Fons-Ebraldi - Robert d'Arbrissel et La légende du bandit Evraud

(Fons-Ebraldi   ou Fons-Evraudi, Fontaine d'Evraud.  Roberti  Damalioc Robert  d'Arbrissel)

 

On dit que Saint-Martin, le grand évangélisateur de la Gaule, avait annoncé que la sinistre forêt de Bort (Bornum), dite « forêt de Tranche-col », se transformerait un jour en « forêt de prières ».

 « Que cette forêt de meurtres deviendrait une forêt de prières et qu'elle serait habitée par de grands saints »

Il aura fallu attendre plus de sept siècles après sa mort à Candes pour que la prédiction se réalise enfin.

Selon les chroniqueurs, c'est Robert d'Arbrissel qui aurait été désigné par la Providence pour réaliser cette prédiction. ……..

D’après une légende recueillie par le chroniqueur Mathieu Paris (1200-1259), Evrault était un brigand qui aurait été  converti par Robert d’Arbrissel qu’il aurait au préalable tenté, mais vainement, de dépouiller.

 

Il y avait près de Saumur une forêt où le brigand Evraud avait fixé sa demeure, et où il terrorisait les habitants des villages voisins. La mort attendait ceux qui osaient franchir le seuil de  son repaire. (Voir carte - via Romana Cœsarodunum Tours)

Déjà peuplée de bêtes sauvages et féroces, elle passait pour un repaire de bandits qui vivent près d’une source, au creux d’un vallon et portait un surnom qui, en deux mots, résumait toute la terreur qu'elle inspirait aux voyageurs obligés de la traverser pour se rendre de Saumur à Chinon ou à Loudun. Dans le peuple, on ne la désignait que sous le nom de Forêt de Tranche-Col.

Leur chef se nomme Evrault.

Ils terrorisent la contrée, attaquent et rançonnent les voyageurs et pèlerins qui passent dans le secteur.

La tour d'evrault - Fontevraud l'Abbaye

On raconte même, que du haut de leur repaire : une étrange tour noircie en forme de pyramide, ils allument une lanterne dès la fin du jour, lorsque l’obscurité arrive, afin d’attirer à eux les voyageurs égarés dans la nuit.

Tombés dans le piège, ceux-ci sont aussitôt égorgés et démunis de leurs richesses.

La forêt sanguinaire est redoutée de tous.

 

La légende

En 1096, au retour du concile de Tours, Robert s'arma du signe de la croix et s'avança dans  la redoutable forêt jusqu'auprès d'une source où la fatigue l'ayant gagné, il s'endormit.

Robert de Abrissel Illustration from London, British Library, MS Royal 14

A son réveil, un homme, debout devant lui,  le regardait attentivement. Robert pensant que cet inconnu l'avait suivi pour lui porter secours au besoin, lui ait de se retirer.

 — Pourquoi me repousses-tu loin de toi, s'écria l'inconnu,  n'es-tu pas Robert d'Arbrissel ?

 — Oui, dit le prêtre, et mon devoir est de te préserver des  dangers que tu cours dans cette forêt.

— Des dangers ? et ne viens-tu pas les braver toi-même !

— Dieu me détendra, mon fils, je veux lui ramener une brebis égarée ; si je succombe, je prierai du moins pour Evraud, et  puisse mon sang racheter les désordres de sa vie aux yeux de  l'Eternel.

— Viens, reprit l'inconnu, je te conduirai moi-même à la demeure d'Evraud.

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Arrivés au repaire du brigand, six bandits, la hache à la main, se précipitèrent sur le serviteur de Dieu.

— Misérables, s'écrie alors celui qui le conduisait, c'est  l'homme de Dieu, c'est Robert d'Arbrissel !

C'était Evraud converti par un miracle du ciel qui lui avait servi de guide. Il tombe à genoux devant le saint homme. Les six bandits imitèrent leur chef, c’est le miracle de la conversion.

 

La caverne des voleurs devait servir d'asile à d'innombrables vierges, anges terrestres, qui y firent entendre les plus harmonieuses mélodies.

Ce fut auprès de la fontaine que Robert installa le troupeau de fidèles qu'il amenait à sa suite, près de 3.000 personnes, au dire des contemporains.

Cette fontaine est désignée dans les premières chartes de l'abbaye, c'est-à-dire dans les premières années du XIIe siècle, sous le nom de Fons-Ebraldi ou Fons-Evraudi, Fontaine d'Evraud.

Le Bienheureux Robert convertissant des brigands, in Vies des Saints Alfred Mame et fils, éditeurs, Tours 1866

 

Mathieu Paris nous montre Robert parcourant seul cette forêt, ce qui rendrait sa rencontre avec le bandit Evraud antérieure à l'installation du monastère, puisque l'on s'accorde à reconnaître que lorsqu'elle se fit, Robert était suivi d'une foule considérable de pénitents.

 

Yves Magistri, dans son « Baston de deffense » , publié en 1586, pour la glorification de Robert d'Arbrissel, place le fait après l'installation de la congrégation :

« Ayant esté informé qu'en vn bois taillis qui estoit nô par trop esloigné de son monastère y auoient certains mauuais garnemens qui s'y retiroiēt avec préiudice de plusieurs passans, qui s'acheminoient ou sortoient de son monastère ou qui alloient de la Ville de Saumeur à celles de Chinon, de l'Isle-Bouchard, Chastellerault, Loches, Poiétiers, ou qui, d'icelles villes & autres, s'acheminoient à Saumeur, Angers, Nantes, Laual & ailleurs : à fin que telles voleries & assassinats ne fussent plus commis fi ioignant son monastère, & aussi qu'iceluy fien domicilie avec le temps n'encourust quelque détriment : se délibéra ledict bon Père d'aller vn iour trouuer les brigands susdicts, pour les prescher & dissuader de la poursuitte de leur mauuaise vie : de quoy eux ayans esté aduertyz par permission diuine & sancte vie du bon Père, se retiterēt du tout de leur tasnière & plus n'effectuerët si damnables forfaiâs. Dequoy les habitans du pays & passagers, grandement en louèrent Dieu en donnant à fon serviteur Maistre Robert de leurs moyens temporels en recognoissance du bien & heur qui leur avoit causé par la délivrance de telles gens, & par l'affurance de leurs vies & biens temporels. Par ce moyen, ce bon Père ayant forclus fon abbaye hors du danger susdict, & icelle mise en bonne tranquillité avec toute liberté les louanges de Dieu y estoient dévotement châtées p. les Religieux & Religieuses, & ouyes des Séculiers. »

Avec le temps, on a transformé le bandit Evraud en un seigneur vivant de rapines, écumeur de routes, rançonnant les voyageurs.

 

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(Fontevraud l'Abbaye; située aux confins de l'Anjou de la Touraine et du Poitou, la commune de Fontevraud fait partie du site exceptionnel du Val de Loire inscrit au patrimoine mondial de l' UNESCO. Ses Principaux Monuments sont l' Abbaye Royale du XIIe siècle et l' église Saint Michel du XIIe siècle)

Au XIX e  siècle, étonnés  par la curieuse  cuisine romane de Fontevrault, certains  pensèrent y reconnaître le repaire du bandit, d’où  le nom de Tour d’Evrault  qui lui fut  donné. Il a été aussi dit que la tour  surplombant les cuisines  aurait pu permettre à ce  bandit  d’y allumer un fanal afin d’attirer à lui afin de les détrousser  les  voyageurs égarés dans la nuit.

 

 

FONTEVRAULT (Font Evrault) , FONTEVRAUD (Font Evraud) ou FRONTEVAULX ?

 

 Origines Celtiques de Robert D. de CHAVIGNY

 

Tous les anciens géographes Mercator, Jean Blaeu, etc., ont désigné la célèbre abbaye sous le nom de Frontevaulx. Une carte du duché d'Anjou, qui date des dernières années du XVIe siècle (1), adopte cette orthographe.

 

Balderic, abbé de Bourgueil, d'Argentré, dans son histoire de Bretagne, la nomment ainsi. Enfin c'est sous cette forme que ce nom s'est conservé, jusqu'à nos jours, dans le langage populaire.

 

On peut donc considérer comme certain que le nom de Frontevaulx fut bien, jusqu'au XVIIe siècle, celui que le peuple et les savants employèrent pour désigner cette localité.

Ce furent les moines du XIIIe siècle qui, ne comprenant pas ce mot celtique, Front, inventèrent la fontaine miraculeuse et la légende du bandit Evraud.

 Les historiens du XIIe siècles les copièrent, et c'est ainsi que le nom de Font Evraud prévalut.

 

Cette carte gravée par Licimo Guytes, Angevin, n'est pas datée, mais le lieu où se donna la bataille de Moncontour Y est désigné par ces mots: « Prœlium hic commissum quod vulgo Moncontour nomen Elle est donc postérieure à cette bataille (1569).

 

(1)   Que veut dire ce mot celtique Front-vaulx  ,

 

Un vieux Breton, qui habitait autrefois Saumur, l'explique ainsi dans des notes manuscrites qu'il m'a laissées (1). Je vous demande la permission d'en citer quelques lignes :

- Le nom de ce lieu, dit-il, est purement celtique. Il  devait désigner, depuis un temps immémorial, l'endroit  choisi par Robert. La forme véritable et primitive de  ce nom est Front vaux ou Front vaulx.

 Ce nom, sous la forme de Frontval, se retrouve dans  d'autres points de l'ancien territoire Gallique. C'est le val ou les vaulx arrosés par un cours d'eau, en celtique  F'froud ou F'frond, le son ou se changeant fréquemment en on.

 

Une foule d'anciens noms de lieux ont été ainsi altérés et défigurés dans les monuments latins du Moyen- Age les anciennes dénominations étaient devenues  incompréhensibles depuis la disparition des idiomes celtiques, comme par exemple le Louroux que les moines traduisirent par Oratorium ou Laboratorium.

fontevrault Fons Ebraudi La fontaine d Evrault

  Quant au cours d'eau qui arrosait le val, il portait  le nom celtique de Ras-tial ou Has-Stiat. Le nom de  Rets et celui de Ras-Basté rappellent ce nom. (Rhat Statli Yhi est le nom d'une rivière de la Grande-Bretagne).  A l'antique noyau préhistorique même de la noble cité salmurienne au côteau qui domine l'ancien bras de la Loire et qui est percé de grottes dont l'origine, comme habitations, se perd dans la nuit des temps,  apparaît encore aujourd'hui ce nom de Ras, sous celui de Bois-do-Ré, bois du Ras (2).

 De même que celui de Rastiat, nom antique de notre cité Salmurienne.

 

Qui ne verrait même, dans le vieux souvenir du brigand Evraud et de sa tour, la trace de la transformation du culte et des rites druidiques en culte et en rites

 

(l) Une partie de ces notes ont été publiées dans L’Echo Saumurois(l873).

 

(2) Je crains que, dans ce cas, mon savant celtisant ne se soit fort avancé.

Le Bois-Doré appartenait au Roi, d'où son nom de Bois du Roi, Bois-do-Ré.

 

Chrétiens? Robert d'Arbrissel, trouvant cette religion encore  pratiquée dans le vieux Repaire, le vieux gîte (Groall, » Guvâl) au bord de la fontaine sacrée, du F'front, ne le détruisit pas, et convertit le prêtre druidique, Evraud,  qui y résidait.  

 Cette explication de la légende d'Evraud en vaut bien une autre. Elle permet de comprendre une des raisons qui déterminèrent Robert à s'arrêter en ce lieu et à y établir sa colonie de pénitents.

 

Les Apôtres des Gaules choisissaient volontiers les lieux depuis longtemps consacrés par l'usage au culte de la Divinité pour y ériger leurs autels. Ils renversaient l'idole et conservaient le temple, et les populations habituées dès longtemps à honorer la Divinité en ce lieu ne s'apercevaient pas qu'on avait changé de Dieu.

 

Quant à un culte et à un prêtre druidiques, sans doute il n'en existait plus au temps de Robert, mais il est bien probable que des superstitions et des cérémonies, mystérieux souvenirs des cultes anciens, persistaient encore parmi les sauvages habitants de la forêt de Bor.

 Cette raison ne fut sans doute pas la seule qui décida Robert dans son choix.

 

L'aspect des collines arides, couvertes d'ajoncs et de bruyères, qui entouraient l'étroit vallon, devaient rappeler au fils de l'Armorique son pays d'origine. Il ne faut pas oublier que. Robert était Breton et non seulement Breton, mais issu d'une famille de Druides bretons.

  C'est sans doute à cette origine que l'on doit attribuer ses tendances féministes, selon l'heureuse expression de Mlle Peton, notre savant collègue.

 

Son père, Damalioc, et sa mère, O'rgan, appartenaient, l'un et l'autre, à cette mystérieuse caste sacerdotale des Druides. Balderic, le premier panégyriste de Robert, s'étend avec complaisance sur cette noble origine. « Robertus filius ex Presbyteris oriendus ». Et il appelle sa mère « Filia Presbyteri ».

 Or, dans la religion druidique, la femme joue un rôle prédominant.

 

 La Koridgwen, la Vierge Céleste, est plus proche de Dieu, plus semblable à lui que l'homme. La race Celtique reconnaissait chez la femme une supériorité intuitive, quelque chose de plus divin, qui la mettait à même de mieux comprendre les choses du Ciel.

 

Aussi est-ce la Femme, la Vierge, compagne inséparable de Bali (le Feu), créateur primordial de l'univers, qui, dans la religion druidique, est l'éducatrice de la jeunesse.

 C'est pour elle que les Bardes emploient leurs épithètes les plus riches. Pour Elle, la Radieuse, la Brillante, la Resplendissante, la Rosée Céleste. Gwen, l'emblème du Génie divin, de la Science universelle, Gwen l'Educatrice, qui conduit ses disciples, ses marcassins, entendre, sous le pommier, les leçons de Myrddym, le vieux sanglier.

 

Il n'est pas surprenant que Robert, imbu, par un long atavisme, de ces idées, ait confondu la Koridgwen de ses ancêtres avec la Vierge des chrétiens, et qu'il ait, dans la constitution de son institut, attribué à une femme, à une Vierge, ce rôle d'Educatrice, de Directrice de l'Ordre qu'il fonda.

 

En agissant ainsi, il choquait ses contemporains, non seulement à leur point de vue social, mais dans leurs croyances religieuses. Le christianisme romain, religion d'origine Sémite, voyait, chez la femme, cause de la perte du genre humain, un être frappé de la réprobation divine, soumis à un état perpétuel d'infériorité et de soumission.

 

Cette idée, au Moyen-Age, était encore celle de tout le monde et, en donnant la supériorité à la femme, idéalisée sous la figure de la Vierge Marie, on semblait faire acte de paganisme.

 

Aussi se trouva-t-il grand nombre de gens, parmi les laïques aussi bien que parmi les clercs, pour blâmer Robert.

 

Certains évêques et abbés lui reprochèrent ces idées et l'accusèrent d'imprudence en face du danger que cette conduite pouvait faire courir à son bon renom et à la religion qu'il prêchait. (1)

(1) Pour mettre tout le monde d'accord, partisans du Druide avec ceux du bandit, je propose l'étimologie suivante Fronte-vau du latin Fronte vallorum, Frons dans le sens de tête, sommet. Frontevau le sommet de la vallée.

la légende de la fontaine d'évraud

 

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Fondatrice du monastère Sainte-Croix de Poitiers ( Radegonde de Poitiers (Radegundis en latin), née vers 519 en Thuringe, morte le 13 août 587 à Poitiers) Radégonde, dont le nom signifie prudente, circonspecte, et qui justifia si bien ce nom, naquit vers l'an 519 dans le pays de la Thuringe, sur la rive droite du Rhin.

On raconte que, près de Candes, dans la Vallée de la grotte, la reine, se rendant un jour à Saix, s’arrêta pour étancher sa soif. La fontaine depuis lors, aurait gardé la propriété de guérir la fièvre.

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Matthieu Paris (en latin, Matthæi Parisiensis, littéralement Mathieu le Parisien1) (v. 1200-1259) était un moine bénédictin anglais, historien, artiste enlumineur, hagiographe, cartographe, sculpteur et encore ouvrier en métal.

 

Au monastère bénédictin de Saint-Albans, il continua l'œuvre historique de Roger de Wendover, la Chronica Majora, en l’élargissant par l’ajout des événements étrangers. Il est connu pour son admiration envers Frédéric II du Saint-Empire, auquel il attribua le surnom de Stupor Mundi (la « Stupeur du monde »).

 

Matthieu Paris résuma sous le titre Historia Anglorum ou Historia Minor de nombreuses et longues chroniques datant de 1067 à 1253. Il fut aussi l’auteur de biographies de saints et de moines, dont une Life of Saint Albans. Il illustra ses ouvrages de sa propre main par de nombreuses enluminures et reste l’un des principaux talents de son époque en Angleterre.