneur; 7 La Herse; 8 La tour du Pertuis

 

La route que nous suivons a comblé le fossé extérieur de la forteresse, et les décombres accumulés à droite et à gauche nous en masquent les parties latérales. On peut visiter cependant, à gauche, une salle, de cinq mètres carrés, dont la voûte est divisée par un arc à plein cintre, faisant saillie, et reposant sur des consoles.

Cette salle communiquait par un étroit couloir, aujourd'hui en partie comblé, avec l'étage immédiatement supérieur à l'entrée du donjon, et devait servir aux hommes de garde.

donjon château de Tiffauges

La porte d'entrée du donjon regarde le Sud; elle est arquée en double cintre surbaissé, dont les deux rangées parallèles de claveaux sont réunis par des pierres plates noyées dans le ciment. A 3m00 en arrière s'élève un deuxième arc de même forme, puis un troisième, plus élevé, distant de 2m45 du second.

(1) Le bourg de Tiffauges est bâti sur le sommet d'une colline qui domine au sud-est le vieux château, et n'en est séparé que par un ravin comblé par la grande route de Saint-Jean-de-Monts à Cholet. On comprend donc que depuis la découverte des armes à feu le château ait perdu toute son importance, et par suite ait été abandonné.

(2) Le chemin passe entre un pan de muraille dans l'épaisseur de laquelle était établie une sorte de guérite, et entre le rempart extérieur, terminé en une arête vive, et surmonté de consoles supportant une échauguette.

 

Donjon médiéval du Château de Tiffauges

Ces trois arcs successifs supportaient au moins deux étages superposés, et recouvraient le passage, primitivement large de 3m45, qui conduisait de la première enceinte à la cour intérieure.

Plus tard, l’ouverture de ce passage fut rétrécie, au niveau du premier arc, par un placage en maçonnerie, et l'espace libre n'y fut plus que de 2m75 environ (1).

Une herse, descendant obliquement de l'intérieur à l'extérieur, tombait en arrière du premier arc. Il semble même qu'il existait, tant en avant de cet arc qu'en avant et en arrière des deux autres, une double porte consolidée intérieurement par de forts barrages, dont les murs latéraux nous montrent les trous d'appui.

Moines Donjon château de Tiffauges

Pour pénétrer de la première enceinte dans la cour intérieure il fallait donc successivement détruire : la porte extérieure, la herse, un premier barrage, les deux portes du second arc, un second barrage, et enfin les deux portes du troisième arc.

Peut-être y avait-il, entre les arcs, des ouvertures formant mâchicoulis ; en tout cas, il en existait extérieurement, du côté de la première enceinte aussi bien que du côté de la cour intérieure : on les voit encore aujourd'hui.

La défense de l'entrée était formidable pour l'époque.

Si l'on gravit, à gauche (2) les décombres de la cour intérieure on peut pénétrer dans un couloir donnant accès : à droite, à la salle des hommes de garde déjà visitée ; à gauche, à l'étage immédiatement supérieur à l'entrée du donjon.

L'aménagement intérieur de cet étage est détruit : seule, une belle cheminée a victorieusement lutté contre les efforts des siècles.

Le visiteur audacieux qui s'aventurerait sur l'étroite allée formée par l'arc médian de l'entrée, pourrait pénétrer dans le donjon par un couloir voûté. Nous ne conseillerions point de suivre cette voie dangereuse, mais formons le vœu que le propriétaire du château rende cette exploration facile par l'établissement d'une passerelle.

C'est, en effet, le seul point qui permettrait d'entrer dans l'antique forteresse et d'en connaître l'économie intérieure.

Revenons à l'entrée de la cour intérieure.

A notre droite est la face Ouest du vieux donjon. Elle est constituée, du Sud au Nord, par l'entrée principale que nous avons décrite, par une courtine longue de 4m20, flanquée d'une tour aplatie large de 3m90 et faisant 1 mètre de saillie, et enfin, sur une longueur de cinq mètres, par une muraille dont l'extrémité, terminée en une arête vive de fortes pierres de taille, est surmontée des consoles qui y supportaient une échauguette : entre ces consoles était réservé un espace vide rectangulaire pour mâchicoulis.

 

 (1) C'est probablement lors de la construction des annexes du donjon (V. plus loin) que l'entrée primitive fut ainsi rétrécie. On augmentait les ressources de la défense à l'intérieur en même temps que les difficultés à vaincre pour entrer.

(2) De cet endroit on peut voir, sur la façade Ouest du donjon, à travers une belle fenêtre dont les meneaux forment la croix, un appartement dont la voûte est divisée par un arc saillant, comme celle de la salle des hommes de garde où nous sommes entré. Les autres appartements du donjon devaient être voûtés.

 

 

Cette face du donjon n'offre pas le même aspect dans toute son étendue.

La courtine et la tour sont bâties en pierres de granit rectangulaires, grossièrement taillées, et séparées par un lit de pierres plates rappelant le cordon en briques des constructions romaines ; tandis que la muraille qui suit est construite, sans aucune symétrie, en pierres de gros et petit appareil liées entre elles par un ciment puissant.

Cette différence dans la construction indique qu'elle a été effectuée à deux époques différentes, et le sillon que les siècles ont creusé entre la tour et ce que nous avons appelé la muraille, montre nettement qu'elles n'ont été qu'adossées l'une à l'autre.

La façade Nord se poursuit à angle droit avec la muraille. Elle s'étend, de l'ouest à l'est, sur une longueur de quarante mètres, et est séparée de la cour intérieure par une douve pleine d'eau, large de dix mètres, dont la partie ouest a été comblée pour l'établissement de la route que nous avons suivie.

Cette façade Nord, encore surmontée de ses mâchicoulis, a le même aspect de construction que la muraille à laquelle elle fait suite. Elle est flanquée, près de son extrémité Est, d'un avant-corps représenté par une grande tour carrée, saillante de 3 mètres et large de 10 mètres. On y voit les deux sillons parallèles dans lesquels s'engageait le pont-levis relevé, et la porte, primitivement à cintre surbaissé puis rétrécie à linteau, par laquelle on entrait dans la forteresse.

La pile sur laquelle s'abaissait le pont-levis est parfaitement conservée au milieu de la douve. Au-dessus de la tour, était édifiée une très mauvaise construction carrée qui devait être habitée par les hommes d'armes.

La façade Est, est en ruines. Elle est séparée de la cour intérieure par un large fossé qui devait être rempli d'eau, comme nous l'apprend la Popellinière : «  puis le donjon qui est une haute, large, et fort espesse tour estoffée de gros caillous (comme tout le reste du chasteau) et entournée de grans et profons  fossez à fond de cuve, massonnez des deux costez, et remplis d'une eau dormante, rend ceste avenue imprenable, et mesme le Donjon inaccessible, ores que tout le chasteau fut prins. Joint que la porte qui est contre, avec ses triples murailles, semble de soy assez forte pour y défendre l'entrée » (1).

(1) La vraye et entière histoire des troubles et choses mémorables, avenues tant en France qu'en Flandres, et pays circonvoisins, depuis Van 1562, etc. etc. La Rochelle, chez Pierre Davantes, 1573. Petit in-8°. — p. 173.

Lancelot Voësin, seigneur de la Popellinière, naquit à Sainte-Gemme-de-la-Plaine (Vendée) en 1541, du mariage de Joachim Voësin [on écrit aussi Voysin] et de Marie Le Tourneur. Il se maria, dit-on, deux fois, mais on ne connaît que le nom de sa première femme, Marie Bobineau, d'une famille d'échevinage de la Rochelle. — Voir une notice intéressante sur Pierre Bobineau, maire de la Rochelle, et beau-père de la Popellinière, dans l'histoire de la Rochelle du père Arcère, t. Il, p. 45. Il y renvoie à la Popellinière t. II, fol. 384, de l'édition in-folio de sa vraye et entière histoire, Haultin, la Rochelle, 1581.  

La Popellinière donne de Tiffauges une description d'autant plus exacte qu'il y était venu. Il connaissait Jean de Ferrières, seigneur de Tiffauges et dernier vidame de Chartres, qui, comme lui, avait épousé une Rocheloise nommée Joubert. Si même ils n'étaient pas parents par alliance du moins étaient-ils Huguenots tous les deux.

Dans le livre des Entreprises et ruses de guerre et des fautes qui parfois surviennent es progrès et exécution d'icelles, etc., etc., tiré de l'italien du Saint Bernardin Roque de Plaisance, par le seigneur de la Popellinière, Lancelot du Voësin ; Paris, Nicolas Chesurau 1571, in-4°, on lit la dédicace suivante : A haut et puissant seigneur, messire J. de Ferrières, prince de Chabanais, vidame de Chartres, baron de Tiffauges, Confolens, Loubert, etc., le seigneur de la Popellinière souhaite tout bonheur.

La Popellinière mourut à Paris, le 8 janvier 1608.

 

 

La façade Sud, si l'on gravit les décombres qui en masquent la plus grande partie, peut encore être reconnue.

Elle est formée, de l'ouest à l'est par trois courtines (de lm50, de 5 m. et de 7 m.) séparées par une tour aplatie, large de 2m40, et par une tour demi-cylindrique de 2m20 de diamètre. Ces deux tours font une saillie de 1m10 ; mais, du côté de la première courtine, — qui la relie à l'entrée du donjon et est élevée sur un plan postérieur de à celui des autres courtines —, la tour aplatie présente une saillie de 2m20.

A l'extrémité Est de la longue courtine existait une large tour-aujourd'hui démolie.

Construite uniquement en vue de la défense, cette façade, comme celles dont nous allons parler, ne présente point d'ouverture : on ne saurait, en effet, donner ce nom à quelques baies très étroites ne pouvant éclairer l'intérieur que d'un jour douteux.

La façade Est présente successivement une courtine longue de 6m70, une petite tour de 1m60 de largeur et de 1 m. de saillie, puis une courtine de 4m30 flanquée, à son angle N. E., d'une tour aplatie de 3m70 de largeur.

Un mur de 0m80 d'épaisseur, perpendiculaire à cette dernière courtine, lors de sa jonction avec la tour plate, délimitait un appartement carré (5m80 sur 5m50), adossé au donjon.

On y remarque quelques marches d'un escalier dont nous indiquerons bientôt- là destination.

 

La tour aplatie (angle N. E.) se poursuit à l'ouest, sur une longueur de 3m50, et fait ainsi partie de la façade Nord, laquelle est, en outre, constituée par deux courtines de cinq mètres, reliées entre elles par une tour demi-circulaire de 1m70 de diamètre : elle se termine par une tour aplatie de 2m30 de largeur se continuant sur la façade ouest.

 

Ces façades, Sud, Est et Nord, ont le même aspect que la courtine et la tour plate de la façade Ouest. Elles constituaient par leur ensemble une seule et même construction qui était le donjon primitif, le vieux donjon de Gilles de Rais. Il nous reste à dire comment s'y adaptait la construction plus récente, baignée par la douve, dont nous avons décrit l'apparence extérieure.

(à suivre)

 Dr MIGNEN

 

 Sur les ruines du vieux château de Tiffauges <==.... ....==>

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Aliénor d’Aquitaine la concession des priviléges de franche-commune

Poitou - Aliénor d’Aquitaine la concession des priviléges de franche-commune

La Mairie de la Ville de Niort a dû prendre naissance aussitôt après- la concession des priviléges de franche-commune, accordés à cette cité l'an 1203 par la reine ALIÉNOR, duchesse d'Aquitaine.

Vers 1199, cette princesse avait déjà donné aux habitants de Niort une charte de Bourgeoisie, en vertu de laquelle ils étaient libres, mais sous le gouvernement d'un Prévôt; c'est-à-dire que cet état .différait encore peu de celui dans lequel les avait laissés la domination romaine. ==> Les blasons du Donjon de Niort (1204 charte de bourgeoisie d'Aliénor d'Aquitaine - Ville de Niort)

La Charte de franche-commune, au contraire, tout en conservant à l'a ville de Niort ses libertés et ses usages, conférait à ses habitants le droit de tenir des assemblées publiques pour le gouvernement de leur ville, et de mettre à leur tête, un magistrat exerçant la juridiction civile et criminelle.

Il y a donc tout lieu de croire que c'est à cette époque qu'on a commencé à élire un maire de Niort ; et l'opinion que nous émettons sur ce point, a d'autant plus de probabilité, que les priviléges de commune qui avaient été accordés d'abord à cette ville-par sa souveraine héréditaire Aliénor d'Aquitaine , lui furent ensuite successivement confirmés par les rois de France: Philippe-Auguste (1204 et 1222), Louis IX (1230), et Philippe III (1271).

 

 Origine du pagus niortensis ( Niort ) <==.... ....==> FORTIFICATION ANCIENNES ENCEINTES DE LA VILLE DE NIORT

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Origine du pagus niortensis ( Niort )

Origine du pagus niortensis ( Niort )

La ville de Niort a toujours été regardée comme la seconde ville du Poitou par sa population y et comme la première par son industrie et son commerce. C'est une des plus anciennes villes de France qui aient été municipalisées. Elle est située sur la rive gauche de la Sèvre, à 107 lieues de Paris, 19 de Poitiers, 55 de Nantes, 16 de La Rochelle, 36 de Bordeaux.

Bien que les origines soient presque toutes obscures, et que l'on ne puisse déterminer, d'une manière précise, l'année de la fondation de Niort, l'époque en paraît antérieure à celle de l'ère chrétienne.

L'importance de cette ville dans le Poitou, doit lui avoir fait partager les destinées de la capitale de la province. Ainsi lorsqu'on trouve, dans les Commentaires de César (lib. VIII), la ville de Poitiers désignée par le nom de Limo, on peut raisonnablement conjecturer que c'est aussi le temps où Niort était connu sous le nom de Noverogus ( 1).

En effet, si le premier de ces mots latins, limo ou limonum (2), annonce une ville située sur les bords d'une rivière ; le second, Noverogus ,

(1) Niortum, olim Noverogus (Maty, à la suite du Dictionnaire géographique universel, traduit de Baudrant ).

(2) Le nom de cette ville, située sur les bords du Clain, vient du Celte lim, limen, limne, qui signifie eau, rivière, lac, marais, dans les différents dialectes , d'où le latin limus, le grec limen

 

RÉCENT BÛCHER, paraît indiquer l'incendie qui aura dévoré le bois dont étaient couvertes les deux collines, sur lesquelles vinrent depuis s'établir les principaux habitants du NIORTOIS, pagus niortensis (1i).

Ceux-ci donnèrent leur nom à la ville, qui s'appela depuis Niortum, NIORT, au lieu de Noverogus, RÉCENT BUCHER. Il est à remarquer que les villes des Gaules ne portaient pas les noms de leurs peuples, du temps de Jules-César ; elles avaient leurs noms particuliers. Le contraire n'arriva que vers l'an 400 de notre ère ; ce changement eut même lieu plus tard pour Noverogus.

Les Poitevins, issus des Scythes, ont passé sous la domination des Romains, des Goths, des Français et des Anglais. On trouve des traces du caractère de ces diverses nations, dans les moeurs des peuples de la Gaule d'Aquitaine.

Les Scythes que l'on peut regarder avec raison comme la souche de la plupart de ces hordes barbares, qui ravagèrent et peuplèrent à diverses époques notre hémisphère, les Scythes possédèrent le Poitou depuis la prise de Troie jusqu'au temps de Jules-César, qui s'emparade toutes les Gaules dont il fit une province romaine.

Les Pictons (Poitevins) furent célèbres par leur bravoure : César s'en servit avec beaucoup d'avantage, pour détruire le boulevard que lui opposaient les habitants de Vannes, sur la côte de l'Armorique. Ils aidèrent encore l'empereur Claude dans la conquête de la Grande-Bretagne.

Le Poitou faisait partie de l'empire romain depuis environ 469 ans, lorsque les ravages des Alains et des Vandales dans l'Italie, mirent l'empereur Honorius dans la dure nécessité de recourir à Wallia, roi des Visigoths, pour se délivrer de ce fléau. Mais le vainqueur des Alains et des Vandales devint un objet de terreur pour Honorius ; et, dans la crainte que Wallia ne voulut garder ses conquêtes, il lui offrit un établissement capable de flatter son ambition : il lui donna la seconde Aquitaine, la Novempopulanie, et Toulouse dont le roi goth fit sa capitale. Ce riche pays fut nommé Gothie, et gouverné par des rois, pendant près de 90 ans, jusqu’à l’invasion de Clovis.

A l'époque où les Goths vinrent s'établir dans les Gaules, ils ne cherchaient que la subsistance, et ils y trouvèrent une abondance, qui les fit bientôt déchoir et dégénérer de leur antique valeur. Ce fut en effet la cause de leur chute précipitée.

Lorsque Clovis les attaqua, ce n'était plus ces conquérants qui avaient fait trembler les maîtres du monde. S'ils n'eussent été amollis et corrompus par l'oisiveté et les délices de la table, ils n'auraient jamais été vaincus avec cette facilité, qui semble justifier le mépris que leur ont prodigué les historiens.

Les Francs qui succédèrent aux Visigoths ne réduisirent point les Gaules en servitude. La tyrannie, bien différente du brigandage, demande des vues et un art étrangers à des barbares. Les Gaules furent gouvernées comme l’avaient été les bourgades de la Germanie.

L'Aquitaine eut ses ducs et ses comtes qui furent les capitaines et les juges des habitants de leur ressort. Une de ces divisions territorial dans le Poitou fut le Pagus niortensis, LE NIORTOIS.

Durant les siècles, dont on vient d’offrir un aperçu rapide, la population de Noverogus s’accrut considérablement. Les premiers habitants, simples pêcheurs, se bâtirent des maisons, ou plutôt des cabanes couvertes de roseaux, sur la colline que domine aujourd'hui l'église de Saint-André. Ils avaient auprès d'eux tous les instruments de leur profession : des filets, des lignes et des rames.

Au bas de la colline étaient leurs barques, soit pour communiquer avec les habitants de l'autre colline de Noverogus, dont une espèce de marais les séparait, soit pour aller ensemble se livrer à l'exercice journalier de la pèche, sur le golfe qu'avait formé la mer en se joignant aux marais du Bas-Poitou.

 ==> Lacurie (abbé). Carte du Golfe des Santons, Pictons sous les Romains

Ce golfe comprenait une vingtaine d'îles, et avait plus de deux cent mille mètres de circuit (i). La Sèvre, inconnue même au Ve siècle de notre ère, se perdait alors dans l'immensité de ce golfe.

Dès qu'Agricola eut achevé la conquête de la Grande-Bretagne, les empereurs songèrent à tirer parti des productions de cette île, pour l'approvisionnement des Gaules. Cette grande région, si renommée aujourd'hui pour l'excellence et la beauté du climat, pour la richesse et la fécondité du sol, n'offrait guère alors que des terres incultes. L'agriculture, aux yeux des Gaulois, était indigne d'un peuple soldat. L'empereur Julien, au IVe siècle, augmenta le nombre des vaisseaux qui apportaient dans les Gaules les blés de l'Angleterre. Il faisait ensuite transporter sur des barques, au-dedans des rivières , la provision des villes et des campagnes voisines, beaucoup plus soigneusement qu'on ne l'avait pratiqué jusqu'à lui.

 Les barques qui vinrent à Noverogus, fournirent à ses habitants une nouvelle branche d'industrie, soit pour décharger ces marchandises, et les placer sur des voitures attelées de bœufs ou de chevaux, soit pour les transporter sur la place du Marché (i).

Presque tout le commerce se faisait dans les marchés. Les artisans, les artistes, les marchands étaient dispersés çà et là, de sorte que, lorsqu'on voulait traiter avec eux, il fallait s'informer où ils demeuraient. Ils étaient en si petit nombre, que dans toute une province y telle que le Poitou, il y en avait moins qu'il ne s'en trouve de nos jours dans la seule ville de Niort.

Les marchés furent donc établis, comme autant de rendez-vous, en faveur de ceux qui avaient à vendre ou à acheter. On doit facilement se faire une idée de l'empressement des uns et des autres à se rendre à ces assemblées, pour satisfaire des besoins sans cesse renaissants.

Les barques qui apportaient de l'Angleterre différentes marchandises, telles que des blés , du bétail, de l'or, de l'argent, du fer, des peaux, des cuirs, des chiens de chasse ; et, des îles Cassitérides, de l'étain et du plomb ; ces barques ne s'en retournaient jamais à vide.

 Les habitants de Noverogus aidaient à ce nouveau chargement, qui, au rapport de Strabon, consistait en sel, en poterie, en cuivre. On dut y ajouter des fruits qui mûrissent difficilement en Angleterre, et surtout du vin. Dans les derniers temps, le NIORTOIS eut la gloire de lui en envoyer d'excellent de son arrondissement (i).

 (i) La Foye-Monjault eut sans doute part des premiers cet honneur. Rabelais a parlé des vins de ce canton, comme de ce qu'il connaissait de plus exquis : C'est vin de la FayeMoniau. Le changement que nous avons fait dans ce dernier mot de l'i voyelle en la consonne j pourrait en faire oublier l'étymologie. Nous la rappelons : la Faye-Moniau est une abréviation de La raye aux Moines. En effet, longtemps avant Rabelais, il y avait un couvent dans cette paroisse. Le prieuré du lieu est appelé Faja monachalis, dans le Répertoire des Abbayes de France, imprimé en 1626.

 

Domitien, ayant remarqué dans la même année une grande disette de blé et une grande abondance de vin, crut que la quantité des vignes nuisait au labourage. Il donna un édit qui défendait d'en planter de nouvelles en Italie, et de laisser subsister dans les provinces plus de la moitié des anciens plants. Suétone, dont nous empruntons ce récit, ajoute : Nec exsequi rem perseveravit. Cet édit n'eut point de suite.

Le dernier jour de l'an 406 commença la plus formidable incursion de barbares, que l'empire ait eu à supporter. Deux cent mille Suèves, Vandales, Goths et Gépides, inondèrent les deux Germaniques et la Belgique.

Ce grand événement, quoiqu'étranger au NIORTOIS, semblait lui présager un changement dans ses destinées politiques. La nature lui en préparait un autre aussi inattendu, mais du plus favorable augure.

Au commencement du VIe siècle, la mer, en se retirant, mit à découvert tout le territoire des environs de Maillezais. L'on vit naître, pour ainsi dire, la rivière de la Sèvre , dont le cours se dessina parfaitement, avec cette particularité qui la distingue des autres rivières, que son lit est plus profond en remontant vers sa source, qu'en s'approchant de son embouchure.

Au IXe siècle, le commerce de Niort fut plus d'une fois inquiété, suspendu, par les Normands qui jetaient de fréquentes alarmes sur les côtes occidentales de la France. Leurs flottes, composées de barques légères, bravaient les tempêtes de l'Océan, et pénétraient partout dans l'intérieur des terres.

Pour renvoyer ces barbares, on les combla d'abord de présents ; mais acheter ainsi la paix de gens insatiables de rapines, c’était leur faire désirer de recommencer la guerre. Une plus sage politique indiqua des moyens plus surs de se garantir de ce fléau : on éleva des forts, soit à l'embouchure de la Sèvre, soit à Niort même, soit dans les environs, comme le château de Salbar, le château de Beaulieu près de Mairé.

La ville de Niort fut elle-même ceinte d'une forte muraille, qui la mit à l'abri d'un coup de main.

 Les Normands, dans leurs incursions fréquentes dans le Poitou, n'osèrent point s'attaquer à Niort; ils le jugeaient hors de leurs atteintes, et ils cherchaient des proies plus faciles.

 Cependant une partie considérable du château de Niort fut brûlée, en 1104. La Chronique de Maillezais, qui rapporte ce fait, ne nous dit point si ce fut l'oeuvre des Normands, ou l'effet d'un accident particulier.

L'année précédente est l'époque de la fondation de l'ordre de Fontevrault, par Robert d'Arbrissel. Il vint prêcher à Niort, et il obtint de la piété des fidèles de cette ville, des aumônes abondantes pour son monastère. ==> Fons-Ebraldi - Robert d'Arbrissel et La légende du bandit Evraud

Le dernier comte de Poitiers, du nom de Guillaume, eut pour fille Aliénor qui, après la mort de son père, épousa Louis le Jeune, et lui porta en dot la Guienne et le Poitou.

Sous le gouvernement des comtes de Poitiers, l'arrondissement de Niort vit successivement s'accroître sa population et son importance, soit par son goût pour l'agriculture et le commerce, soit par les moeurs affables de ses habitants, soit par la protection spéciale de ses divers souverains.

Ils firent en effet de la ville de Niort, l'entrepôt de la province, pour ses denrées et pour celles de l'étranger. Cet arrondissement cessa bientôt d'être tributaire de l'Angleterre pour le blé, dont le Poitou vint s'approvisionner dans les marchés de Niort.

En 1196, Richard, du consentement d'Aliénor, sa mère, donna l'usufruit du duché d'Aquitaine et du comté de Poitiers, à son neveu Otton, fils du duc de Saxe et de Mathilde sa sœur. Otton, élu roi des Romains, vendit à Richard ses possessions en France, et ne garda le comté de Poitiers que jusqu'à la fin de 1197.

Dès que Richard fut mort, la reine Aliénor se ressaisit de l'Aquitaine et du Poitou, comme d'un bien patrimonial. Elle en fit hommage la même année, dans la ville de Tours, à Philippe-Auguste roi de France, et, peu de temps après, elle s'associa, dans ce duché, son fils Jean-sans-Terre.

Nous avons des actes qu'elle fit seule, l'an 1199, en sa qualité de duchesse d'Aquitaine, et nous en avons d'autres, de la même année, qu'elle fit au même titre, de concert avec le prince Jean.

 

Du nombre des premiers actes, sont deux chartes en faveur de la ville de Poitiers, et la charte de franche-commune accordée à La Rochelle, toutes deux datées de son château de Niort.

....==> Aliénor d’Aquitaine la concession des priviléges de franche-commune

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14 février 2019

Les Ruines du CHATEAU DE VAUCOULEURS au pays de JEANNE D'ARC

Les Ruines du CHATEAU DE VAUCOULEURS au pays de JEANNE D'ARC

Au pied de la colline abrupte et rocailleuse, la Meuse coule à travers un paysage auquel une floraison de tons délicats valut jadis le vieux nom de Vallicolor. Sous le ciel pâle, baignée de lumière vaporeuse, cette « Vallée des Couleurs » tempère l'âpreté de la campagne lorraine, mais elle est tout en nuances. La gamme entière des gris s'y mêle, en juin, au vert de ces prairies célèbres à la ronde, qu'émaille l'abondance des fleurs; en octobre, à l'or fauve des bois; à la Noël, à la blancheur de la neige.

Et les hommes ont subi le charme du paysage, cependant que la rudesse du climat trempait leur caractère: ainsi fut façonnée une race à la fois dure au labeur et profondément éprise de la terre; son histoire est trop souvent pleine de pages douloureuses, mais ni les ruines, ni les invasions successives n'ont pu ébranler sa foi dans les destinées du sol fécondé par son labeur, sa foi dans les destinées éternelles de la Patrie.

L'âme du passant, aujourd'hui encore, se pénètre de tout cela, quand il sait entendre la voix mystérieuse des choses; ainsi s'en pénétrait Jeanne d'Arc voici cinq siècles, à l'heure où elle prenait conscience de la mission qui devait sauver le Royaume des Lys; aussi, avant de parler de Vaucouleurs et d'elle, importait-il d'évoquer l'atmosphère qu'on y respire.

C'est sur cette colline, parmi les amas de décombres où disparaissent les ruines du château, que le sire de Baudricourt finit par s'écrier le 23 février 1429 : « Va et advienne que pourra », écho misérable d'une autre parole : « Va, Va, Fille de Dieu », que ses voix faisaient retentir aux oreilles de Jeanne.

Aussi n'est-ce pas seulement faire œuvre utile à la science que de tenter de ressusciter le château enseveli, c'est évoquer également, parmi les pages de notre histoire, l'une des plus fécondes, parce qu'elle touche aux sources mêmes d’où jaillissent, pour un peuple, les forces de vie.

Cette résurrection, un enfant de Vaucouleurs, M. Henri Bataille, l'a entreprise. Avant de parler de ses fouilles, rappelons ce qu'était la châtellenie de Vaucouleurs : « Projetée à l'extrémité des pays de la couronne, glissée en quelque sorte comme un coin entre les grands fiefs lorrains, la pointe vers les pays d'Empire, elle avait une mission particulière : elle était, dans ces régions, l'extrême avancée, l'enfant perdu de l'expansion française. » (1).

Son histoire remonte fort loin. Il semble, en effet, que l'homme soit venu se fixer sur le promontoire qui domine Vaucouleurs dès qu'il apparut dans la vallée de la Meuse, mais nous ne savons rien de précis jusqu'au XIe siècle. On croit que, vers 1026, Etienne de Vaux y établit un château (2) — dont on ne saurait dire s'il était de bois ou de pierre — qu'il défendait avec les sires de Reynel et de la Fauche.

Devenu le repaire d'une bande de brigands qui ravageaient le Toulois, ce château fût détruit deux fois par une coalition des évêques de Toul et des ducs de Lorraine et de Bar (3), puis reconstruit en 1069 par Geoffroy le Vieil, seigneur de Vaucouleurs de 1059 à 1081.

L'existence en cet endroit d'un château de pierre, datant de la seconde moitié du XIe siècle, nous paraît à peu près certaine. Les sires de Vaucouleurs semblent, dès cette époque, avoir appartenu à la maison de Joinville, dont le seigneur le plus illustre fut Jean, sénéchal de Champagne et compagnon du roi Saint Louis. C'est une branche cadette de cette maison qui dut posséder la châtellenie pendant trois siècles, du XIe au XIVe; l'un de ces Joinville, Gauthier (sire de Vaucouleurs de 1271 à 1304), qui accorda aux habitants maints privilèges, fut chanté par un poète du temps, Guillaume Guiart, lorsqu'il périt en 1304, à la suite d'un coup de main tenté par les Français contre la Bassée, au temps de Philippe le Bell.

 

 (Les Ruines du CHATEAU DE VAUCOULEURS au pays de JEANNE D'ARC - Visite Virtuelle)

 

1. G. Hanotaux, Jeanne d'Arc, Paris, 1911, p. 80.

2. On ignore à quel moment fut bâti ce château ; on constate seulement qu'il existait au début du XIe siècle ; il devait appartenir à ce moment à Etienne de Vaux, seigneur de Joinville. Voir H.-François Delaborde, Jean de Joinville et les seigneurs de Joinville, suivi d'un catalogue de leurs actes, Paris, 1894, p. 13 et 14.

3. C'est l'évêque Udon (1052-1070) qui réussit, en 1056, à s'en emparer pour la première fois, après un siège de trois mois, à l'occasion duquel le duc de Lorraine et celui de Bar lui avaient fourni un contingent de cinq cents hommes. Abbé Guillaume, Diocèse de Toul et de Nancy. Nancy, 1866; t. I, p. 385 et 386. Confirmé par H. F. Delaborde, ouvrage cité, p. 14.

A cele heure se desrenja

Dont ce fut pitié et douleur

Le droit sire de Vaucouleurs

Qui n'iert vilain ne bobancier

Qui s'alla emmi aux lancier,

Sur le chaude et ils l'occirent.

Gauthier mort sans postérité, son frère Jean lui succéda; ce fut le dernier Joinville, sire de Vaucouleurs. Continuant l'oeuvre séculaire qui, en brisant peu à peu la féodalité et en étendant progressivement le domaine royal, devait conduire à l'unité française, le roi de France allait mettre la main sur une châtellenie dont l'importance, face à l'Empire, lui était apparue.

1. H. F. Delaborde, ouvrage cité, notes 1 et 5, p. 228.

Déjà Vaucouleurs avait servi maintes fois de lieu de réunion au Roi et à l'Empereur : au Xe siècle, Robert le Pieux y rencontre l'empereur Henri II; au début du XIIIe, le prince Louis — le futur Louis VIII — représentant son père Philippe-Auguste, y vint conclure avec Frédéric II, sous les auspices de Conrad, évêque de Metz, en présence de Ferri, duc de. Lorraine, et de Renaud de Senlis, évêque de Toul, une alliance offensive et défensive.

Devenu roi, Louis VIII revint à Vaucouleurs en 1224, pour revoir l'empereur et renouveler l'alliance, en présence d'une grande assemblée où figuraient, outre Conrad, légat du Saint-Siège en Allemagne, les archevêques de Mayence et de Cologne. En 1238, nouvelle visite royale : Saint Louis rencontre à Vaucouleurs l'empereur Frédéric. En 1299, Philippe le Bel et l'empereur Albert règlent leurs affaires au cours de l'entrevue des Quatre-Vaux — c'est aujourd'hui un bois, proche de Vaucouleurs — et la princesse Blanche, soeur du roi, épouse le prince Rodolphe, fils d'Albert (1)

C'est par voie d'échange que Vaucouleurs entra dans le domaine royal; nous possédons, en effet, le texte de différents actes, échelonnés du 15 août 1335 au 5 juin 1341, qui règlent l'échange, au profit du roi de France, de la châtellenie et des terres de Vaucouleurs, contre la prévôté de Vertus, la seigneurie de Lachy et quatre vignobles sis à Bar-sur-Seine, lesquels deviennent la propriété de Jean II de Joinville (2).

 

1 Dom. Calmet, Notice de la Lorraine, Nancy, 1756, t. II, pp. 721 et 722.

2. H. F. Delaborde, ouvrage cité, Catalogue, n° 875, acte du 15 août 1335; n° 886, acte du 4 octobre 1337. En outre, il existe, aux Archives Communales de Vaucouleurs, une copie en date du 12 juin 1620, ainsi désignée : « Titre d'échange, en copie collationnée, de la Prévosté de Vaucouleurs contre la Prévosté de Vertus et autres, fait entre Jean .de Joinville et Philippe de Vallois, du 5 juin 1341. » Il semble donc qu'il fallut plusieurs actes pour mettre définitivement au point l'échange qui nous occupe. Delaborde fait remarquer que, le 15 novembre 1337, Jean II de Joinville portait encore le titre de seigneur de Vaucouleurs; c'est qu'il ignorait l'acte définitif du 5 juin 1341.

En 1358, pendant la captivité du roi Jean le Bon, Charles, régent de France, le futur Charles V, avait donné la seigneurie de Vaucouleurs à Henri V, comte de Vaudémont, pour en jouir sa vie durant seulement (1); mais, peu après son avènement au trône, à la mort de ce seigneur, Charles, devenu roi, en reprit possession; son ordonnance du 4 juillet 1365 réunit inséparablement au domaine royal la ville et la châtellenie (2), en même temps qu'elle confirme les habitants dans leurs privilèges, libertés et franchises (3).

 

(1). F. Delaborde, ouvrage cité. Catalogue, n° 952. Acte du 4 août 1358. « Henri de Joinville, comte de Vaudémont, personnage au demeurant assez peu recommandable, avait cependant rendu à la couronne des services suffisants pour que Charles ait éprouvé le besoin de lui manifester sa satisfaction en lui accordant cette jouissance en viager. » ... Après tout, Henri de Joinville « ayant plus mis que prins pour nous en notre service... », Delaborde, p. 204.

2. « Considérant le zèle ardent que ses amés et féaux, les bourgeois et habitants de la Ville et du Château de Vaucouleurs, sis aux frontières du royaume, ont montré par le passé envers ses prédécesseurs rois de France, envers lui-même et envers la couronne de France; considérant aussi les bons services et l'obéissance dont ils ont fait fidèlement preuve même tandis qu'ils étaient les sujets du feu Comte de Vaudémont, envers le roi, ses gens et ses officiers », le roi déclara que la Ville de Vaucouleurs serait désormais indissolublement unie à la couronne. Delaborde, ouvrage cité, p. 214 ; sources : Archives Nationales, J. J. 98 ; N° 343.

3. C'est en raison de leur fidélité à sa cause, que le roi agit de la sorte en confirmant les privilèges, franchises et libertés qu'ils tenaient d'une charte datée de 1298. Tous les rois de France ont, par la suite, confirmé par lettres patentes le geste du roi Charles V : les Archives Communales de Vaucouleurs conservent les pièces correspondantes.

Devenu voisin du duc de Lorraine, le roi de France conclut avec lui à Vaucouleurs, la semaine d'avant Pâques fleuries de 1367, une alliance destinée à réprimer les actes de férocité commis par les bandes d'aventuriers qui désolaient, à cette époque, les campagnes du Barrois, de la Lorraine et de la Champagne (1)

A dater du traité d'échange, Vaucouleurs est ville royale et fief direct du roi. Le roi y entretient une garnison; il nomme un gouverneur qui commande la place ; le premier fut le capitaine Méneduc (2).

Au rôle politique de la ville s'adjoignit un rôle économique : le « port » de Vaucouleurs devint, pour la France, un important « poste de douane » ; toutes les marchandises exportées du bailliage de Chaumont (c'est-à-dire, en fait, les marchandises venant de France) devaient passer par là et acquitter un droit de rêve, consistant en un prélèvement de quatre deniers pour livre sur les denrées menées hors du royaume (3).

Cependant, l'orage montait à l'horizon : en 1415, c'est la défaite d'Azincourt; en 1420, le traité de Troyes et l'entrée d'Henri V à Paris; le 13 juillet 1423, les Français sont battus à Cravant; le 17 août 1424, à Verneuil; la marée de l'invasion recouvre le royaume des Lys et atteint la Loire.

« A l'heure où la vocation de Jeanne d'Arc commence à se décider, la domination ennemie forme un vaste quadrilatère dont les quatre pointes, seules restées françaises, sont : au nord-ouest, le Mont Saint-Michel; au sud-ouest, Orléans; au nord-est, Tournay; au sud-est, Vaucouleurs » (4). Et voici que les Anglais tentent l'effort décisif : l'attaque simultanée d'Orléans et de Vaucouleurs.

A Vaucouleurs, Robert de Baudricourt, « soldat brave et astucieux, parvenu de la guerre et un peu du brigandage » (5), commande pour le roi de France; mais, autour de lui, le vide se fait : sur les six châtellenies de ce bailliage de Chaumont, dont il est le bailli, cinq sont aux Anglais : Chaumont, Nogent-le-Roi, Coiffy, Andelot, Montigny-le-Roy ; seule, Vaucouleurs demeure sous son autorité; Bedford en nettoie les alentours en attaquant les places qui subsistent encore; Beaumont - en - Argonne, Mouzon, Passavant tombent entre ses mains.

(1). Dom Calmet, Histoire de Lorraine, Nancy, 1745, chap. XXXV, P. 382.

2. H. F. Delaborde, ouvrage cité, p. 210. Méneduc fut nommé en 13633.

3 Siméon Luce, Jeanne d'Arc à Domrémy, Paris, 1886, p. XXII.

4. G. Hanotaux, ouvrage cité, p. 84. Signalons que le Pape Pie II (Aeneas Sylvius Piccolomini), dans ses Commentaires, dit que Vaucouleurs était la seule ville des frontières qui demeura fidèle au roi Charles VII (Dom Calmet, ouvrage cité, t. II, P- 725).

5. G. Hanotaux, ouvrage cité, p. 84:

Cependant, les Anglais consacrent « à ces deux campagnes simultanées, et en quelque sorte parallèles, toutes leurs ressources disponibles et leurs meilleurs chefs : Talbot, Suffolk, Scales contre Orléans, Vergy et Luxembourg contre Vaucouleurs » (1)

 En juillet 1428, la ville est investie. Baudricourt est à bout de forces; à la fin du mois, il signe la capitulation suspensive qui lui interdit toute opération militaire et livre la  place aux Anglais le jour où tombera Orléans.

Retiré dans son château, il a perdu la foi dans les destinées du royaume et, pendant ce temps, le pays est en proie à une effroyable misère.

Le religieux de Saint-Denys a retracé, dans une page souvent citée, l'aspect des campagnes : « Partout, excepté dans les lieux clos de murs, toutes les productions de la terre étaient ravagées, dévastées, et on était si peu assuré de vivre du travail de ses mains, que bon nombre de paysans, poussés par le désespoir, abandonnaient la charrue et se faisaient brigands... Pendant le jour, ils parcouraient les bois comme des bêtes sauvages, et, tombant par surprise sur les voyageurs, ils leur volaient leurs vêtements ou leur argent, leur faisant subir toutes sortes de tortures, exigeant d'eux une rançon ou les mettant à mort sans pitié... La nuit, ils forçaient les maisons, poussaient les gens dehors par les fenêtres ou autrement, quelquefois tout nus, et saccageaient les demeures en toute liberté. Les forêts se peuplaient de la foule des manants désertant la campagne, la terre était creusée comme aux temps immémoriaux et servait de refuge à des populations hagardes, essayant de se cacher avec ce qui restait de leurs familles, de leurs biens, de leurs bestiaux. » (2)

Or, voici qu'à Noël, une paysanne de Domrémy, une bergerette, Jeanne, fille de Jacques d'Arc, s'établit à Vaucouleurs (3), dans la maison Le Royer, située sur la Place d'Armes, près de la porte de Neuville; déjà, le 13 mai 1428, conduite par son

1. G. Hanotaux, ouvrage cité, p. 92.

2. D'après G. Hanotaux, ouvrage cité, p. 319.

3. Elle y séjourna trois semaines en plusieurs fois. Déposition de Catherine Le Royer. Jules Quicherat, Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc dite la Pucelle, Paris, 1841, t II, p. 446.

Oncle Durant Laxart, la jeune fille s'est présentée au capitaine et lui a dit : « Messire, je viens de la part de mon Seigneur afin que vous mandiez au Dauphin de bien se tenir... Mon Seigneur veut que le Dauphin devienne Roi et qu'il tienne ce royaume en commande. Il sera Roi, malgré ses ennemis et moi je le conduirai au sacre » (1).

Et Baudricourt de rire, et de crier à Laxart : « Cette fille déraisonne, ramenez-la à la maison de son père et donnez-lui de bons soufflets » (2).

La première tentative de Jeanne d'Arc a coïncidé avec le bruit des préparatifs de la campagne contre Vaucouleurs. Maintenant, la partie semble perdue; qu'importe, elle va tenter un nouvel effort.

A Vaucouleurs, Jeanne mène la vie la plus simple; « elle se plaît à filer et le fait bien » (3); Jean le Fumeux, clerc de la chapelle de la Bienheureuse Vierge Marie de Vaucouleurs (chapelle du château), l'y voit souvent et surtout dans la crypte de la chapelle (4) ; elle entend les messes matinales, demeure en prières, reçoit les sacrements.

Et puis, elle se fait peu à peu connaître du bon peuple de Vaucouleurs; à une heure où les hommes ne peuvent plus rien, les habitants de la ville, en ce siècle de foi, attendent un geste de Dieu, et voici qu'ils s'émeuvent à entendre parler l'humble jeune fille ; elle leur décrit « la grande pitié du royaume de France » ; elle leur rappelle cette prophétie « que la France, perdue par une femme, serait sauvée par une vierge venue des marches lorraines » (5).

Peu à peu, elle leur révèle sa mission. La bonne Catherine Le Royer en demeure stupéfaite, mais elle croit en Jeanne, et les autres avec elle. La rumeur monte et gagne les soldats, puis les capitaines, Jean de Novelompont, la garde même de Baudricourt.

Le 12 février, s'engage devant Orléans la « bataille des Harengs » ; Dunois est vaincu. Le même jour, Jeanne monte au château de Vaucouleurs; son émotion est telle qu'elle parvient à se faire introduire immédiatement auprès de Baudricourt.

(1) déposition de Bertrand de Poulengy, Procès, II, p. 456.

2. Déposition de Durant Laxart, Procès, II, p. 444.

3. Déposition de Catherine Le Royer, Procès, II, p. 446.

4. « Sub capsis sive voltis... ante beatam Mariam aliquotiens vultu erecta (sic) aliquoticns vultu projecto. » Déposition de Jean le Fumeux, Procès, II, p. 461.

5. Ibid., p. 447.

 Les yeux baignés de larmes, elle s'écrie : « Au nom de Dieu, vous tardez trop à m'envoyer... ; aujourd'hui, le gentil Dauphin a eu assez près d'Orléans bien grand dommage et sera-t-il encore taillé de l'avoir plus grand si vous ne m'envoyez promptement vers lui » (1)

 Peu de jours après, Collet de Vienne, chevaucheur du roi, qui faisait la liaison entre Chinon et Vaucouleurs, apporte à Baudricourt un message, et le message annonce la défaite prédite par Jeanne.

Cette fois, Baudricourt faiblit : Jeanne revêt les vêtements d'homme et les houseaux que les gens de Vaucouleurs tenaient prêts pour elle; elle monte le cheval qu'ils lui ont acheté ; Baudricourt réunit six hommes d'escorte (2), leur fait prêter serment « de la bien et dûment conduire jusqu'au Roy ».

Les Ruines du CHATEAU DE VAUCOULEURS au pays de JEANNE D'ARC porte de France

Et, par la porte de France, Jeanne quitte le château, accompagnée par l'adieu sceptique du sire. Cinq mois plus tard, les Français pourront s'écrier avec Christine de Pisan : « L'an mil quatre cens vingt et neuf reprint à luire li soleil » (3).

Tels sont les souvenirs qu'évoquent, dans nos coeurs, les ruines ensevelies (4). Parmi elles, un témoin demeurait, malgré les injures des hommes : la chapelle du château, ou plus exactement l'église royale et collégiale Notre-Dame Sainte-Marie.

C'est au XIe siècle que paraît avoir été construite, sans doute en même temps que le château primitif, la première chapelle enclose dans son enceinte (5) ; la chapelle romane disparut et fut remplacée par une chapelle gothique — celle dont les ruines ont pu être étudiées — qui doit dater du XIIIe siècle; elle fut construite en bordure de la forteresse, sur le mur extérieur, et faisait saillie comme l'une des tours. Rapidement, la dévotion des châtelains et des fidèles en firent un lieu vénéré.

Elle fut desservie, jusqu'au XIIIe siècle, par les religieux de l'ordre de Saint-Benoît du prieuré de Saint-Thiébault, situé hors

1. Procès, IV, p. 206.

2. Jean de Novelompont, dit de Metz, chevalier, Bertrand de Poulengy, écuyer, Collet de Vienne, l'archer Richard, Jean et Julien de Honnecourt. Procès, I, P- 54.

3. Strophe 2 du poème cité par Wallon, Jeanne d'Arc, Paris, 1876, p. 424.

4. Pris et saccagé en 1544 par les troupes de Charles-Quint, abandonné au xvn" siècle, le château rentre dans l'ombre après le passage de Jeanne. Au XVIII 8 siècle il était en ruines, aux dires de Dom Calmet. (Notice, t. II, p. 721.)

5. « Capellam Castelli in tempore Philippi régis Francorum et Pybonis, Tullensis episcopi. » Ainsi s'exprime une charte de Geoffroy de Joinville dit le Vieil (1070-1080), d'après le Lieutenant-Colonel Chavanne, Un coin de vieille France, Vaucouleurs, Bar-le-Duc, 1923, p. 15. Voir aussi H. F. Delaborde, ouvrage cité, p. 243.

les murs de Vaucouleurs; en 1234, Béatrix de Joinville y établit un chapelain (2); en 1266, Geoffroy de Joinville et Mahaut de Laci, sa femme, s'expriment ainsi à son endroit : « En l'honneur de Dieu, de Madame Sainte-Marie et des benoîts saints, saint Jacques, saint Georges et saint Nicolas, establissons une chanoinie de chanoines séculiers en la chapelle de notre Chastel de Vaucouleurs » (3).La fondation d'un nombre suffisant de prébendes permit d'ériger la chapelle en collégiale, au cours du XIVe siècle (4).

Enfin, le 8 avril 1342, Philippe VI de Valois octroie à ses amés doyen et chapelains de sa chapelle de Vaucouleurs trente livres tournois de terre « pour, dit le roi, qu'ils soient tenus à prier pour nous et pour le bon estât de notre royaume » (5).

Telles sont les lettres de noblesse de la Collégiale Notre-Dame; voyons quels étaient les traits saillants de l'édifice; sous la chapelle haute, se trouvait une crypte, dont l'existence est établie, dès le XIVe siècle, par le testament d'Etienne de Neufville, daté de 1349 (6).

On communiquait de l'église haute à la crypte par une « descendue » (7) située dans la chapelle Saint-Jean; c'est cette « descendue », qu'en 1428, Jeanne d'Arc empruntera tant de fois.

La dévotion de Jeanne s'explique : c'est dans la crypte que se trouvait la statue de Notre-Dame des Voûtes, la Vierge tutélaire de Vaucouleurs, vénérée par les habitants qui, suivant la légende, lui avaient dû leur salut (8). Devant la bienheureuse Vierge, Jeanne priait souvent, tantôt la face levée, tantôt la face prosternée (9) .

Quant à l'église haute, les fouilles de 1887 permirent d'en retrouver tout l'essentiel. Seule, l'indication de trois des quatre bases de piliers — la quatrième existe encore — résulte de dépositions orales. On remarque les trois nefs, et, dans le choeur, une croix peinte en bleu et rouge, qui était peut-être une croix de consécration, ainsi que les restes d'une fresque représentant Notre-Dame des Sept-Douleurs.

Les Ruines du CHATEAU DE VAUCOULEURS au pays de JEANNE D'ARC Chapelle castrale

(1). Ce prieuré aurait été fondé en 1064 par Geoffroy le Vieil. (Bulletin de la Chapelle castrale de Vaucouleurs, 1921, p. 1559. Ce bulletin, publié, sans indication de lieu d'impression, de 1913 à 1924, par Mgr Chaupin, doyen de Vaucouleurs, n'est pas un ouvrage scientifique. Il n'en renferme pas moins un grand nombre d'indications et de textes, transcrits, malheureusement, sans références, par un homme dont la probité en la matière paraît certaine.)

2. « Je Beatrix de Joinville et sénéchale de Champagne, fais connoissance que Messire Simon de Joinville qui était Messire, me commanda quand il alla de vie à mort, que je establisse une chapellenie'au Chatel de Vaucouleurs... ». Bulletin, p. 1559.

3. H. F. Delaborde, ouvrage cité, p. 342.

4. Nous connaissons, à ce sujet, deux textes : en 1326, Messire Etienne, curé de Montigny, établit une fondation pour les chanoines (Bulletin, p. 1576) ; en 1327, le sire Jean II de Joinville, et Marguerite de Plancey, sa femme, créent une dixième prébende « à celle fin que pour lou nombre de deix on puist faire et establir un doyen en ladite chapelle ».

5. Siméon Luce, ouvrage cité, preuves, p. 9.

6. « Item, je donne à la dicte église une quarte d'oille... pour la lumière de la benoîte Vierge Marie; et assavoir une pinte pour ardoir et la lampe dessus et l'autre pinte en voultes desoubs. » Bulletin, p. 1660.

7. Le testament de Garin Erart, bourgeois de Vaucouleurs, daté de 1423, parle de « l'issue du chancel de la chapelle Saint-J'ean-Baptiste, à la descendue des voultes ».

8. Le château de Vaucouleurs était assiégé; sous ses murs, se livrait un combat acharné et les défenseurs pliaient sous le nombre; alors, un soldat se saisit d'une statue de la Vierge qui surmontait une colonne et la brandit, face aux assaillants ; ceux-ci, pris de panique, s'enfuirent à l'instant même. Cette statue, désignée sous le nom de Notre-Dame des Voûtes, est celle devant laquelle Jeanne a prié; elle a survécu à tous les orages; mais, confiée, au cours du XIXe siècle, à des mains ignorantes, elle est aujourd'hui entièrement défigurée. On peut la voir dans l'église de Vaucouleurs.

9. Déposition de Jean le Fumeux, clerc de la chapelle, Procès, II, p. 461.

 Le choeur est à chevet plat, survivance des traditions romanes. A gauche, une arcade en plein cintre donne sur la chapelle Saint-Jacques ; dans le mur de droite, se trouvait un placard et une porte qui s'ouvre sur la chapelle Sain-Jean, où se trouvait la descente d'escalier de la crypte. Ce qui reste des bases de colonnes appelle le XIIIe siècle; un certain nombre de socles sont octogones, comme il était d'usage vers le milieu du même siècle; d'autres, un peu plus anciens, sont carrés. Les chapiteaux ont tous le tailloir en larmier, profil de la seconde moitié du XIIIe siècle; quelques-uns sont délicatement ornés de feuillages. Les peintures, dont nous avons parlé plus haut, devaient être postérieures; elles dataient peut-être de la fin du XVe siècle ou du début du XVIe, — comme celles du village voisin de Sepvigny (1)

Cette collégiale, tant vénérée, devait connaître bien des vicissitudes; dévastée en 1544 par les troupes de Charles-Quint (2), délabrée au XVIIIe siècle, au point que les chanoines adressèrent une supplique au roi Louis XV, à qui elle appartenait, afin qu'il leur vienne en aide (3), elle fut désaffectée par la Révolution et adjugée pour 2.000 livres, le 23 janvier 1792, au sieur Félix Georges, négociant à Vaucouleurs, après que les chanoines eurent été dispersés et le mobilier vendu (4).

La crypte, où s'éteignit la lampe de Notre-Dame des Voûtes, devint tour à tour une bergerie, puis un atelier de tissage; l'église haute vit s'adosser à ses murs, à demi-démolis, de misérables masures.

Il en fut ainsi jusqu'en 1887. Les fouilles, opérées à ce moment dans la nef, donnèrent des résultats inespérés, dont, malheureusement, on ne sut pas tirer parti par la suite ; les démolitions révolutionnaires avaient été fort incomplètes; une reconstitution intégrale demeurait possible. Les travaux entrepris en 1923 le confirmèrent.

1. E. Salin, Le Vieux Astre à Sepvigny et ses peintures, extrait du Pays Lorrain, Nancy, 1934.

2. Bulletin, p. 1459.

3. Bulletin, p. 1476.

4. Bulletin, p. 1431, 1432 et 1664.

 

Hélas! une ignorance, monstrueuse à nos yeux, fit raser ce qui restait des murs. Mais la crypte subsista; elle demeure, malgré une remise à neuf que nous déplorons, un témoin irrécusable et singulièrement émouvant du passage de Jeanne.

Il en subsiste d'autres encore : d'abord les ruines de la porte d'entrée du château (fig. 4) où Jeanne dut se présenter le 13 mai 1428, puis la Porte de France (fig. 6), malheureusement mutilée et amputée des remparts qui l'enserraient, lors des travaux entrepris en 1891 pour construire une basilique, dont les fondations seules furent édifiées; ces substructions qui dénaturent le site sont, nous l'espérons bien, appelées à disparaître.

Enfin, le gros tilleul qui fait face à la porte de France est contemporain de Jeanne d'Arc.

Nous en arrivons maintenant aux fouilles de M. Henri Bataille.

L’élément nord-est du château qu’il a déblaye nous montre un enchevêtrement de constructions successives qui atteste les vicissitudes, les ruines et les reconstructions que nous venons de rappeler.

C'est d'abord la base, encore visible, sur plus de trois mètres de haut, d'une grosse tour rectangulaire de treize mètres environ de côté, sur huit, aux murs épais, en très bel appareil de pierres de taille.

Ces pierres, très dures, proviennent des carrières voisines de Septfonds; fait singulier, en guise de mortier, la liaison est constituée par une argile jaune que l'on trouve sur place; cette tour était flanquée d'une autre, beaucoup plus petite, polygonale et de même appareil, encore visible sur 1 m. 20 environ de hauteur; au-dessus de ce qui en subsistait, on éleva plus tard une tour ronde, dont les blocs, cette fois de pierre blanche (calcaire pris sur place), sont plus petits, différemment taillés, parfaitement appareillés et liés à chaux et à sable; un mur de bel appareil (roche de Septfonds taille layée) s'applique sur la face Est de la tour rectangulaire et remonte en appareil grossier, en formant un T, sur ce qui subsiste du mur de la face Nord; tandis qu'à l'Est, un contrefort, dont l'appareil est encore différent, s'appuie sur lui.

Toutes ces substructions, que nous nous garderons de dater pour le moment, furent remblayées à une époque encore incertaine; au-dessus d'elles, à 7 m. environ du niveau du sol naturel, et recouverts d'une couche de cendres, se trouvaient les restes d'un autre mur et d'une tourelle; le puits dont il va être question avait été surélevé d'autant pour venir affleurer au niveau du sol ainsi constitué.

Nous avons tenu à entrer dans ces détails, afin de montrer combien est complexe l'étude de ce château, et délicate la conduite des fouilles; il semble que M. Bataille s'en soit, jusqu'ici, parfaitement acquitté.

Trois couches de cendres, témoins des destructions successives, s'étageaient dans les déblais; la première, abondamment mêlée de décombres, partait du sol naturel et avait environ 0 m. 30 d'épaisseur au maximum; les deux autres formaient des lits peu épais; la troisième, celle qui recouvrait les substructions les plus récentes, était à peine à 0 m. 80 du sol.

Le massif que nous venons d'étudier offre d'autres particularités encore.

Dans l'épaisseur du mur de la grosse tour, est taillé un escalier qui donne accès à une archère tournée vers la chapelle, et un chemin de ronde, d'une largeur primitive de deux mètres, rétréci sans doute au XIVe siècle (1) (fig. 3).

Accolées à sa façade Nord, apparaissent d'autres substructions qui semblent être les restes d'une salle, plus tardive que la base de la grosse tour, mais située exactement au même niveau que la chapelle; dans cette salle, deux logettes juxtaposées d'anciennes latrines peut-être — prennent appui sur le mur le plus ancien.

Les reproductions photographiques, et surtout les levés de plans, rendent plus aisément intelligible tout cet enchevêtrement. Une profonde cavité à section carrée, dont la destination demeure incertaine, est taillée dans l'épaisseur de la façade Est de la grosse tour; elle était remplie, sur une hauteur de cinq mètres; par des lits de cendres alternant avec des lits de terre sablonneuse, et des débris de poteries; les vases, fort rares, dont nous parlerons plus loin, proviennent, en majeure partie, de là, ainsi que les jetons.

Etudions enfin l'un des vestiges les plus intéressants qu'aient, à ce jour, livré les ruines du château : le puits. Situé dans l'angle Sud-Est de la grosse tour, il a pu être exploré par M. Bataille, avec des moyens de fortune, sur une hauteur de 27 m, mais il descend bien plus profondément encore ; sa section est d'abord celle d'un cylindre de 1 m. 50 de diamètre ; peu après les 7 mètres dont il fut surélevé comme nous l'indiquions tout à l'heure, on trouve une coupole voûtée sur croisée d'ogive, admirablement maçonnée et parfaitement intacte; elle donne accès à une énorme cavité ovoïde, taillée en plein roc, dont le diamètre maximum est d'environ 8 mètres. Puis, la maçonnerie reprend; le puits redevient cylindrique, avec un diamètre d'environ 2 m. 50; mais, à partir de là, il est obstrué par le tronc entier d'un sapin que l'on y précipita il y a quelques années; lorsqu'on le vida sans aucune méthode en 1891, on y trouva des poteries, une carcasse de cheval et un anneau d'or timbré de fleurs de lys, qui a disparu.

1. On sait que, pour faciliter la défense, on agit ainsi, à cette époque, en divers endroits.

 

Les anciens du pays racontent que, dans la partie actuellement obstruée, se trouvaient de petites loges à colonnettes ornées de sculptures et que, de là, partaient des conduits inexplorés; quoi qu'il en soit, l'importance de ce puits est indéniable, et l'analogie qu'il paraît offrir avec celui du château de Vincennes, doit sans doute être signalée ; il est à souhaiter que l'étude complète puisse en être bientôt faite avec les moyens appropriés (fig. 12).

Telles sont les substructions dont les fouilles ont révélé l'existence; elles nous paraissent établir que, sous les décombres, subsistent des ruines suffisamment importantes pour que l'on puisse espérer retrouver l'ossature du château, en dresser un plan complet, et permettre peut-être aux Français de se rendre en pèlerinage dans cette Grande Salle qui vit Jeanne d'Arc humiliée, puis accueillie, qui entendit le serment de Jean de Metz, de Bertrand de Poulengy et de leurs compagnons.

Etudions maintenant les objets découverts : ce sont d'abord des poteries, dont les éclats furent recueillis par milliers, principalement dans la cavité profonde taillée dans la façade Est de la grosse tour; un triage méthodique, accompagné d'un travail de reconstitution extrêmement délicat, a permis, jusqu'ici, d'en faire revivre vingt (1).

Nous en reproduisons ici quelques-unes, choisies parmi les plus caractéristiques et les plus rares; ce sont d'abord une cruche et une sorte d'aquamanile, de terre grise, bien cuite, non décorée, sauf une suite de cercles tracés en creux sur la partie supérieure de l'aquamanile; les fonds en sont bombés légèrement et ce caractère a per1.

(1). Bataille espère, avec le temps, arriver à en reconstituer une cinquantaine en tout.

mis à M. Forrer, conservateur des collections d'archéologie des musées de Strasbourg (ces collections sont parmi les plus riches de France en matière de poteries du Moyen Age), de les attribuer au XIe ou au XIIe siècle ; on trouve ensuite un pot, de même terre, auquel le même fond bombé assigne une époque voisine, mais dont la forme générale demeure analogue à celle du vase à carène, introduit dans les Gaules au temps des Invasions — il est, en quelque sorte, l'un des fossiles caractéristiques de cette époque —; et nous trouvons là un exemple intéressant de la persistance au Moyen Age d'une forme très ancienne (fig. 9).

Ces poteries furent-elles exécutées au tour, ou par le procédé dit « à la corde », encore récemment en usage, par exemple, à Vallauris, dans les Alpes-Maritimes (1) ? Nous n'osons nous prononcer, mais une chose est certaine : il ne s'agit plus de poteries fabriquées entièrement à la main, comme il est fréquent au temps du haut Moyen Age.

Un plat de terre, dont l'intérieur, de ton vert-clair, est seul émaillé, mérite une attention particulière : c'est qu'il rappelle singulièrement certaines faïences persanes — les plus anciennes de la période islamique — datant des VIII et IXe siècles; nous le comparerons, en particulier, à un grand bol en faïence de Reï, provenant des fouilles d'Emile Vignier, décrit par Pézard, et actuellement à Montaigu en Lorraine (2); l'un et l'autre offrent un décor gravé qui se compose, dans le plat de Vaucouleurs, d'une dentelure au marli, avec, au centre, les lettres IHS surmontées d'une croix byzantine et entourées de plusieurs cercles. Nous voyons là une preuve de plus de l'influence exercée, au temps des Croisades — le plat nous paraît dater du XIIe siècle -— par l'art industriel de l'Orient sur le nôtre (fig. 9).

Signalons enfin, une petite gourde de pèlerin, plate d'un côté (ce qui permettait de l'accrocher plus aisément au mur), et munie de deux anses latérales, afin de pouvoir être suspendue par deux cordons ; elle est à peu près identique à celle du saint Joseph de la Fuite en Egypte, dans le tableau célèbre de Fra Angelico (3) : le saint porte, sur l'épaule gauche, le bâton du pèlerin, à l'avant duquel pend la gourde, équilibrée vers l'arrière par le poids du manteau; celle de Vaucouleurs est faite d'une terre blanche très fine; elle est émaillée vert. Il s'agit certainement d'un objet importé très rare; peut-être vint-elle d'Italie; elle doit être attribuée au XVe siècle (fig. 10 et 11).

Aux poteries se rattache un carreau de poêle, malheureusement incomplet, qui est, lui aussi, d'une grande rareté; de faïence émaillée de vert, il offre, autour d'un oculus quadrilobé, un décor en relief où un loup attaque un cerf, avec, aux angles, des fleurs de lys; il nous paraît dater de la fin du XIVe siècle (fig. 8).

1. Rappelons que, dans ce procédé, l'ouvrier fabrique un noyau ayant la forme intérieure de son vase, en enroulant une corde sur un axe de bois; la terre est appliquée sur ce noyau que l'on retire après séchage, en agissant d'abord sur l'axe.

2. M. Pézard, Les Céramiques archaïques de l'Islam, p. 226 et pi. LXIX. E. Salin, Une Maison Française, Montaigu en Lorraine, Paris, 1936, p. 93 et pi. XXVII.

3. Gustave Geffroy en donne une bonne reproduction dans son ouvrage Les Musées d'Europe, Florence paru dans l'édition Nilsson.

Les fouilles n'ont fourni que peu de monnaies : signalons un gros tournois de Philippe IV le Bel, et aussi trois jetons de même époque, à la nef, et à l'écu carré chargé de quatre fleurs de lys; divers autres objets étaient encore mêlés aux cendres : débris de verre, corne de cerf, étui à aiguilles ( ?), et enfin une « queue » longue de 23 centimètres (1).

Nous ne saurions, en terminant, passer sous silence deux sculptures de pierre qui, pour n'avoir pas été trouvées au cours des fouilles actuelles, proviennent très probablement de la Collégiale : ce sont une tête de Vierge et une tête de Christ, retrouvées par M. Bataille dans le vieux four du presbytère. Le doyen de Vaucouleurs, qui en signala l'existence, pensait qu'elles avaient été découvertes au cours des fouilles de 1893. Le visage de Notre-Dame est d'une grande noblesse et d'une grande douceur. L'une et l'autre paraissent dater du XVe siècle (fig. 1).

Nous avons essayé de rappeler ici l'histoire d'un château où se décidèrent, un jour, les destinées de la France, et de montrer ce que l'on doit attendre de fouilles qui peuvent en faire revivre les ruines. Souvenons-nous que ces ruines sont des reliques. Nous devons nous employer à les faire sortir de leur linceul, puisque, leur rendre la vie, c'est rendre hommage à la France et à l'héroïne qui l'a sauvée. Répétons aussi, avec le Maréchal Lyautey, ainsi qu'il le dit dans une lettre écrite peu avant sa mort, que, dans les temps que nous vivons, « la mission de Jeanne n'est pas terminée ».

Edouard SALIN.

 

  1. On appelait « queue » au Moyen Age la pierre à aiguiser ; la voici désignée dans les contes du temps « ... d'un sac qu'il portait à son col, auquel avait une grande queue à aiguiser sarpes et borcherons... », « ... trois faulx garnies de leur queue pour les aiguiser ».

 

Les Ruines du CHATEAU DE VAUCOULEURS au pays de JEANNE D'ARC 2

« Il est des lieux où souffle l'esprit. » Maurice BARRÉS, La Colline inspirée.

C'est un crime national que de laisser des ruines si précieuses dans cet état de profanation. » Mgr DUPANLOUP, Vaucouleurs, 1869

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État du royaume de France en 1429, la Porte de France Vaucouleurs<==... ...==> Domrémy, le village natal de Jeanne d’Arc


13 février 2019

Sur les ruines du vieux château de Tiffauges

plan 2 sur ruines château de Tiffauges

PLAN GENERAL DU CHATEAU DE TIFFAUGES

Sur un promontoire escarpé qui domine la Sèvre Nantaise, au confluent de cette rivière et du ruisseau la Crûme, s'élèvent, grandioses, les ruines du château de Tiffauges.

Les environs:

- A La Moulinette; B La Sèvre Rivière; C La Crûme Rivière; D La Petite Douve; E La Bande; F La Pierrière; G Le Portage; H Le Petit étang; I Le Bois; J Le Coteau des Epinettes; K Les Aires; L La Ville; M La Chaussée; N Le Coteau de la Tour; O Le Coteau de la Moulinette. P Le chemin des Chevaliers de Tiffauges

L'enceinte:

- 1 Entrée du château; 1' Boulevard; 2 La tour du pertuis; 3 La tour des Epinettes; 4 La tour de l'Eperon; 5 La tour aux veaux; 6 La tour de la Renardière; 7 La tour de l'Etang; 8 La Petite tour; 9 La tour du Vidame; 10 La tour de Ronde; 11 La tour de la Perrière; 12 La Porte Bailleresse; 13 La tour de la Moulinette; 14 La tour de la Grande Planche; 15 La tour de Motte; 16 La tour de Chaussée; 17 La tour du Bois; 18 La tour de Moûrier; 19 La tour de la Vallée; 20 La tour du Blouoir.

La tradition rapporte que le général romain Agrippa, d'autres disent Jules César, avait en ce lieu créé une station ou castellum; mais il est probable que les armées romaines ne s'y fixèrent que plus tard, lorsque déjà depuis longtemps la Gaule était soumise.

Ce petit coin de terre, enserré entre deux cours d'eau et une vallée aussi étroite que profonde, était par sa situation facile à défendre ; de plus, la Sèvre (1), route naturelle et toujours ouverte, permettait aux habitants de se ravitailler au besoin. On comprend donc, qu'à cette époque reculée où une palissade en bois constituait une protection suffisante, la position dont nous parlons était très judicieusement choisie.

Au Ve siècle de notre ère, vers l'an 418, une tribu de Scythes Teyphaliens vint l'occuper. D'aucuns prétendent que les Teyphales faisaient partie des peuples barbares qui envahirent la Gaule au commencement du Ve siècle en 406 —, et qu'ils s'y installèrent en vainqueurs. Nous pensons plutôt qu ils ne quittèrent la Germanie, et ne s'établirent en Poitou, qu'après avoir été vaincus par les Romains. La dure loi des vainqueurs imposait, en effet, aux peuplades fières de leur indépendance.une nouvelle patrie, dans l'espoir de leur faire perdre le souvenir de celle qu'ils n'avaient pu conserver malgré leur vaillance.

(l) La rivière la Sèvre est désignée au XIe siècle sous le nom de Sevria dans une charte de Saint-Laurent-sur-Sèvre; et sous celui de Separis (séparation), dans une chronique de la Chaise-le-Vicomte.

Il est du moins certain que la petite ville de Tiffauges, anciennement Teyphalia, doit son nom aux Teyphales qui l'ont habitée (1).

Les Teyphales obéissaient à un chef militaire demeurant à Poitiers (Limonum), métropole des Pictons (2). ==> Quand Poitiers s’appelait Limonum capitale des peuples Pictavi et Tiffauges, Theiphalia

C'étaient des barbares adonnés aux vices les plus honteux, aux passions les plus dégradantes ; et les jeunes gens, qu'ils s'étaient attachés par d'infâmes liaisons, ne pouvaient s'y soustraire tant qu'ils n'avaient pas prouvé leur virilité en abattant, sans secours, un ours sauvage ou un sanglier (3). Ces mœurs abominables ne devaient disparaître qu'au VIe siècle, quand Saint-Félix, évêque de Nantes, eût envoyé Saint-Martin de Vertou convertir les Teyphales au Christianisme (4). De loups, dit Fortunat évêque de Poitiers, ils s'étaient changés en agneaux.

L'histoire générale de notre pays est si obscure à cette époque, qu'il devient très-difficile de reconstituer celle qui fut particulière aux Teyphales. Au reste, nous n'avons pour but, dans ce travail, que de donner la description, aussi exacte que possible, de ce qui constituait le château de Tiffauges.

Il nous suffira donc de rappeler que, vers 843, les Normands vinrent incendier Tiffauges (5) et ravager toute la contrée, et que, plus tard, pendant la guerre de Philippe-Auguste contre Jean-Sans-Terre, Tiffauges, qui appartenait depuis trois siècles aux vicomtes de Thouars, fut pillé par les Anglais.

 (1) Ils vécurent longtemps seuls et isolés, mais finirent par se confondre avec les indigènes. On les retrouve cependant encore au XIe siècle: l'un deux alla en Afrique consulter un célèbre anachorète: Homuncionem quemdam genere Taifalum a partibus Galliarum in Africain ad anachoretam famâ notum venisse. (Glab. Radulfus 1. V), cité par André, dans le N d'Avril 1831, p. 152, de la Revue Vendéenne.

(2) Prœfectus Sarrnatarum et Taifalorum gentilium Pictavis in Galliâ. (Notit. dignitat. per Gall.)

(3) Hanc Taifalorum gentem turpem et obscœnœ vitœ flagitüs ita accepimus mersam ut apud eos nefandi concubitûs fœdere copulentur mares puberes, œtatis viriditatem in eorum pollutis usibus consumpturi; porro si quis jam adultus aprum exceperit solus vel interemerit ursum immanem, colluvione liberatur incesti. (Ammien Marcellin, libre XXXI, chap. IX).

(4) Saint-Senoch, dont l'Église célèbre la fête le 26 octobre, naquit à Tiffauges vers 539. Il fonda le monastère de Tours, et, dit Saint-Grégoire de Tours, opéra pendant sa vie de nombreux miracles.

M. Dugast-Matifeux nous apprend que dans la chapelle de l'abbaye de la Grainetière, près des  Herbiers, un autel était dédié à Saint-Sénoch.

(5) Tiffauges obéissait alors à Girard, neveu de Lambert comte de Nantes, et était compris dans le Comté Nantais. Mais en 982, lorsque Guerech, fils d'Alain Barbe Torte, régla avec Guillaume V, comte de Poitou, les limites du -comté Nantais, Tiffauges fit partie des marches de Bretagne et fut ainsi doté d'une constitution nouvelle. ==> Alliance contre les Vikings entre Barbetorte et Guillaume Tête d’Etoupe donna en 941-942 les pagi de Mauges, Tiffauges, Herbauge

(V. l'étude sur les marches, dans l'Histoire de Tiffauges, de Prével, p. 18 à 36.

 

Alors peut-être s'élevait déjà le château-fort dont les restes imposants, soutenus par le seul appui d'un lierre vigoureux, résisteront longtemps encore aux injures du temps (1).

C'est, en effet, vers la fin du XIIe siècle que fut bâti le château de Tiffauges.

plan du Donjon du Château de Tiffauges

A son entrée, un bastion démoli en 1791, par ordre du district de Montaigu, défendait le passage de la chaussée de la Sèvre et du chemin qui, de ce point, remonte vers la ville. 1

Il y avait aussi une porte flanquée de deux tourelles dont les ruines existaient il y a peu d'années, mais disparurent pour faire place, en 1833, à la route stratégique de Saint-Jean-de-Monts à Cholet.

Aujourd'hui il ne reste plus que trois portes, construites en entier de moellons de granit, et occupant toute l'épaisseur d'un mur de 2m50 ;

 

 La première, à arc surbaissé, de 1m10 de largeur et de 1m90 de profondeur, est fermée, du côté extérieur, par un mur percé de deux meurtrières ;

 la seconde, beaucoup plus élevée et large de 3m40, est à plein cintre ; la dernière, aussi à plein cintre, a 1m10 de largeur.

Entrée du château de Tiffauges

Un escalier permet de monter facilement au-dessus de ces portes et d'apercevoir les mâchicoulis qui en défendaient l'approche, mais le parapet qui couvrait le chemin de ronde a entièrement disparu.

Une poterne située à 6 mètres plus au nord, permettait aux assiégés de sortir de la forteresse.

Un chemin tracé à travers les ruines (2) conduit aux pieds du rempart extérieur, dont les hautes murailles et les mâchicoulis, en partie conservés, protégeaient la première enceinte.

==> PLAN DU DONJON DU VIEUX CHATEAU DE TIFFAUGES

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11 février 2019

Etude Archéologique du vieux château de Commequiers - visite virtuelle

Etude Archéologique du vieux château de Commequiers - little planet - visite virtuelle

L’étude archéologique du bâti a révélé des connaissances inédites sur le site castral. Avant cette intervention, une approche stylistique avait traité l’ensemble du château dans ses caractéristiques architecturales globales de façon à proposer une datation du XVe siècle. La construction serait à l’initiative de Louis de Beaumont, sénéchal du Poitou puis chambellan de Charles VII. Si la nouvelle analyse architecturale ne remet pas en question cette hypothèse de datation, elle permet de préciser la fonction de certains espaces.

L’entrée du château devait se trouver entre les deux plus hautes tours, orientées vers le nord-ouest. C’est aussi dans le quart nord-ouest que les salles sont les plus petites, probablement avec un rôle de défense passive. La cuisine a été identifiée au nord grâce à ses équipements spécifiques : la grande cheminée occidentale, le puits à double margelle et l’évacuation nord-est. Les salles les plus grandes et ouvertes par des baies à meneaux sont majoritairement situées dans la moitié sud-orientale du château. La salle la plus importante est la pièce J qui est orientée vers le sud-est et dont les salles attenantes desservent les tours T5 et T6. Elle possède un étage par lequel on accède à l’aide d’un escalier en vis construit dans la tour T5. Il s’agit de la seule structure qui permette de comprendre une circulation verticale vers l’étage du logis.

De nombreuses questions restent cependant en suspens : quels sont les accès entre les salles et depuis les salles vers la cour ? Combien de logis adossés aux courtines possèdent un étage ? La cour centrale a-t-elle fait l’objet d’aménagements (sol dallé) ?

 

==> https://www.hades-archeologie.com/operation/chateau-11/

 

==> Château de Commequiers

10 février 2019

Le chemin des Chevaliers de Tiffauges

LE CHEMIN DES CHEVALIERS DE TIFFAUGES

Le sentier découverte du bourg, et sa variante par les bords de Sèvre vous permettront de découvrir le patrimoine historique et naturel de Tiffauges en suivant le Chevalier...

 

VIRTUAL TOUR TIFFAUGES LE CHEMIN DES CHEVALIERS

La plaquette éditée par l’association des Amis du vieux Tiffauges fait peau neuve avec la participation de la commune. « Notre ville est connue pour son château qui est très fréquenté, commente Florence Bremond, adjointe. Le but de cette nouvelle édition est d’inviter les visiteurs du château à découvrir le parcours historique proposé par la commune et l’association. Des repères peints au sol, guident les randonneurs. »
Ils représentent un chevalier, rien de plus normal pour Tiffauges.

 

TIFFAUGES PLACE GILLES DE RAIS

Le chemin des Moutons permettait autrefois de monter ou de descendre de la vallée ou de Torfou, jusqu’à la plage Gilles de Rais

Le parcours historique bouclé grâce aux jeunes

les jeunes du canton ont travaillé, avec l’aide d’associations, sur un chantier extérieur durant l’été à Tiffauges pour réaliser la jonction entre les chemins des Moutons et des Remparts.==> https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/les-herbiers-85500

 

==> Sur les ruines du vieux château de Tiffauges

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L'Historial de la Vendée - Le Mémorial de la Vendée ; situé aux Lucs sur Boulogne, lieu de mémoire de la Vendée

L'Historial de la Vendée - Le Mémorial de la Vendée ; situé aux Lucs sur Boulogne, lieu de mémoire de la Vendée,

L'Historial de la Vendée est un musée retraçant l'Histoire de la Vendée, de la Préhistoire au début du XXIe siècle. Il se trouve près du Mémorial de la Vendée au cœur de l'espace naturel de la vallée de la Boulogne, c'est-à-dire, plus précisément, aux Lucs-sur-Boulogne. Il a ouvert ses portes le 26 juin 2006 après trois années de travaux, la première pierre ayant été posée le 22 septembre 2003 par Philippe de Villiers, président du conseil général de la Vendée de 1988 à 2010. Le nouvel équipement muséographique réunit aujourd'hui une collection de près de 20 000 objets dont 3 000 sont exposés. De nombreuses acquisitions ont été réalisés depuis le lancement du projet, elles sont venues enrichir les collections de l'ancien écomusée du Puy du Fou qui a depuis fermé ses portes.

 

(L'Historial de la Vendée - Le Mémorial de la Vendée ; situé aux Lucs sur Boulogne, lieu de mémoire de la Vendée. - Visite Virtuelle)

Le Mémorial de la Vendée commémore le massacre des 564 villageois des Lucs en février 1794. En sortant du Mémorial, le sentier de la Mémoire mène à la chapelle commémorative du Petit Luc.

 

==> Tag Historial de la Vendée

 

 

 

08 février 2019

L’enfance de Jeanne d’Arc

Visite Virtuelle La maison natale de Jeanne d'arc Son enfance

Des deux sœurs, Jeanne était l'aînée. Elle grandit auprès de sa mère, formée par elle à la religion et au travail : c'est un témoignage qu'elle ne craignit pas de se rendre à elle-même; car, par ce témoignage, c'est sa mère qu'elle honorait. «  Elle était bonne, simple et douce fille, » dit une amie de son enfance; « point paresseuse, » ajoute un voisin : et elle travaillait de bon cœur, tantôt filant, jusque bien avant dans la nuit, aux côtés de sa mère, ou la remplaçant dans les soins du ménage, tantôt partageant les devoirs plus rudes de son père, pourvoyant à l'étable, allant aux champs, mettant la main, selon qu'il le voulait, à la herse, à la charrue, et quelquefois aussi gardant pour lui dans la prairie commune le troupeau du village, quand le tour en était venu.

«  Bonne fille, » c'est le cri de tous; honnête, chaste et sainte, parlant en toute simplicité, selon le précepte de l'Évangile : « Oui, non ; cela est, cela n'est pas. «  — «  Sans manque, » sine defectu, voilà tout ce qu'il lui arrivait d'ajouter à sa parole pour en attester la vérité. Un pur rayon de l'amour divin illuminait cette vie si occupée, et donnait du charme à ses labeurs.

 

Le petit jardin de la maison paternelle touchait au cimetière, qui est comme le jardin d'une église de village. Jeanne usait du voisinage pour aller à l'église le plus souvent qu'elle le pouvait : elle y goûtait une douceur extrême. On l'y voyait prosternée devant le crucifix, on bien les mains jointes, les yeux levés vers l'image du Sauveur ou de la Vierge sa mère.

Tous les matins, pendant le saint sacrifice, elle était au pied des autels; et le soir, quand la cloche qui sonnait les complies la surprenait aux champs, elle s'agenouillait, et son âme s'élevait à Dieu. Elle se plaisait à entendre chaque soir ce commun appel à la prière. Quand le sonneur de l'église (on le sait de lui-même) venait à l'oublier, elle le reprenait, disant que ce n'était pas bien, et promettait de lui donner des lunes (quelque espèce de gâteaux) pour qu'il se montrât plus diligent. Elle ne se bornait pas aux devoirs que la religion prescrit à tout fidèle. Cette jeune fille, qui avait accompli de si grandes choses à dix-neuf ans, est tout entière à ces pratiques naïves de dévotion où les âmes simples et pures ont tant de charme à se répandre. A moins d'une lieue au nord de Domremy, sur le penchant de l'un des coteaux qui descendent vers la Meuse, il y avait un ermitage dédié à Notre-Dame de Bermont. Jeanne aimait à le visiter; et le jour que l'Église a plus spécialement consacré à Marie, le samedi, vers la fin de la journée, elle se joignait à d'autres jeunes filles pour y venir prier ensemble et y brûler des cierges : symbole consacré par l'Église pour rappeler aux fidèles la foi qui veille et l'amour qui doit brûler pour Dieu.

Jeanne fut donc, dès sa plus tendre enfance, un modèle de piété. Elle n'avait point, disait le curé, sa pareille au village. Les jeunes gens se moquaient bien un peu de sa dévotion; les jeunes filles en jasaient aussi. Mengette, sa petite amie, trouvait elle-même et lui disait qu'elle était trop pieuse ; et ce reproche était pour Jeanne comme un éloge qui la faisait rougir. Mais sa foi se traduisait en bonnes œuvres. Si peu d'argent qu'elle eût, elle en avait pour l'aumône. Elle consolait les malades, elle recueillait les pauvres, elle leur cédait même son lit, secondée dans sa charité par la religieuse condescendance de ses parents. Aussi était-elle aimée de tout le monde.

Elle ne cherchait point d'ailleurs à se distinguer des autres, et se mêlait à ses compagnes dans les fêtes du village.

Sur la pente même où s'adosse le village de Domremy, entre les Dords fleuris de la Meuse et la sombre forêt de chênes, le bois Chesnu, qui en couronnait les hauteurs, il y avait un hêtre d'une remarquable beauté, « beau comme un lis, » dit l'un des habitants, large, touffu, dont les branches retombaient jusqu'à terre. On l'appelait « Aux loges les Dames, ad lobias Dominarum, » ou encore « l'arbre des Dames. »

 Autrefois, quand le château de Domremy était encore habitable, les seigneurs et les dames du lieu, avec leurs damoiselles et leurs suivantes, venaient, au retour du printemps, faire un repas champêtre sous son ombrage. Peut-être un jour ces joyeuses réunions avaient elles amené quelque mystérieuse aventure qui changea de nature et de forme en passant dans la tradition. Le nom de Dames, donné aux femmes de haut parage, était aussi le nom donné aux fées dans le langage populaire.

On racontait qu'un chevalier, seigneur de Bourlemont, venait y voir une fée, conversait avec elle. Jeanne Thiesselin, l'une des marraines de Jeanne, avait entendu dire qu'on le lisait dans un roman. L'arbre des Dames était donc aussi l'arbre des Fées. C'étaient les fées qui, dans les anciens temps, venaient danser sous le beau hêtre ; on disait même qu'elles y venaient encore. Cela n'empêchait pas les habitants de Domremy de faire ce que faisaient leurs pères. L'arbre était toujours aussi beau. Au printemps, on se rassemblait sous sa large voûte de verdure. On l'inaugurait, en quelque sorte, avec les beaux jours, le dimanche de la mi-carême, Lœtare. En ce jour, qu'on nommait aussi le dimanche des Fontaines, les jeunes garçons et les jeunes filles venaient sous l'arbre fameux faire ce qu'on appelait ( leurs fontaines. » Ils emportaient, comme provision de la journée, de petits pains faits exprès par leurs mères, et s'y livraient aux ébattements de leur âge, chantant, dansant, cueillant des fleurs aux alentours pour en faire des guirlandes dont ils ornaient les rameaux du bel arbre; puis, quand ils avaient mangé, ils allaient se désaltérer aux eaux limpides d'une source voisine, tout ombragée de groseilliers.

Jeanne y venait comme les autres ; Mengette, son amie, dit qu'elle y fut et y dansa plus d'une fois avec elle. Pourtant elle n'était point danseuse, et souvent, au milieu de la fête, elle se détournait vers une petite chapelle, élevée au voisinage, sur l'un des points les plus riants de la colline, Notre-Dame de Domremy, et suspendait à l'image de la Vierge les guirlandes qu'elle avait tressées des premières fleurs des champs.

C'est du milieu d'une vie si calme et si paisible qu'elle fut appelée à s'armer pour la France.

l'enfance de Jeanne d'Arc

La mission de Jeanne d'Arc produisit une si complète et si rapide révolution dans les destinées de la France, qu'assurément rien n'est plus digne de fixer l'attention de l'historien. D'où vient-elle? Jeanne nous dit qu'elle l'a reçue de Dieu. Est-ce une illusion de son esprit? Jeanne est-elle une mystique? Le mysticisme n'est pas le caractère de son pays, et ses révélations nettes et précises n'ont rien de commun avec les vagues épanchements des illuminés de son temps. Ce n'était pas non plus une jeune fille maladive, dont la nature imparfaitement développée la fit sujette aux hallucinations.

Le témoignage d'où on l'a voulu conclure est une simple opinion, un ouï-dire qui ne prouve que l'extrême délicatesse de sa pudeur; et tous s'accordent à déclarer qu'elle était aussi forte que belle : « belle et bien formée; » «  grande et moult belle; » «  de grande force et puissance; » d'une force qui n'avait rien de viril : elle avait la voix douce, une voix de femme, disent ceux qui l'ont entendue; d'une puissance qui marquait dans la jeune fille l'entier développement de la femme. C'était une âme religieuse dans un corps robuste et sain.

Ce que le mysticisme n'explique pas, le doit-on rapporter au seul amour de la patrie? Jeanne assurément n'était pas insensible aux malheurs de son pays. La vieille querelle des Armagnacs et des Bourguignons partageait, jusque dans ce coin reculé de la France, les villages, les familles même, et la haine était vive entre les deux partis.

Domremy (Dompnus Remigius), ancien domaine de l'église métropolitaine de Reims, devenu plus tard un des apanages de la seigneurie de Joinville, et rattaché depuis au domaine de la couronne, était resté fidèle au roi. Tout le monde y était Armagnac, sauf un seul homme, et Jeanne avoue qu'elle aurait vu sans regret qu'on lui coupât la tête, « si toutefois c'était la volonté de Dieu. » A Maxey, au contraire, tout à côté, sur l'autre rive de la Meuse, les habitants étaient Bourguignons, et la lutte s'engageait souvent entre les enfants des deux villages.

Jeanne vit plus d'une fois ceux de Domremy revenir de la bataille le visage meurtri et sanglant. C'était une image de la guerre civile; mais on n'a pas de preuve qu'elle ait sévi entre les habitants de ces contrées autrement que par ces combats d'enfants. On n'y souffrit pas beaucoup plus de la guerre étrangère.

Cette marche de la Lorraine, aux frontières de l'Allemagne, n'était pas le chemin des Anglais; ils l'avaient laissée aux entreprises des Bourguignons, qui, au nombre de quatre où cinq cents partisans, ravagèrent le Barrois en 1424, réunirent en 1428 (1er juillet), postérieurement aux premières démarches de Jeanne (13 mai), quelques hommes d'armes pour attaquer Vaucouleurs. Cette sanglante guerre paraît s'être réduite, pour les habitants de Domremy, à de simples alertes.

Parfois, à l'approche d'une troupe de partisans, on sauvait les bestiaux dans l'île formée devant le village par les deux bras de la Meuse. Un jour même, tous les habitants s'enfuirent à Neufchâteau. Jeanne y suivit ses parents et demeura quatre ou cinq jours, ou même quinze jours avec eux, chez une honnête femme nommée la Rousse. Après quoi on revint au village, et on peut croire que ce fut alors ou en pareille circonstance qu'il a été brûlé. C'est le plus grave des incidents que d'habiles et savantes recherches ont recueillis comme faisant la part de Domremy dans les malheurs du temps.

Assurément, c'est quelque chose, et il ne faut pas tenir pour nulle l'impression que Jeanne en put recevoir. Mais, sans aucun doute, si le sentiment des souffrances que la guerre apporte, si la haine qu'inspire la vue du conquérant, maître du sol natal, avait suffi pour donner un sauveur à la France, il serait né partout ailleurs.

D'où vient donc la mission de Jeanne d'Arc? Nous ne voulons pas trancher d'avance la question. Notre unique objet, au contraire, est de mettre en garde contre les explications prématurées. Revenons à la vie de Jeanne. Écoutons ce qu'elle a dit et voyons ce qu'elle a fait. L'entière manifestation de. son caractère dans la suite de l'histoire, sa franchise, sa droiture, sa netteté, d'esprit et son parfait bon sens," montreront mieux que toutes les raisons du monde quelle idée on se doit faire de sa personne, quelle foi on peut avoir en ses discours.

 

Spectacle Son et Lumière - Paroisse Sainte Jeanne d'Arc En Chinonais: L’enfance de Jeanne d’Arc

Après son travail, Jeanne allait retrouver avec joie ses compagnes parmi lesquelles Mengette et Hauviette étaient ses amies préférées. Ensemble, elles allaient au BoisChenu, où se trouvait le Beau-May, hêtre superbe, à l'ombre duquel la jeunesse prenait ses ébats. Le jour du Laetare, c'était l'usage d'y venir danser, pour terminer la journée champêtre par un goûter. Ces ébats de la jeunesse n'avaient rien de commun avec les récits fantastiques des vieilles gens, qui prétendaient que la fontaine était hantée.

 

Chambre et Baptême de jeanne d'Arc (église Saint-Rémy de Domrémy) <==........==> Jeanne d’Arc , les voix de l’arbre des Fées – Saint Michel, Sainte Catherine, Sainte Marguerite

 

....==> A DOMREMY pèlerinage national à la maison de Jeanne d’Arc et La basilique du Bois-Chenu

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