Gisant de saint Jean de Chinon dit Jean de Moûtier ou Jean le Reclus

Jean de MOUTIER (Saint), prêtre, était Breton de naissance. S’étant retiré à Chinon dans le diocèse de Tours, il habitait, près de l’église de cette ville, une cellule à laquelle était contigu un petit verger, qu’il cultivait de ses propres mains et dans lequel il avait planté quelques lauriers. Il avait coutume de s’asseoir à l’ombre de ce petit bosquet pour lire et pour prier. Il florissait après le milieu du VI e siècle ; mais on ignore en qu’elle année il mourut.

Lorsque le moine Jean mourut, à un âge très avancé, il voulut être enseveli dans la grotte dont la reine avait fait son oratoire. On l’enterra dans son ermitage et plusieurs malades furent guéris par son intercession. Dans la suite on bâtit, sur son tombeau, une chapelle dédiée à Sainte Radegonde. Son tombeau fut détruit pendant les guerres de religion. On y trouva, parait-il son squelette garni d’une ceinture à pointes de fer.

Gisant de saint Jean de Chinon dit Jean de Moûtier ou Jean le Reclus († VIe s.), prêtre et ermite. Cénotaphe, Tuffeau, 1879, installé dans un enfeu orné de peintures médiévales. Inscription : HOC IN ORATORIO OBDORMIVIT IN DOMINO B[EAT]US JOHANNES CAN[ONIC]US CUJUS CORPUS A VII AD / XVIUS SAEC[ULUM] SUB HOC TUMULO REQUIEVIT. HOEC AUTEM FERE SANCTA LOCA PENITUS EVERSA D[OMI]NA ELISABETH CHABRE / ANNUENTE ILL[USTRISSIMUS] AC REV[ERENDISSIM]US D[OMINUS] D[OMIN]US COLET TURON[ENSIS] ARCHI[EPISCOPUS], D[OMIN]US E. GUERTIN S[ANC]TI STEPH[ANI] PAROCHO FAVENTE, D. DAVIAU ARCHITECTUS / OPERA ANNO SALUTIS, IN HONOREM S[ANCT]AE RADEGUNDIS INSTAURANDA CURAVIT.

 

Attiré sans doute par l'aspect riant de ces lieux, il forme le projet de s'y fixer. De ses mains, il se construit un modeste ermitage.

Des branches flexibles enduites du limon de la terre le défendent de l'intempérie des saisons, la feuille desséchée que le vent a détachée du tronc, abrite sa tête, siège de graves et sérieuses pensées. La prière occupe une partie de son temps, sa charité répand autour de lui les bienfaits, et par sa main, les pauvres de Chinon voient leurs maux soulagés ; le malade cesse de souffrir, l'enfant est instruit : partout retentit un concert de louanges et de remerciements, et Jean de s'écrier dans sa joie, mais avec un accent tempéré de mélancolie :

« Loué soit le Seigneur, qui sème sur ma route des cœurs reconnaissants ! »

Jean a terminé sa fragile retraite ; mais le goût des embellissements l'a gagné. Lui aussi, il rêve. … un jardin à cultiver, un morceau de terre à labourer : quelques volatiles et une chèvre, dont le lait lui fournira un aliment sain et rafraîchissant.

Le reclus veut cumuler, être à la fois son architecte, son cultivateur, son fermier! Bientôt, en effet, il entoure son ermitage d'un enclos ombreux et verdoyant. Il s'arme d'un instrument : son pied entr'ouvre le sol, sa main y dépose la semence qui doit germer; Dieu a béni ses efforts, il hâte en faveur de son serviteur l'œuvre de la nature ; plantés de la main d'un homme vertueux, les arbres grandissent, les rameaux s'étendent au loin, les feuilles se déploient : au pied d'un laurier majestueux, virescent et fleuri, voici qu'un banc de gazon offre à notre solitaire un lieu de repos, où il viendra, le soir, se recueillir, respirer les doux parfums que la brise embaumée lui envoie, et remercier le Créateur de la grandeur de la création.

Ce fut au milieu de telles occupations, entouré d'amis et comblé de bénédictions, ce fut au sein de ces tranquilles travaux, que Jean-le-Reclus passa trente années de sa vie ; elles s'écoulèrent comme un songe, et son réveil le livra aux bras de celui qu'il avait servi et honoré, dont il avait rendu les voies droites, et qui l'attendait, pour glorifier dans l'éternité l'élu qui l'avait glorifié dans le temps !

Après sa mort, un pauvre des environs, qu'il avait comblé de bienfaits pendant sa vie, vint prendre possession de l'ermitage de Jean. Il y vivait depuis longtemps heureux et tranquille, lorsqu'un jour il s'aperçut que le laurier favori du pieux reclus inclinait vers la terre ses rameaux desséchés : « Pardonne, s'écrie-t-il, ô mon saint bienfaiteur, pardonne si je porte un fer profane dans ton arbre favori, mais vois, je n'ai plus de cognée, et ton laurier ne porte plus de fleurs ! » D'un bras vigoureux, il frappe aussitôt le tronc qui crie et se rompt. Le profane bûcheron le taille et le rogne, il l'ajuste au fer de sa cognée, et sans une larme, sans un regret pour l'ombrage qui couvrit la tête de Jean, il poursuit le cours de ses travaux.

Deux années se sont écoulées. L'indigne héritier du reclus s'est jeté sur sa couche, mais en vain il appelle le sommeil à son aide ; ses yeux restent ouverts, il s'agite et gémit. Cependant, après quelques heures de lutte, la fatigue l'emporte et le repos vient réparer ses forces abattues.

Le ciel s'ouvre, et le profane en sonde les profondeurs ; il voit Jean-le-Reclus qui s'avance vers lui et lui adresse ces mots : « Le souvenir de mes bienfaits est-il donc si pesant ? Pourquoi porter la cognée dans un arbre que mes mains avaient planté, que mes yeux avaient vu croître, sous lequel j'avais goûté le repos et rêvé le ciel ! Que t'ai-je fait, mortel ingrat? Tu vis de mes bien-faits, et tu m'outrages! rien ne t'est sacré, pas même les lois de la reconnaissance ! »

L'ombre disparait à ses yeux ; troublé, le bûcheron se lève : « Malheur à moi ! s'écrie-t-il, dans un accès de sombre désespoir, malheur à moi, qui osai frapper d'une main criminelle l'arbre planté de la main pieuse du prêtre du Seigneur ! » Il s'élance aussitôt hors de sa cabane, saisit sa cognée, en arrache le fer ; incliné vers le sol, il le creuse et y dépose le manche de l'instrument, puis calmé par cette réparation tardive, il s'endort.

Oh! merveille inouie! oh! surprenant miracle!

le printemps entr'ouvre les bourgeons d'alentour ; aussitôt l'arbre sort de terre, grandit, ses rameaux s'étendent au loin, et lorsque le paysan étonné, entend le voyageur vanter tel ou tel arbre célèbre par sa majestueuse grandeur, Ah ! s'écrie-t-il, que n'avez-vous vu le laurier de Jean-le-Reclus de Chinon !

Cependant tout finit. Les révolutions l'atteignirent, l'ermitage' fut renversé!

Chinon et Agnès Sorel / par A. Cohen,...

 

 

 VOYAGE DANS LE TEMPS DE CHINON ET DE NOTRE HISTOIRE <==

Saint Maximus (Saint-Mexme) de Chinon.  <==

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